CHAPITRE DOUZIÈME. — MORT
de Paul qui desservaient l'hôpital, eurent vite aperçu quelle belle âme Dieu leur envoyait. Il y avait comme un charme d’en-haut sur ce jeune malade, si pieux, si doux, si accueillant, si résigné. Henry ignorait l’espagnol, et sa voix mourante ne parvenait qu à grand’ peine à se faire entendre; mais le bon regard dont il accueillait le moindre service, disait assez la reconnaissance de son cœur, comme l’angélique piété qui brillait sur son visage émacié donnait le secret de cette surhumaine et joyeuse patience... Ceux qui ont vu ce visage et ce regard dans un moment de sainte émotion, comprendront quelle expression céleste devait les embellir sous le rayon avant-coureur des clartés éternelles.
« Ce Père Beck est un saint », disait la supérieure de l'hôpital, et le curé de la paroisse en répète autant en sou latin (). D autres le disaient mieux encore par leurs actes. Le médecin de la maison, dont le dévouement affectait volontiers des formes un peu rudes, s’adoucissait tout à coup en approchant de ce jeune religieux, qui le pénétrait d’un respect attendri. Et nous savons de bonne source que, de longs mois après, Pémotion du brave homme durait encore.
Le supérieur des Pères Missionnaires de Las Palmas tient le même langage:
« Nous n'avions pas besoin de lui suggérer des oraisons jaculatoires, parce qu'il avait le cœur toujours
1. Singulae personae quae illum frequenter visitabant, videntes et audientes illum. credebant videre et audire Sanctum Dei. (Extrait de la lettre de M. Juan G. Herrera, curé de St-Augustin au P. M.., 8 février 1898.)
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élevé vers le bon Dieu. » Un jour quelqu'un lui dit de se recommander à la très sainte Vierge. « Elle est » ma Mère, répondit le jeune homme, j'ai remis entre » ses mains toute ma vie et mon salut. »
Après la mort d'Henry, on trouva, dans son petit bagage de missionnaire, un cliché de photographie, destiné à sa famille. Il fallut en prendre quelques épreuves, pour satisfaire aux instances des Sœurs de la charité, qui tenaient à posséder le portrait du « Saint ».
Entre tous les témoins auxquels il fut donné d’approcher Henry pendant ses derniers jours, il en est un dont nous mentionnons les souvenirs avec une reconnaissance spéciale.
Pendant l’escale que les missionnaires, en route pour le Congo, avaient faite à Las Palmas en juillet précédent, le Frère Beck et le Père qu'il accompagnait, avaient eu un long et amical entretien avec le desservant de la petite église du port, M. labbé Joaquin del Castillo. À quelque temps de là, averti qu'un Père Jésuite se trouvait à l'hôpital, cet ecclésiastique accourut aussitôt pour offrir ses services au malade. Quelle ne fut point sa surprise, en revoyant, au dernier terme d’une maladie de langueur, le jeune missionnaire qu'il avait vu, cinq mois auparavant, rayonnant d’ardeur et d'enthousiasme! M. del Castillo, parlant couramment le français, était pour Henry un visiteur providentiel. Il comprit et accepta son rôle avec la plus délicate charité. Chaque jour il fit les cinq kilomètres qui le séparaient de l'hôpital,