‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 14 sur 82 · CHAPITRE TROISIÈME. — ANNÉES DE COLLÈGE · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME. — ANNÉES DE COLLÈGE

le calme d’autorité. À la leçon d'équitation, un jour, il s’avise de trotter sans étriers; trois fois coup sur coup üi vide les arçons « et il aurait continué jusqu'à se casser le cou, si le digne Mentor qui présidait à ce genre d'exercice ne fût intervenu tout gonflé d’interjections. — Une autre fois, à l'étude, souffrant depuis quelques jours d’une rage de dents, et tout en colère d’être vaincu par si peu de chose, il attacha une ficelle à la dent, et se mit en devoir de l’arracher en tirant à grand renfort de secousses. Le Père D. V. intervint, et le dentiste aussi, qui arrangea la chose. Mais on avouera qu'il faut un courant nerveux bien puissant entre la tête et le bras pour tenter d’arracher une molaire avec ‘une ficelle. »

Souvent aussi, il faut le dire, bras et jambes agissaient sans le commandement de la tête. Avec un tel caractère et avant la vingtaine, la prudence serait un miracle. Henry s'était fait une réputation de casse-cou que franchement il méritait On en a vu plus haut une preuve; en voici une autre prise dans le nombre. Un jour, en voyage, aux environs de Biarritz, Henry se voit arrêté par le Gave, qui barrait le chemin. Immédiatement il propose à ses compagnons de franchir le torrent à gué. Déjà on se déchaussait, lorsqu’une femme sort d’une maison voisine: « Ÿ pensezvous! le Gave a ici plus de cinq mètres de profondeur ». Henry n'avait pas songé à ce détail... Que de fois, s’il eût vécu, le brave enfant serait entré dans la rivière avant d’avoir sondé le gué |

On comprend avec quelle ardeur il s’appliquait

à l'étude, où il trouvait quelques difficultés. Sa mémoire le servait mal et les succès très honorables qu'il obtint, lui coûtaient un travail acharné. Au sorur des récréations qu'il avait animées, il se mettait à l'ouvrage pour de longues heures, le front entre. les mains, sous le regard de la sainte Vierge, dont il plaçait l’image devant ses veux. À l’époque des grands concours, il avait obtenu de prolonger son travail après le coucher de ses condisciples. Pourtant les lauriers seclaires ne Le fascinaient pas, mais il voulait faire à sa mère le plaisir de lui montrer ses.petits succès. Avec cette foi simple et naïve qu'il mêlait à toutes choses, il mettait saint Joseph dans les intérêts de sa piété filiale, en lui promettant pour chaque bonne place, un, deux, ou trois chapelets, d’après un tarif convenu. « Votre système est excellent, » écrirait-il après expérience faite, au Père qui lui aval suggéré cette petite pratique. Et l'année suivante: «Je rentre donc enfin à la maison avec de bonnes places, mais aussi charsé de dettes envers saint Joseph. »

Mais combien plus allègre encore était son travail quand il s'agissait de ses missions bien-aimées! Dès cette époque Henry songeait à recueillir méthodiquement les connaissances qui pourraient lui être utiles. Au premier rang, l'instruction religieuse. On parlait au collège du soin avec lequel Henry Beck, depuis Ia sixième, tenait à jour et conservait ses cours de religion. Aux heures libres venaient les études

surérogatoires, C'étaient d’abord les récits des grands

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