‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 2 sur 82 · CHAPITRE PREMIER. — ENFANCE: 1i · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. — ENFANCE: 1i

messes qui ressemblent un peu à des menaces: c'est sans doute pourquoi elle manque à plus d'un tableau de la perfection enfantine.

Elle s’affirma chez Henry par les signes ordinaires. Quand cette petite tête bouclée avait son idée, il n'était pas commode d’y rien changer. Maïs à côté de cette force qui jamais ne lÂcha prise, Dieu avait mis de quoi l’arrêler sur la pente de l’obstination. Henry, bien qu'un peu timide, était la droiture même. Chez les bonnes Sœurs de l’Institution Saint-Nicolas, où il apprit à lire, on se souvient encore qu'un jour, après la récréation, le petit Henry vint tout en larmes s accuser d’avoir blessé par mégarde un de ses jeunes compagnons: « Sœur Gudule, dit-il, j'ai joué au cheval et jai mordu mon cavalier : voyez comme je lui ai fait mal!»

Mais, chez Henry, la franchise elle-même avait une source plus profonde. Cette âme volontaire était bonne; elle gardait ou plutôt elle prod guait aux siens et à tous, les trésors d’une intarissable tendresse. Henry aimait son père, sa mère surtout, avec des éians qui se traduisaient parfois en des scènes d’une ravissante fraicheur. |

Énergique, loyal et bon, cela veut dire généreux: ce mot résume foute la nature d'Henry et toute sa sainteté, depuis le jour où son âme d'enfant se tourna sérieusement à aimer Dieu. La générosité donna la marque à toutes ses autres vertus, et nous aurons assez par la suite l’occasion de voir quelle fière et male empreinte en reçut sa piété.

Tel est le souvenir qu'il a laissé chez les dévoués Frères des Écoles chrétiennes dont il devint l'élève à l’âge de sept ans. Un de ses anciens professeurs, demeuré son ami et son confident, nous a retracé de lui un portrait où on le retrouve tout entier: droit, franc, « d’une seule pièce », sans détour avec personne, ignorant jusqu'à l'ombre du respect humain et des petits calculs, et assez mûr déjà pour savoir gré à ses bons maîtres de briser ses accès d'humeur récalcitrante. À défaut d’un penchant naturel pour l’étude, il avait da qualité autrement précieuse de s'appliquer sans goût et d'attaquer de front les occupations insipides, leur donnant le pas sur toutes les autres. En vacances, il avait son devoir à faire tous les jours, d’après les usages de l’école. Chaque matin, après la prière et la sainte Messe, le premier soin d'Henry était d'accomplir sa tâche quotidienne. Il ne respirait librement qu'après avoir déblayé son chemin pour le reste du jour. Parfois on le plaisantait sur cette belle ardeur. « Henry aime à faire ses devoirs, » disait-on. Alors, il protestait: « Non, disaitil, mais je fais d’abord ce que je n'aime pas. »

Toute sa vie, sa tactique sera de prendre le taureau par les cornes. On voit quil s'était mis jeune à dominer l'attrait ou les répugnances du moment. Le mérite n’en est point banal avant la dixième année.

Dès cette époque aussi, tout appel aux idées généreuses allumait dans ses yeux ces mêmes éclairs dont s'illuminaient plus tard ses traits virils. « On y voyait, ajoute en propres termes le Frère L..., l’impatience

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