ENFANCE
H ENRY BECK naquit le {er mars 1874. Moins de vingt-quatre ans après, le 30 décembre 1897, dans le plein épanouissement de sa jeunesse, il mourait, emportant avec lui des trésors de piété, de zèle et de courage qui annonçaient un laborieux et fécond avenir. Tous ceux qui l’ont connu de près le croyaient destiné à quelque mission providentielle. Dieu la rappelé de cette terre, sans même lui permettre de commencer la tâche pour laquelle il l'avait si magnifiquement doué. À cette âme d'élite, passionnément désireuse de le faire aimer, il n'a demandé que l’apostolat de l’exemple. Il nous est permis d'espérer que cet apostolat n’est pas fini et que la chère et pieuse mémoire de ce saint jeune homme continuera parmi nous l’œuvre de sa trop courte vie.
Sa carrière ne fut signalée que par l’éclat modeste de ses vertus. Le monde n'y trouvera probablement rien qu'il daigne honorer de son attention. Nous la raconterons pour ceux qui savent mieux que le monde à quoi se mesure la vraie grandeur des âmes.
Ils ne chercheront pas dans ces pages l’intérèt anecdotique, qui parfois peut s'attacher aux petits événements d’une existence ignorée. Sur cette vie pareille à toutes les vies, la grâce divine à jeté un rayon de beauté surhumaine. C'est ce reflet d'en haut que nous voudrions saisir, autant qu'on le peut sans toucher à des souvenirs trop intimes, que la publicité n'a pas le droit de profaner.
Les premières années d'Henry s’écoulèrent à Courtrai, sa ville natale. Avec les avantages du rang et de la fortune, sa naissance lui assurait le bienfait autrement précieux d’une éducation tout imprégnée de foi, et soutenue de saints exemples.
Nul événement ne se détache sur la tranquille aurore de sa vie. Ce fut l’heureuse et pure jeunesse de nos enfants chrétiens, dans les familles bénies de Dieu. Mais le petit Henry sortit vite du vulgaire, mieux que par ces signes de sainteté précoce, qu'il est si facile de découvrir après coup, précisément parce qu'ils ne prouvent rien. À un âge où d'ordinaire les premiers traits de la personnalité se dessinent à peine, son caractère s’enlevait déjà en lignes franches et nettes, comme une médaille à fleur de coin. Tout n’y répondait pas au portrait de l’enfant modèle d'après l'idéal des contes moraux. L’aimable piété qui s'épanouissait spontanément dans son âme, n empêchail pas d'y apercevoir aussi une volonté tenace, dont l’énergie donnait à penser. À moins de
miracle, cette force précieuse s'annonce par des pro-