‹ Henry ArnauldChapitre 89 sur 267 · L. XXIX, ch. x · texte numérisé non relu

L. XXIX, ch. x

3. Cf. Hermant, 1. XXIX, ch. xvii. La lettre au nonce a été publiée sur-le-champ sous le titre : Response de Monseigneur

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que le bref aux grands vicaires, auquel le cardinal Chigi le renvoie, ne résout aucune des difficultés qu'il avait présentées au saint-siège, puisque le pape ne traite que de l'interprétation de la bulle d'Innocent X. L'évêque ne voit pas comment il pourra sortir d'embarras tant qu'il n'aura pas le moyen d'expliquer à ses fidèles « ce que signifie la signature, àquoy elle les engage et sur quels principes elle est fondée )>. Ces explications données, il restera toujours le vice essentiel du Formulaire, qui semble considérer comme égal article de foi la condamnation des cinq propositions et le fait de Jansénius, ce qui « renverse le fondement mesme de la religion et de la foy » . Henry Arnauld se refuse à croire qu'un pape pourrait songer à s'égaler à J.-C. pour l'infaillibilité dans les faits, et il veut être persuadé, au contraire, qu'Alexandre VII, « à l'exemple des grands papes, ses prédécesseurs, met plus tost toute sa gloire à se confesser l'humble disciple de son divin maître ». Ce serait chose tellement inouïe de voir le pape approuver le Formulaire qu'il faudrait, pour y croire, une affirmation nette : des paroles ambiguës ne peuvent valider l'usurpation manifeste d'une assemblée du clergé; le Saint-Père ne s'est jamais prononcé qu'en phrases obscures, et vous-même. Monseigneur, ajoute Henr}^ Arnauld, vous semblez avoir eu soin d'éviter, dans votre lettre, de « nommer ny l'assemblée n}^ le Formulaire », en sorte que ni la lettre du nonce ni celle du cardinal Chigi ne « m'obligent à changer de pensée, ne contenant que des termes fort généraux et fort indécis ».

Mais l'évêque d'Angers est surtout frappé et indigné de ce que le pape ne daigne pas lui répondre personnelle-

l'évesqiie d'Angers à la lettre de Monseigneur le nonce, en 7 p., dont la pagination fait suite à celle de la Troisième lettre de Monseigneur l'évesque d'Angers au Roy : le tout formant 12 p., s. 1. n. d.

ment; ce fut pour lui une ulcération si profonde que l'on en trouve encore des traces dans la fameuse circulaire des quatre évêques du 25 avril 1668 : « Ce n'est pas d'aujourd'huy, écrivent les signataires, que ceux qui sont auprès des Papes et qui ne travaillent qu'à leur inspirer leurs passions les ont portez à en user ainsi envers les prélats. Il paroist que depuis quelque temps ils les ont voulu mettre en possession de ne faire aucun estât des lettres des évesques lorsqu'ils n'écrivent qu'en évesques, sans estre appuyez du crédit et de la faveur des personnes séculières ^ » D'ailleurs, écrit Henry Arnauld, « un chrétien. Monseigneur, et à plus forte raison un évesque ne doit craindre que les fautes et non pas les réprimendes ».

Cette lettre ne fut sans doute jamais remise au nonce; le jour même où Henry Arnauld lui écrivait, le nonce était sur la route d'Orléans à La Charité, regagnant sous bonne garde la frontière savoyarde, chassé par Louis XIV. Comme le remarque judicieusement Besoigne^, Henry Arnauld ne pouvait plus correspondre avec le nonce, puisque ce n'était alors qu'un ministre étranger sans autorité en France. Mais le vieux diplomate s'aperçut aisément que ce contretemps lui fournissait tout ensemble un moyen très ingénieux pour faire passer sa lettre au nonce sous les yeux du roi ou ceux des membres du Conseil et un prétexte pour écrire une nouvelle lettre à Louis XIV^.

1. P. i5 de l'éd. princeps (1668, in-40) de cette lettre. Le même reproche a d'ailleurs été servi aux jansénistes : « Je savois que le Port-Royal n'avoit pas accoutumé de répondre à tout le monde... )>, etc. (Racine, lettre à l'auteur des hérésies imaginaires, Œuvres, éd. Grands Écrivains, t. IV, p. 278).

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