‹ Henry ArnauldChapitre 85 sur 267 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

Lettre au pape; deuxième et troisième lettres au roi.

A peine avait-il achevé sa lettre publique à Lionne que Tévêque d'Angers reprit la plume pour composer une longue épître latine à l'adresse d'Alexandre VII, qu'il accompagna d'un traité latin sur la distinction du fait et du droit 1.

Henry Arnauld y revient à son thème familier : Tanimadversion qu'il ressent pour une assemblée s'érigeant injustement en concile. Il essaie d'inspirer au pape les mêmes sentiments. Si le Formulaire est abusif, il est aussi très dangereux par les disputes qu'il éveille, et injuste, car on ne peut ranger le fait de Jansénius au nombre des points de foi. Comment sortir de ces ambiguïtés? Par une distinction nette du droit et du fait, dont le traité qu'il adjoint à sa lettre prouvera sa nécessité. Il approuve certes le mandement des grands vicaires, mais en donnant de beaucoup la préférence à la conduite de l'évêque d'Alet, « le père de tous les évêques de France », qu'il imite, c'està-dire le refus absolu à toute publication du Formulaire 2.

1. Elle porte la date du 28 août 1661; elle fut imprimée sur-lechamp, en même temps que le traité, en 22 p. in-40, s. 1. n. d.

2. L'auteur de la Vie de Nicole (p. gS) affirme que cette lettre n'a pas été composée par Henry Arnauld; il prétend que Nicole, pour le moins, la traduisit en latin, ce qui n'a rien d'impossible : Fouillou [Catalogue, p. 3i) la donne entièrement à Nicole; Dom Glémen-

l8o HENRY ARNAULD

L'acte de ce « nouveau saint Hilaire » qu'était Henry Arnauld aux yeux de la mère Angélique de Saint-Jean Arnauld d'AndillyS sa nièce, ne tarda pas à être rapporté à la cour de France. Dès le 20 septembre 1661, l'abbé de Bourlémont en écrivait à Brienne% et Aubeville, l'ambassadeur, remplissait de cette affaire une page de sa dépêche du 18 octobre à Lionne^.

Henry Arnauld avait d'ailleurs entouré sa démarche de toutes sortes de précautions. Au cardinal Rospigliosi Ae futur Clément IX), qu'il avait connu à Rome, il écrivit une lettre italienne pour le mettre dans ses intérêts et le prier d'être son avocat auprès du pape, qui éclairera la confusion (gl'imbrogli) où se trouve l'église de France et condamnera la violence de ceux « quali sotto vani e ridiculi pretesti turbano la quiète délia chiesa^ ». En même temps

cet (Histoire littéraire, t. III, p. 86) l'attribue à Antoine Arnauld. Disons tout de suite que les deux lettres au roi, dont nous parlerons, ainsi que la lettre du même Henry Arnauld au nonce, sont attribuées tantôt à Arnauld, tantôt à Nicole, tantôt à ces deux auteurs à la fois. Il est inutile d'insister; il suffit de remarquer : 10 qu'aucun contemporain ne fait jamais mention d'attributions semblables; 20 que les auteurs non contemporains qui les donnent n'apportent aucune raison de leurs dires; 3» que ces dires ne s'accordent pas entre eux. Nous nous en tiendrons aux conclusions que nous avons données pour la première lettre au roi. Sans recommencer une nouvelle discussion, qui serait fastidieuse, il semble que l'on soit en droit de dire qu'inspirées toutes par Port-Royal aucune n'en émane directement.

1. Lettre du 5 novembre 1661, dans Histoire des persécutions de Port-Royal, p. 52.

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