Lettre du 20 août, ap. Hermant, 1. XXVI, ch. viii
ET LE JANSÉNISME. l8l
était expédiée à Rome une lettre par laquelle Henry Arnauld recommandait ses intérêts au cardinal Grimaldi^ et le chargeait de faire remettre l'épître latine au pape. Cette dernière démarche ne pouvait être très efficace; le cardinal était en grande défaveur dans l'une et l'autre cour : le pape lui ordonnait de quitter Rome pour aller résider dans son diocèse d'Aix, et le roi lui interdisait en même temps de regagner son archevêché, où sa présence aurait pu causer des troubles^. A vrai dire, rien ne pouvait plus nuire à cette affaire perdue d'avance.
Grimaldi répondit le lo septembre qu'il avait agi suivant les désirs de l'évêque d'Angers et qu'il a « fait donner la lettre au Pape, lequel l'a fait mettre avec les autres papiers qui regardent ce sujet, pour y faire les considérations en temps et lieu ». Rospigliosi écrivit le 26 septembre à l'évêque d'Angers sur un ton presque obséquieux, phrases creuses et d'insignifiante amabilité officielle 2 : c'est la seule réponse qui fut jamais envoyée de l'entourage pontifical à Henry Arnauld; nulle attention ne fut faite à ses arguments qui restèrent enfouis dans les archives du Quirinal. Cependant, le cardinal Albizzi se moquait assez cruellement de l'évêque dans une lettre à Buti^; en même temps, le bref expédié le i*^'' août contre
1. Lettre du 28 août 1661, Ibid.; la réponse s'y trouve aussi.
2. Cf. Mémoriaux du conseil de 1661,1. I, p. 109, m, 112 et 276; Gérin, Louis XIV et le Saint-Siège, t. II, p. 619-621.
3. Hermant, 1. XXVI, ch. xxix, veut voir, dans l'aimable lettre que Rospigliosi adressa à Henry, 1' « avant-coureur de ce qu'il devoit faire un jour pour la paix de l'Eglise », hypothèse bien ambitieuse; il est préférable de trouver là un exemple de cette « affabilité sans pareille » que loue en Rospigliosi Bassadonna, l'ambassadeur vénitien {Relaponi..., p. 269; citée par Moûy, l'Ambassade du duc de Créqui, t. I, p. 5o).
4. Lettre autographe du 24 octobre 1661 (Rome 142, fol. 204). On trouve à Milan, dans les papiers Rancati, une consultation émanée du Saint-Office sur ces lettres de Henry Arnauld.
l82 HENRY ARNAULD
le mandement des grands vicaires de Paris dut faire paraître à Henry Arnauld bien amères les grâces fades du cardinal Rospigliosi. Cette censure, qui accuse les grands vicaires d'avoir soutenu un « falsum patensque mendacium », allait plus loin que les suppôts du cardinal de Retz et frappaient derrière eux Port-Royal.
Cependant, la forme donnée à cette condamnation n'était pas pour satisfaire entièrement le conseil de conscience; Marca, qui, au moment où la cour se rendit dans l'ouest lors de l'affaire Foucquet, s'arrêta dans son abbaye de Saint-Aubin d'Angers, pria Henry Arnauld de l'y venir voir. L'entrevue, qui eut lieu en septembre, fut du plus haut intérêt; l'archevêque de Toulouse se montra fort outrecuidant; il se vanta de connaître toutes les intrigues romaines et de disposer de tout à son gré. Le bref contre les grands vicaires ne suffisait pas; aussi il comptait trouver à Fontainebleau à son retour un autre bref adressé à tous les évêques de France leur enjoignant de signer le Formulaire; ce serait alors la fin de toutes les contestations sur le fait et le droit en même temps que de celles sur l'autorité de l'assemblée du clergé que lui exposait l'évêque d'Angers ^ L'illusion de l'archevêque était complète; Rome n'envoya rien de tel; le conseil d'Etat dut s'en contenter et rendre un arrêt, le i^'" mai 1662, publiant le « jugement qui lève toutes les difficultez » porté par le pape sur le mandement des grands vicaires. Il y est ordonné, aux « archevêques et évêques qui n'ont point encore signé ni fait signer le Formulaire », de composer « tout incontinent leur mandement pur et simple et sans ambiguïté pour faire procéder aux signatures^ ».
Par une lettre du 20 mai, le roi communiqua à Henr}'