Hermant, 1. XXVI, ch. xiii
2. Arrest du Conseil d'Kstat du Roy..., du /^r may 1662, ensemble
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Arnauld l'arrêt de son Conseil. L'entretien que l'évêque d'Angers avait eu avec Marca montrait trop clairement que la cour de France avait essuyé à Rome une défaite et que, ne pouvant obtenir un nouveau bref du pape, elle avait entrepris d'y suppléer par un nouvel arrêt du Conseil; cela donnait à l'évêque d'Angers un excellent motif pour écrire une seconde lettre au roi. De plus, ce même bref prouvait que la conduite observée par Henry Arnauld, à savoir de se refuser absolument à publier le Formulaire, était beaucoup plus sage, malgré les apparences, que celle des grands vicaires qui avaient obéi à demi en exigeant la signature accompagnée d'explications. Frappés en effet et forcés de céder devant des menaces, ceux-ci avaient vu leur quasi-soumission persécutée, tandis qu'on n'avait procédé en aucune façon contre la résistance absolue de l'évêque d'Angers.
Godeau s'était tu devant l'arrêt si formel du i'''' mai. Henry Arnauld osa, seul de tout l'épiscopat, s'y opposer encore une fois^. C'est la question du bref aux grands vicaires qui fait, bien entendu, le fond de la lettre de protestation écrite par Henry Arnauld au roi le 24 juillet 1662 ^ Cet acte pontifical, qui aurait dû, dans l'esprit de
le premier mandement de Messieurs les grands vicaires de Paris, le bref de S. S. sur iceluy, les lettres patentes expédiées en conséquence... Paris, Séb. Gramoisy, 1662, in-40, 22 p.
1. Son attitude combative recueillait toute l'admiration du maréchal Fabert : « M. d'Angers va sérieusement où son devoir l'oblige et parle dignement en évesque, écrit-il à Andilly; il est bon que l'on veoye que sy dedans l'Églize il y a quelques gens dans des opinions déréglées et desquels la pation contre d'autres ne peut estre retenue, qu'il se trouve des évêques qui représentes le tord qu'on fait à la religion de leur donner la main par complaisance, par intérest ou par pation » (original, 27 mars 1662, Arsenal 6o36, pièce Sgo).
2. Imprimée sur-le-champ, comme la précédente, en plaquettes de 4 p., s. 1. n. d., sous le titre : Lettre écrite au Roy par Monseigneur l'évêque d'Angers touchant la signature du Formulaire.
Louis XIV, enlever aux évêques récalcitrants tout motif de résister, ne donne aucune solution. « Le bref, écrit Henry Arnauld, que les grands vicaires de Paris ont receu du Pape pour réformer leur mandement et que V. M. nous a envoie comme décisif en cette affaire leur est tellement particulier et touche si peu les raisons... représentées à V. M. qu'il est difficile de comprendre quelle a esté la pensée de ceux qui l'ont voulu faire valoir comme une loy générale et qui ont fait croire à V. M. qu'il levoit toutes les difficultez » ; le pape n'y fait mention ni de Formulaire, ni de signature et ne semble que blâmer une fausse interprétation de la bulle d'Innocent X, sans toucher aux questions en suspens, telles que celle du sens de Jansénius. D'ailleurs, tous les brefs du monde ne feront jamais qu'on puisse croire, « sans manifeste hérésie..., que le Pape a la mesme infaillibilité que J.-C. dans les questions de fait ».
Après avoir avoué au roi que, pour toutes ces raisons, il se trouve « dans une grande impuissance d'exécuter ses ordres », Henry Arnauld s'attaque à l'arrêt du Conseil, qui rend encore moins possible l'obéissance. Il est inouï de voir le pouvoir laïc s'arroger une juridiction dogmatique, comme le veut faire « le Conseil de V. M. », qui prend le droit « bien estrange » de prescrire aux évêques la teneur et presque les termes de leurs mandements. Enfin, revenant vers la fin au bref du pape, l'évêque d'Angers avoue ne pas comprendre qu' « un bref particulier, adressé aux vicaires généraux de Paris sur le sujet d'une ordonnance qui leur est toute particulière, fasse une loy pour un évesque d'Angers ».
Nous savons par Lionne^ l'accueil que Louis XIV fit à cette lettre; il dilfère peu de celui que reçut la première.
I, Dans la lettre qu'il écrivit à Henry Arnauld (Pièces justificatives, no 6).
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Henry Arnauld n'avait plus voulu user des bons services de ce ministre qu'il craignait, en ami, de compromettre; c'est Châteauneuf, secrétaire d'État chargé de l'Anjou', qui donna connaissance au roi, « en plein Conseil w, des plaintes de l'évêque^. Châteauneuf fut écouté avec attention, mais « non sans interruptions ». Le roi ne témoigna aucune surprise des arguments invoqués par l'évêque; il se souvenait en effet d'avoir récemment soutenu au nonce, « un quart d'heure durant, que le Pape devait répondre directement aux évêques qui lui avaient écrit et non par des voies obliques et peu claires )^; nous avons trouvé l'écho de ces mêmes reproches au saint-siège dans la conversation de Saint-Aubin d'Angers.
