Vie des quatre évêques, t. I, p. 28b
3. Ghoart admire, dans sa lettre du 3 décembre à l'évêque d'Angers (Hermant, 1. XXX, ch. vu), la « merveilleuse adresse » de Henry Arnauld en cette circonstance.
igO HENRY ARNAULD
En effet, Henry Arnauld inséra la lettre au nonce, que nous venons d'analyser, dans une nouvelle épître au roi datée aussi, — comme nous l'avons vu, — du 17 septembre et où il reprend tous ses arguments, car, dit-il, « les raisons qui m'ont éloigné d'ordonner la signature du Formulaire subsistent encore tout entières dans mon esprit, puisqu'elles n'ont été levées par aucun éclaircissement », et Louis XIV ne peut en vouloir à ceux « qui n'apportent du retardement à l'exécution de ses ordres que parce qu'ils craignent de violer ceux de Dieu ». Le roi de France, « protecteur des libertez de l'Eglise gallicane », peut-il même tolérer que le pape ne daigne pas écrire à ses frères les évêques et se serve du canal du nonce pour les renvoyer à des décisions qui n'ont rien à voir à ce qu'ils demandent?
Les hostilités entre la France et Rome étant entrées dans une période aiguë, Henry Arnauld n'osa pas envoyer sur-le-champ sa lettre au roi accompagnée de celle au nonce. Mais, peu après, le 4 novembre, l'évéque, « aiant considéré que V. M. pourroit peut-être trouver mauvais ce retardement », se décide à envoyer au roi les deux lettres, et il les accompagne de quelques phrases très brèves pour expliquer son silence et indiquer de nouveau ses principaux arguments^.
Henry Arnauld ne reçut jamais de réponse.
Louis XIV écrivait au Saint-Père que l' « aversion »
I. Cette lettre, contrairement aux autres « lettres au Roi » de Henry Arnauld, ne fut pas imprimée. Ce fait même montre le peu d'importance qu'on y attachait. Hermant (1. XXX, ch. vi), qui nous la transmet, et à sa suite Besoigne, ont tort de la mettre sur la même ligne que les autres en l'appelant quatrième lettre au roi; il vaut mieux dire annexe de la troisième. Hermant, toujours négligent au point de vue chronologique, omet de nous en donner la date: celle du 4 novembre nous est fournie par Arthaud, Journal (Anjou historique, G-^ année, p. i23).
témoignée toujours par le pape, « pour ce qui regarde notre personne et notre couronne^ », se manifestait alors avec la plus parfaite évidence; le roi n'allait pas, dans ces circonstances, donner de trop importantes satisfactions à Alexandre VII, aux dépens de l'Église gallicane, en sévissant contre les rebelles au Formulaire. Hermant a bien vu que l'affaire des Corses « suspendoit un peu la contestation du prétendu jansénisme^ »; nous ne verrons le pape approuver pour la première fois le Formulaire que près de trois ans plus tard, le i5 février i665, par un acte qui renversait tous les raisonnements des jansénistes, ceux de Henry Arnauld en particulier.
1. Lettre de Louis XIV au pape publiée par le comte de Moùy, l'Ambassade du duc de Créqui, t. I, p. 844.