‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 15 sur 82 · CHAPITRE TROISILME. — ANNÉES DE COLLÈGE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISILME. — ANNÉES DE COLLÈGE

explorateurs africains, qu'il lisait avec passion: Cameron, Livingstone, Stanley, les relations des missionnaires, le journal des PP. Depelchin et Croonenbershs (), etc. Jusqu'ici pas de prodiges : plus d’une fois des courages naissants ont affronté ces lectures avec une ardeur qu'il a fallu modérer. Mais celui d'Henry ne reculait pas devant des occupations plus ausitères. Chimie, botanique, minéralogie, physiologie, que sais-je encore? son jeune esprit s'attaquait à tout avec une assurance intrépide. fFoute cette encyclopédie, pour catéchiser les nègres! Peut-être un vieux missionnaire eût-il un peu simplifié le programme; mais pour pousser à de pareilles études un jeune homme de quinze ans, le désir de lapostolat lointain doit être mieux qu'une forme pieuse de lhumeur aventureuse et romanesque.

À vrai dire lé zèle d'Henry était en ceci aidé par ses goûts naturels. De tout temps, les sciences positives avaient souri à sa nature sérieuse et pratique. À l’école des Frères de Courtrai, la lecture des livres de vulgarisation scientifique faisait déjà son meilleur passe-temps. Ses bons maîtres favorisaient ses goûts studieux en élargissant pour lui, à l’époque des vacances, le règlement de la bibliothèque.

À la maison, Henry avait installé dans une mansarde une facon de laboratoire. Là, en compagnie de sa sœur, il passait des après-midi entières dans des

{travaux dont le succès ne nous est pas connu. On

1. Trois ans dans l'Amérique Australe, journal de voyage des PP. H. Depelchin et Ch. Croonenberghs (fondateurs de la Mission du Zambèze).

devine bien qu'Henry n'avait pas les nerfs d’un expérimentateur; si ses observations n’ont pas amené de révolution dans la science, peut-être en ont-elles fait quelques-unes ailleurs. Rien de grave cependant, puisqu'on ne dit pas qu'il ait jamais mis le feu à la maison.

Son musée l’'occura davantage. « Ah! sou musée, écrit sa sœur, il forme une page de son histoire, D’abord ce ne fut qu'une table couverte de simples cail- Ioux ramassés au « Lauwenberg », puis vinrent des minéraux, puis d'autres articles d'histoire naturelle, des oiseaux, des insectes, des armes indiennes et américaines, que lui donnaient ses amis. Un peu plus tard il fallut une armoire pour sa collection. Cette armoire, bientôt devint insuffisante; il en fallut deux, puis -{rois, puis enfin les autres meubles de sa chambre durent disparaître. Un beau jour, je trouvai mon collectionneur au milieu d’un grand désordre:

« Je déménage mon lit, me dit-il, il y a place pour tout dans ma chambre sauf pour moi. »

« Et ce musée vraiment valait la peine d’une visite: tout était soigneusement étiqueté, numéroté, classé. C'était sa principale occupation des vacances... »

En cela, Henry avait au collège, dans son cher vieux Frère Herman, un modèle qui excitait son émulation. Nous aimons à rencontrer sous notre plume le nom de ce modeste et dévoué religieux. Jeune encore, le bon Fr. Herman avait demandé d’être attaché à la mission naissante du Bengale occidental. Son espérance ne fut pas exaucée; et il dut achever, dans

Page 1