CHAPITRE SIXIÈME.. — NOVICIAT
détail de sa modeste vie et y trouvent matière à mille petites souffrances bien obscures, et pénibles à l’égal des plus grandes. Depuis la mortifiante leçon de calligraphie que le règlement lui inflige à certains jours, jusqu'aux récréations, tout y passe, y compris la tenue, l'attitude à l’église, les soins d’ordre et de propreté, les maux de dents, les engelures et le reste.
Malgré le prosaisme instructif de ce plan de campagne, nous n’en citerons rien. À quoi bon? Tout l’intérêt de ces révélations personnelles est d’éclsirer les dessous de la conduite. Celle d'Henrv. transparente et claire cecmme son âme, n’a pas besoin de ces lumières. Dans chacun de ses actes on pouvait lire quelle résolution l'avait commandé; au delà de ses actes, ses bons désirs s’apercevaient presque avec la même évidence. Ses notes spirituelles en disent moins long que les faits, et peut-être est-ce le plus solide mérite de ces papiers qui, sauf chez les saints élevés aux faveurs de l’union divine, ont. assez facilement le tort d’être trop beaux.
Ainsi, par exemple, lorsque, pendant ces terribles hivers d’Arlon, sous la bise qui mugissait dans les arbres couverts de givre, il se promenait des demiheures entières, tenant son livre de ses mains bleuies et crispées, les spectateurs qui s’enfuyaient en soufflant dans leurs doigts, en savaient plus lorg sur son courage que d’avoir lu dans son journal ces simples mots: « Mortification: froid, chaud, engelures, etc. »
Pas n'était besoin non plus d'y rechercher pour
quelle cause, en été, le charitable novice écourtait
ses promenades et se mettait en page à monter les escaliers, afin de remplir, à la plus grande commodité de ses frères, son office de porteur d’eau; ni même pourquoi, à la fin des travaux manuels, après la traditionnelle séance autour du chaudron aux pommes de terre, il restait le dernier à ranger les objets laissés en désordre par les compagnons trop pressés de s’éclipser.
Tout au plus en interrogeant ces humbles notes, pourrait-on compléter sur certains points le témoiu#nage des yeux et des oreilles. On y apprendrait, par exemple, quand il inaugura son légendaire système d'abstinence, qu’il abritait derrière l'autorité du curé Kneiïipp; à quelle date il décida de mettre une planche dans son lit; à quelle autre le matelas y disparut sous la paillasse. Quel dommage qu'on ny voie pas aussi quand il s’avisa du prétexte qu'il donnait à ce changement, disant suivant les saisons, en été: « C’est plus frais », et en hiver: « C’est plus chaud ». Mais tout cela nous engagerait dans des détails sans aucun intérêt pour qui n'a pas vécu de cette vie...
Il est bien superflu de dire que l’ardeur de notre novice passa la mesure en plus d'un point. Dans cette lutte contre soi-même où il s'était jeté à corps perdu, il abusa de son principe que l'âme est faite pour commander, et son compagnon pour obéir. Ce dernier toujours plus maltraité à proportion qu'on en exigeait davantage, finit par être soumis à un régime de privations auquel il n'aurait pas résisté longtemps. Le maître des novices y avait l’œil et mit ordre à ces