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CHAPITRE IL

Première mission a Rome (1621-1625).

Après la mort de son père (29 décembre 16 19), Arnauld d'Andilly recevait charge d'âmes. Il était homme à accepter sans hésiter cette vocation nécessaire. Son esprit sérieux et diligent lui inspirait une haute estime pour le passé comme pour l'avenir de sa race. Les Arnauld lui semblaient voués par décret céleste au service du roi et destinés à accroître le prestige de Sa Majesté. Alors, la fortune contraire n'avait pas encore traversé ce rêve du bon fonctionnaire. Vingt ans plus tard, d'amères désillusions le conduiront à Port-Royal; mais, en 1620, il ne croyait pas aux anathèmes dont ses sœurs Angélique et Agnès accablaient déjà les honneurs du monde.

Plus qu'à aucun autre, Arnauld d'Andilly désirait ouvrir à son frère Henry l'accès des affaires publiques. Comme un père pour son fils préféré, il recherchait pour lui les plus grands établissements. Antoine Arnauld laissait au barreau un vide considérable, et M. de Trie recevait de tous côtés les offres les plus flatteuses pour remplir la place de son père'. Le roi lui octroya même une pension

1. « Lorsque mon père mourut, tous les princes et les grands dont mon père étoit chef du conseil lui envoyèrent des brevets des mêmes pensions qu'ils donnoient à mon père » (A. d'Andilly, Mémoires, éd. Michaud et Poujoulat, p. 417).

de douze cents livres « pour luy donner courage de l'imiter' ». Henry préféra persévérer dans la carrière ecclésiastique, — il n'était encore que simple tonsuré; — Andilly chercha à rendre ce dessein profitable et à faire de ce jeune' clerc frotté de basoche un gentilhomme accompli.

L'occasion propice s'olîrit aux débuts de 1 621. Le nonce Gui Bentivoglio, ayant reçu de Louis XIII le bonnet cardinalice, repartait pour Rome^; il décida d'attacher Henry Arnauld à sa personne. Un pareil choix aurait satisfait le plus ambitieux, et Andilly dut bien augurer de son frère en le voyant conduire par une main illustre sur un si grand théâtre.

De fait, l'influence du cardinal Bentivoglio sur Heniy Arnauld fut profonde. Cette belle figure domine les débuts de sa carrière. Aucun maître ne pouvait être mieux choisi pour qui cherchait le moyen de parvenir. Nonce en Flandre pendant neuf ans^, en France depuis 1616, il avait pénétré avec une extrême finesse les ressorts de la politique européenne. Grand seigneur, libéral, galant et lettré, il rappelle par quelque côté cet illustre ancêtre dont Niccolô dell' Arca a modelé le masque puissant à Bologne sur les murs de Saint-Jacques-le-Majeur. Gui n'avait pas dégénéré :

1. Le brevet est daté de Paris, le 8 janvier 1620 : « En considération des utilles et notoires services renduz au feu Roy son père par le sieur Anthoine Arnauld, advocat en Parlement, en plusieurs occasions fort importantes et voulant, en faveur et pour le mérite d'iceux, favorablement traicter le sieur Henry Arnauld son filz et luy donner courage de l'imiter en ce debvoir... » (Orig. parchemin, signé Louis, et plus bas Potier : archives du Fayel).

2. Bentivoglio fut nommé cardinal au consistoire du 11 janvier 1621 {Lettere di G. Bentivoglio, éd. Scarabelli, t. IV, p. 547). Il reçut le bonnet le 19 mars 162 1 (Héroard, Journal, éd. Soulié et Barthélémy, t. II, p. 255).

3. Sur sa carrière comme nonce en Flandre, voir A. Gauchie et R. Maere, Recueil des instructions aux nonces de Flandre,

p. XXIX-XXXI.

son front large et puissant domine un regard profond et des traits maigres et énergiques. Le pinceau de Van Dyck^ aussi bien que le burin de Claude Mellan^ ont perpétué le souvenir de ces traits tendus vers un but unique : la papauté.

Les plus hautes destinées semblaient en effet promises à Gui Bentivoglio. A Bruxelles, il avait conquis les bonnes grâces de l'Espagne. La cour de France, avec laquelle les « Bentivoille » avaient de vieilles habitudes 3, cherchait à gagner son amitié. Luynes lui offrit la comprotection des affaires de France à Rome et une pension annuelle de dixhuit mille livres. Le cardinal affecta de répondre sans hâte. Il se rendit enfin aux instances du favori, dont il obtint par surcroît l'assurance secrète que le cardinal de Savoie, protecteur de France, garderait un vain titre, mais non la substance de cette fonction éminente^.

Bentivoglio n'ignorait pas les obligations attachées à sa nouvelle qualité. Il devait en particulier entretenir dans son palais un secrétaire français. Arnauld d'Andilly raconte, non sans vanité, le choix merveilleux et providentiel dont son frère aurait été l'objet. Un courant de subite sympathie se serait établi entre le clerc et Son Eminence, « qui ne l'eut pas plutôt vu qu'elle témoigna désirer de l'emmener...^ ». La plume fraternelle est trop complaisante. Le prodige est moindre : l'esprit avisé du compro-

1. Au musée Pitti, à Florence. — Une étude pour ce tableau se trouve au Petit-Palais de la ville de Paris (coll. Dutuit).

2. Frontispice de l'édition de Cologne, i633, de l'ouvrage de Bentivoglio : Délia guerra di Fiandra.

3. « Corneille de Benthivoille », père du cardinal, fut « escuyer d'escuyrie de Mgr le duc d'Orléans » (Quittance de 1549, Bibl. nat., Pièce orig. 291, no 63ii).

4. Bentivoglio, Lettere, t. IV, p. 544. Luynes lui offrit la comprotection à la fin de janvier 1621 [Ibid., p. 539); Bentivoglio n'accepta officiellement qu'en avril (lettre orig. de Luynes au card. Ludovisi du i5 avril 1621, bibl. Vatic, ms. Barberini, lat. 8001, fol. i).

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