Lionne reçut l'ordre d'entretenir le nonce de l'affaire ; en attendant, il voulut raisonner, calmer Henry Arnauld, dont la conscience trop délicate s'amusait à de dangereuses subtilités. S'il n'y avait dans l'attitude de l'évêque qu'un noble dédain des « intérêts humains », Lionne comprendrait ce détachement. Mais à quoi sert d'épiloguer sur la doctrine d'Alexandre VH, qui, malgré l'obscurité de certaines formes, est bien certaine? « Il est plus à présumer, ajoute-t-il, que vous vous puissiés tromper que le Pape; et vous devez vous-même avoir ce sentiment intérieur. » Toutes les protestations dont la lettre est pleine se résolvent en cette dure parole, plus sévère que vraiment amicale.
1. Louis Phélypeaux, seigneur de la Vrillière et marquis de Châteauneuf, semble avoir gardé l'Anjou dans son département ministériel depuis 1644 jusqu'à sa mort en fonctions (1681). Cf. le tableau donné par M. de Luçay en appendice à son livre sur les Secrétaires d'Etat...^ p. 593 et suiv.
2. Châteauneuf répondit à la lettre d'envoi que Henry Arnauld lui avait faite ; nous n'avons ni la lettre de l'évêque ni celle du ministre; l'existence de cette dernière nous est signalée par Arthaud dans son Journal {Anjou historique^ 6^ année, 1905, p. i23).
l86 HENRY ARNAULD
Henr}^ Arnauld remercia le ministre de sa lettre, le i3 août, en lui montrant bien franchement le peu de force de son argumentation et lui répétant que le pape ne peut songer seulement à approuver le Formulaire*.
Godeau, dont le zèle brouillon était toujours prêt à agir, avait alors l'esprit trop occupé à faire censurer les thèses du collège de Clermont sur l'infaillibilité pontificale pour avoir aucune autre pensée; il écrivait lettres sur lettres aux évéques pour obtenir d^eux des mandements contre les Jésuites. L'évêque de Vence subit d'ailleurs une nouvelle défaite'^, qui ne le guérit pas. Mais, en cette circonstance, Henry Arnauld vit appuyer sa démarche auprès du roi par un prélat de plus haute envergure. Choart de Buzenval se décida à protester pour la première fois et à joindre ses arguments et son influence à ceux de Henry Arnauld 3. Hermant nous a conservé^ les lettres touchantes et émues que s'écrivirent les deux prélats en cette occasion; ils se tiennent debout l'un près de l'autre devant la faiblesse ou l'hostilité du reste de l'épiscopat; ils se réconfortent et s'encouragent mutuellement.
Lionne avait annoncé à Henr}^ Arnauld qu'il parlerait de lui au nonce. L'évêque d'Angers reçut peu après une lettre signée du nonce, Celio Piccolomini, archevêque de Césarée, datée du 2g août 1662^; le nonce n'envoie d'ail-
I. Cette lettre est in extenso aux Pièces justificatives, no 7.
■2. Il arriva tout juste à gagnera sa cause les évêques de Beauvais et d'Angers. Voir sa lettre à Henry Arnauld à ce sujet, ap. Hermant, 1. XXIX, ch. IX.
3. Hermant, 1. XXIX, ch. vu, a reproduit la lettre de Choart au roi du 14 août 1662.
4. L. XXIX, ch. XV. Ces lettres ont été publiées, d'après Hermant, par J. Guillard, Choart de Bu^fcnval, p. 273 et suiv.; ajouter une autre lettre de Choart à Henry Arnauld du 3 décembre 1662 affirmant inviolablement cette union (Hermant, 1. XXX, ch. vu).
5. Cette date est la véritable et Hermant fait erreur en donnant
leurs à son confrère qu'un simple résumé du courrier qu'il venait de recevoir du cardinal Chigi : si le pape n'a pas répondu à Henry Arnauld et aux autres évêques de son parti, c'est qu'il aurait été obligé de leur « témoigner son mécontentement » et que, de plus, il était facile de voir, a par son bref aux grands vicaires, quels sont ses véritables sentimens sur cette matière ».
Le 28 août, le roi se décida aussi à répondre à l'évêque d'Angers^; il tourne encore dans le même manège; comment en sortir d'ailleurs puisque la cour de Rome voulait s'en tenir au bref aux grands vicaires : « Comme à présent, fait écrire Louis XIV, vous ne pouvez plus douter des intentions de S. S..., je vous fais cette lettre pour vous dire que sans plus de remise ny de difficulté, sous quelque prétexte que ce puisse être, vous aies à procéder et faire procéder incessamment dans l'étendue de votre diocèse à la signature du Formulaire. »
a Dieu soutint l'évêque d'Angers », dit Hermant^, et lui donna assez de force pour ne pas céder à de si pressantes instances ; il répondit au nonce et au roi à la même date du 17 septembre 1662^. Au nonce, Henry Arnauld répète
celle du ig. En effet, Henry Arnauld dit dans sa troisième lettre au roi, p. 2, qu'il reçut dans « le même paquet » la lettre du roi du 28 et celle du nonce. Cf. aussi Arthaud, Anjou historique, 6^ année, 1905, p. 123. La lettre du nonce à Henry Arnauld est in extenso aux Pièces justificatives, n» 8.
1 . Henry Arnauld reçut à Ghâteau-Gontier, en un même « paquet », la lettre du roi, celle du nonce et celle de Châteauneuf (la seule qui ne nous soit pas parvenue) ; le tout « lui fut présenté par un envoyé, de la part d'un capitaine commandant au château, qui lui demanda un récépissé » (Arthaud, Journal; Anjou historique, septembre-octobre 1905, p. 123). Voir le texte intégral de la lettre du roi, d'après Hermant, aux Pièces justificatives, no 9.