CHAPITRE I
La jeunesse.
[Ce chapitre devait contenir le récit de la jeunesse de Henry Arnauld et le tableau de la famille dont il était issu. — Rien n'en a été rédigé. — On ne peut suppléer à cette lacune que par quelques très brèves indications biographiques.
Henry Arnauld, né à Paris en iSgy, était le second fils de l'avocat Antoine Arnauld et de Catherine Marion, fille d'un avocat général au Parlement de Paris. Son frère aîné, Robert, est connu sous le nom d' Arnauld d'Andilly ; son cadet, Simon, fut tué à l'armée en iôSq. De ses sœurs, une seule se maria, Catherine, qui épousa Isaac Le Maistre et fut la mère de ces quatre frères dont le plus célèbre porta le nom de Le Maistre de Sacy. Les cinq autres filles de l'avocat furent religieuses à Port-Royal, et, parmi elles, les deux célèbres abbesses, la mère Angélique et la mère Agnès. Enfin, le dernier de tous, Antoine, fut le fameux docteur janséniste si connu dans toute l'Europe.
On ne peut dire quelle éducation reçut notre Henry, ni quel collège ou quels maîtres il fréquenta. Il semble qu'on le destina de bonne heure à l'Église, — suivant l'usage habituel alors pour les cadets dans les familles de la haute bourgeoisie, — puisque l'archevêque de Paris, Henry de Gondi, lui conféra la tonsure le i8 décembre i6i5. Mais ce premier degré de cléricature, en le rendant apte à posséder des bénéfices simples, ne l'empêchait pas de suivre une autre carrière, celle du barreau, dans laquelle son père, avocat renommé, désirait qu'un de ses fils lui succédât. Il plaida sa première cause à l'âge de
vingt ans, en 1617, et eut quelque succès dans ce métier, si Ton en croit les Mémoires, souvent un peu exagérés, de son frère Arnauld d'Andilly. Mais il ne semble pas avoir eu un goût très vif pour l'éloquence judiciaire; car, dès que la mort de son père, 29 décembre 1619, l'eut libéré de l'obéissance qu'il devait à ses volontés, il s'empressa de quitter la toge de l'avocat pour revenir à la soutane de l'ecclésiastique.
On l'appelait alors « M. de Trie », du nom d'un petit fief voisin de Montmorency qui venait de sa mère', et c'est sous ce nom qu'on va le voir faire à Rome ses premières armes dans la diplomatie sous l'égide du cardinal Bentivoglio.]
I. L'histoire et l'origine de ce fief de Trie sont extrêmement compliquées. M. Germain Lefèvre-Pontal's a bien voulu nous communiquer les notes qu'il a recueillies à ce sujet, dont voici un bref résumé : la maison de Chaumont possédait, dès le xi* siècle, le fief de Trie (auj. Trie- Château, cant. de Chaumont, arr. de Beauvais). Un membre de cette famille, Mathieu, sieur de Trie, acquiert, à la fin du xiw siècle, le fief appelé simplement « Fief-sous-Montmorency » par son mariage avec Marsile de Montmorency. En 1410, le Fief-sous-Montmorency est acheté par Arnauld de Corbie, chancelier de France, à la veuve du fameux amiral Renaud de Trie. Peu après, à une date que M. Lefèvre-Pontalis n'a pu fixer, le Fief-sous-Montmorency prend dans l'usage le nom de Trie par souvenir de ses anciens seigneurs. En tout cas, lorsque, le 17 décembre i6o3, Germain du Val, descendant direct d'Arnauld de Corbie, vend cette terre à son cousin Simon Marion, elle est appelée dans l'acte (arch. de Chantilly) « Fief-sous-Montmorency, dit fief de Trie ». Catherine Marion, fille de Simon, mère de notre Henry Arnauld, portait, lors de son mariage, le titre de dame de Trie et d'Andilly, fief tout voisin. A Henry échut le nom du fief de Trie, qui n'avait d'ailleurs que quatre arpents. Combien de temps Henry garda-t-il ce nom ? Il est assez difficile de le dire. En tout cas, il le portait dès 1619, et la Mère Agnès parle encore, le 22 janvier i63i {Lettres, éd. Feugère t. I, p. 14), de « mon frère de Trie »; mais, le 18 octobre 1634 {Ibid., p. 64), elle cite « mon neveu de Trye », sans doute le futur abbé Antoine Arnauld; donc Henry Arnauld perdit ce nom entre i63i et 1634. En 1643, Trie était en la possession d'Arnauld d'Andilly, qui le vendit (21 févner) avec Andilly à Marie Pinon.