Hermant, 1. XXVII, ch. xvii
3. Imprimée sur-le-champ en 8 p. in-40, s. 1. n. d. Cf. Hermant, 1. XXVI, ch. VIII. Cette lettre était accompagnée d'une lettre courte et plus intime à Lionne, où l'évêque nous apprend que sa maladie seule l'avait fait différer de lui répondre et qu'il l'en avait prévenu par Gaudon (voir Pièces justificatives, no 5).
l'jG HENRY ARNAULD
d'apologie de sa lettre au roi. L'évêque se dégage d'abord avec toute raison du reproche de complicité avec les grands vicaires. Il n'a considéré dans sa lettre au roi que le fait même de la réception du texte du Formulaire. Malgré toute « la passion qu'il a toujours montrée pour tout ce qui regarde le service royal », il aurait cru avoir fait tort à la « piété » de Sa Majesté s'il avait « pensé qu'elle voulût que les évesques soumissent le devoir de leurs charges et leurs lumières à son authorité royale et consultassent d'autres règles que celles de leur conscience ». Aussi a-t-il jugé bon d'écrire au roi pour lui exposer ces règles. Est-il juste de croire que ses principes sont battus en brèche parce que tout l'épiscopat a observé un silence pusillanime? « Vous sçavez, Monsieur, dit-il, de quel mesnagement on use à la cour lorsqu'on a subject d'appréhender qu'on ne choque ceux qui y sont puissans et qui ont créance dans l'esprit du prince; quand un confesseur du Roy s'est déclaré au point que le Père Annat l'a fait en cette rencontre, il faut n'avoir aucune prétention pour oser rien dire qui soit contraire à ses desseins*; ceux mesmes qui n'ont pas de ces intérests grossiers s'en peuvent former de spirituels et s'imaginer que le bien de leur diocèse les oblige de ne se commettre pas avec des personnes qui ne manqueront pas de les décrier comme des fauteurs d'hérésie ; cette terreur ferme la bouche presque à tout le monde... 2. » L'évêque d'Angers revient
1. Cf. Saint-Simon (éd. Boislisle), t. XVIII, p. 262 : « Les bénéfices attachés à la protection des Jésuites, dont le confesseur du Roi étoit distributeur, le crédit ou l'inconsidération et pis encore qu'éprouvoient les prélats à proportion que la cour et les Jésuites étoient contents ou mécontents... »
2. C'est la même idée qu'exprime Racine dans cette épigramme :
« Contre Jansénius j'ai la plume à la main;
Je suis prêt à signer tout ce qu'on me demande;
ensuite sur la distinction du droit et du fait, « affirmant qu'il est nécessaire pour estre catholique de condamner les dogmes et les hérésies contenues et condamnées dans les cinq propositions; mais il n'est pas nécessaire pour être catholique de croire que ces dogmes et ces hérésies soient effectivement dans Jansénius ». Lorsqu'on se sert de cette objection spécieuse que, si on n'était pas forcé d'admettre le fait de Jansénius, il y aurait partout des hérésies et jamais d'hérésiarques, on ne pense pas au danger bien redoutable qu'il y a à montrer aux protestants qu'on est, dans l'église catholique, hérétique pour refuser créance à un simple fait.
Henry Arnauld développe ensuite à Lionne un problème qui lui tient fort à cœur et dont, par respect, il n'a pas parlé au roi, celui de l'autorité en matière dogmatique que s'est arrogé une assemblée d'évêques. C'est une vraie « injure » faite à tous les évêques de France, dit-il ; s'incliner devant elle serait avilir son ministère par une « nouvelle servitude ». « Bien loin, ajoute-t-il, que l'authorité de l'assemblée m'ayt été une raison pour faire signer le Formulaire, j'avoue franchement que ce m'en a esté une pour ne le pas faire. ..^ » L'évêque d'Angers n'a donc accordé aucune considération à l'assemblée du clergé, pas plus qu'il n'a pensé un instant à des questions de famille; il
Qu'il soit hérétique ou romain, Je veux conserver ma prébende. »
[Œuvres, éd. des Grands Écrivains, t. IV, p. 178.)
I. La cour en voulut beaucoup à Henry Arnauld du mépris qu'il professait pour les assemblées du clergé. Charles Colbert s'en fait encore l'écho, en 1664, dans son rapport sur l'Anjou. (L'évêque d'Angers) « seroit sans tache s'il se relâchoit de la trop bonne opinion qu'il a de ses sentiments pour les soumettre aux décisions et délibérations du clergé... » (p. 122 des Archives d'Anjou, éd. P. Marchegay).
dit à ce sujet en finissant : « C'est une chose sy indigne de l'esprit épiscopal de regarder la chair et le sang, que j'ay peine à m'abaisser jusqu'à me justifier de ce reproche; car je puis dire avec vérité que je m'en sens si éloigné que, comme cette considération ne me fera jamais, avec la grâce de Dieu, rien faire contre mon devoir, aussi la crainte d'en estre accusé ne m'empeschera jamais de soutenir la vérité et la justice. » De même, pour attester d'une façon évidente sa sincérité, il ne dit pas un mot à Lionne dans cette lettre des persécutions de Port-Royal.
Bien qu'écrite, comme on peut le voir, sur un ton d'une franchise très ouverte, Henr}' Arnauld ose prier Lionne de communiquer cette lettre aux évêques composant le conseil de conscience et même au roi*. Peut-on, après un tel acte, ne pas s'étonner que Tallemant ait pu jamais dire que l'évêque d'Angers avait « plus d'ambition que toute la maison d'Autriche ensemble 2 ». Il ne prenait assurément pas la meilleure voie pour ménager ses intérêts temporels.
1. D'ailleurs cette lettre fut imprimée aussitôt, comme nous l'avons dit.