CHAPITRE DOUZIÈME. — MORT
pour venir distraire le pauvre malade de sa solitude et l’encourager d’une pieuse parole. Henry répondit à ce dévouement par un abandon et une confiance, dont le digne prêtre se sentait tout fier comme de la familiarité d'un saint. « Je n'ai qu’un regret, écri- Vait-il par la suite, c'est de ne l'avoir pas possédé dans ma maison durant sa maladie. »
Le soir du 30 décembre, Henry, alité déjà depuis plusieurs jours, était plus faible encore que de coutume. Au moment de le quitter, son visiteur eut comme le pressentiment quil ne le reverrait plus. Il voulut rester, mais son ministère l’appelait auprès de ses paroissiens. Il partit, promettant de revenir le lendemain. Henry, qui ne pouvait plus tenir sa plume, se proposait de lui dicter deux lettres à destination de la Beigique. Au dernier instant, il voulut ajouter une recommandation qui paraissait le préoccuper; mais un accès de toux l’en empêcha.
Que devaient dire ces deux lettres? Envoyaient-elles le suprême adieu à tous ceux qu'il avait aimés sur la terre? Ou bien voulaient-elles encore parler d'espérance? Dieu le sait.
Une demi-heure environ après le départ de son ami, Henry se trouva plus mal. L’agonie commençait. Jusqu'à ce moment-là, peut-être, le pauvre enfant s’était préparé à la vie. Mais quand. brusquement, il vit la mort se pencher sur lui, son cœur ne s’émut pas. Pourquoi se serait-il attristé? La mort était une disposition comme une autre, de Celui que, dans sa confiance filiale, il n'appelait jamais que le (bon
Dieu ». D'avance elle était prévue et acceptée. Le jour même où lui était arrivée la nouvelle de son départ pour le Congo, il avait écrit: « [Il y aura à » souffrir, et beaucoup, espérons-le; peut-être même » faudra-t-il mourir bien vite. Mais ce que le bon » Dieu veut, voilà le bien! Le reste, illusion et pous- » sière! » Tout le mystère de sa destinée est dans ces fortes paroles. Au serviteur, au fils qui n'avait souhaité que le bonheur d’obéir, la mort, en l’arrachant à ses œuvres commencées, assurait le mérite des sacrifices dont il ne connaîtrait pas les joies. Usé à la peine avant d’avoir fini sa tâche, il pouvait s’en aller offrir à son Père les prémices d’un labeur, où il avait, pour lui, dévoré son avenir.
À plusieurs reprises déjà, durant son séjour à l’hô-
pital, le malade s était confessé et avait reçu la sainte Communion. Une dernière fois, le Sauveur Jésus vint à lui pour l'appeler à la récompense. Sur sa propre demande, Henry reçut l’extrême-onction et le saint Viatique; puis, calme et souriant, il attendit la mort. Dans ses mains, signe des pensées qui avaient dirigé el soutenu toute sa vie, le petit cahier des méditations sténographiées au noviciat.
Vers les sept heures du soir, le mourant prit son crucifix, le serra contre son cœur, puis croisa les bras sur la poitrine. Un faible soupir encore et la respiration s'arrêta. Sans secousse, sans effort, l’âme avait passé dans le sein de Dieu.
Henry restait comme endormi dans une douceur paisible. Sur ses traits prématurément vieillis, nuile