‹ Henry Beck de la Compagnie de JésusChapitre 32 sur 82 · CHAPITRE SIXIÈME. — NOVICIAT. 1 s · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME. — NOVICIAT. 1 s

pas lui qu’on verrait jamais trottiner les yeux baissés et les mains dans les manches! « Attendons la grande retraite, s’était borné à répondre le conseiller. — Attendez toujours, avait riposté l’impétueux candidat, nous verrons bien... »

Quinze jours ne s'étaient pas écoulés, que le Frère Beck priait ce même novice de l’avertir quand il tiendrait la tête trop inclinée... Convaincu ou non, il avait résolu de ployer sa nature sous le règlement, et, devant cet arrêt, nerfs et habitudes avaient cédé bon gré mal gré. Jamais plus sur ce point sa vigilance ne se relâcha. Disons tout de suite cependant que le vaillant jeune homme n’eut pas le temps d’arriver à la perfection classique du genre. Son tempérament de prime-saut ne se contenait qu’au prix d'efforts qui demeuraient trop visibles. L'âge seul aurait pu lui apprendre à modérer le jeu de ses articulations à détente. La compression à laquelle il les soumit est déjà d'un assez bel exemple. Au demeurant, l’air grave et recueilli qu'on donne aux saints sur les images, n'est complètement beau et attirant que s’il exprime l'énergie d’une âme qui se possède dans la douceur.

A l'intérieur la transformation dut être moins brusque, car il y avait moins à changer. Le noviciat est, ‘par essence, l’école du renoncement. En ce genre, il restait au Frère Beck peu de leçons à prendre. ‘Au lémoignage du maître qui dirigea ses débuts, Henry apportait dans le cloître une vertu déjà formée, de rare et dure trempe où, d'emblée, la marque de la formation religieuse s'imprima à demeure. L’effort et

la peine avaient comme un irrésistible attrait pour cette âme ardente et vaillante. À cette générosité encore un peu mêlée d’ardeur naturelle, succéda bien vite le pur amour de la croix. Aussi, même dans un milieu où, grâce à Dieu, cette vertu n’est pas rare, il se distingua par là, par un esprit de sacrifice passé en habitude et entré dans le sang. Ses notes spiritue:les apportent ici un témoignage éloquent quoique superflu. Des confrères obligeants nous ont déchiffré à srand’peine de longs extraits de son journal de retraites. L’original, dont nous avons quelques feuillets sous les yeux, est écrit en caractères imperceptibles, dans cette sténographie cabalistique, qu’un bon religieux de Las Palmas prendra un jour pour du grec.

Elles sont typiques ces notes. La disposition en a un peu varié avec les époques; la voici sous sa forme définitive. Le papier est divisé en quatre colonnes. L'une, à gauche, sert à noter le sujet de la méditation; dans la seconde, une lettre indique le succès ou l’insuccès de l’exercice. La troisième contient les motifs des résolutions auxquelles est réservée la quatrième. Le tout dans un style télégraphique, compliqué d’abréviations déconcertantes.

Veut-on quelques échantillons du contenu?

« Vivre plus sérieusement, avant toutes mes actions » me dire: Quid hoc ad aeternitatem ?

» Obéissance ponctuelle, mortification des sens (septembre 18953). :

» Changer de vie, appartenir à Dieu seul, devenir » saint et faire pénitence. » (7 octobre 1893).

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