‹ Henry Esmond mémoires d'un officier de MarlboroughChapitre 26 sur 64 · I. Elisabeth · texte numérisé non relu

I. Elisabeth

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tandis qu'il étoit en prison, de lire certains ouvrages de théologie , que Sa Révérence déclaroit être très-salutaires pour les pécheurs dans sa lamentable condition.

Et c'étoit là le retour pour une vie de dévouement, c'étoit là la fin de tant d'années de commerce affectueux et de fidélité passionnée. Henry auroit voulu mourir pour son patron, et il étoit presque regardé comme son meurtrier : Dieu sait tout ce qu'il avoit sacrifié à sa maîtresse sans qu'elle le sût, et elle le rejetoit ! il avoit doté sa famille de tout ce qu'ils possédoient, et elle parloit de lui faire l'aumône comme à un domestique ! Le chagrin de la perte de son patron , les ennuis de sa position présente et les doutes sur sa position future , tout cela s'effaçoit devant le sentiment de l'outrage si complet qu'il avoit à endurer, et devant l'angoisse plus vive de cette torture.

Il répondit de sa prison à M. Tusher pour féliciter Sa Révérence de sa nomination au bénéfice de Gastlewood , lui recommandant ironiquement de suivre les traces de son admirable père, dont la robe lui étoit échue, remerciant Sa Seigneurie de son offre d'aumône, dont il falloit espérer qu'il n'auroit pas besoin, et la suppliant de se rappeler gue, si jamais elle changeoit de détermination envers lui , il seroit prêt à lui donner des preuves d'une fidélité qui n'avoit jamais chancelé et qui n'auroit jamais dû être mise en question par cette maison. « Et si nous ne nous rencontrons plus, ou que ce soit seulement comme étrangers dans ce monde , disoit en concluant M. Esmond , sentence contre la cruauté et l'injustice de laquelle je dédaigne d'appeler, elle saura plus tard qui lui étoit fidèle, et si elle avoit aucune cause de suspecter l'amour et le dévouement de son parent et serviteur. , F

Après l'envoi de cette lettre, l'esprit du pauvre garçon fut plus à l'aise qu'auparavant. Le coup avoit été frappe , et il l'avoit supporté. .Sa cruelle déesse avoit secoué ses ailes et s'étoit envolée, et l'avoit laissé seul et sans amis, mais virtute sua. Et il avoit , pour se relever, à la fois le sentiment de son droit et celui de ses griefs , de son honneur et de son infortune. Comme j'ai vu des hommes s'éveiller et courir aux armes , quand résonne un bruit de trompette ; dans l'occurrence , un coeur mâle bondit avec résolution , affronte d'un air intrépide le danger qui % menace, et, soit vaincu, soit vainqueur, le regarde toujours face à face. Ah î nul ne connoît sa force ou sa faiblesse , jusqu'à ce que l'occasion les mette à l'épreuve. S'il est des pensées et des actes de sa vie au souvenir desquels un homme rougisse de honte, il en est assurément d'autres qu'il peut être fier d'avouer et de se rappeler : ce sont des injures oubliées, des tentations vaincues (de temps en temps) et des difficultés surmontées à force de patience.

C'étoient les pensées relatives à la vivante, bien plus qu'aucune douleur poignante relativement au mort, qui affectèrent

Henry Esmond dans sa prison après son jugement ; mais on doit s'imaginer qu'il ne pouvoit mettre aucun de ses compagnons d'infortune dans la confidence de ses sentiments , et ils croyoient que c'étoient le remords et le chagrin de la perte de son patron qui tourmentoient le jeune homme , erreur dans laquelle il se plut à les laisser. H étoit tellement morne et taciturne, que les deux officiers, qui partageoient sa captivité l'abandonnoient le plus souvent à lui-même, goûtoient probablement fort peu ce qu'ils connoissoient de lui, se consoloiênt avec des dés, des cartes et la bouteille , et tuoient le temps à leur manière. Il sembla a Esmond avoir vécu des années dans cette prison, et être changé et vieux quand il en sortit. A certaines époques de la vie, nous vivons des années d'émotion en quelques semaines, et, quand nous regardons en arrière, ces temps-là nous apparoissent comme de grands gouffres entre l'ancienne vie et la nouvelle. Vous ne savez pas combien vous souffrez dans ces maladies critiques du CGBUT, jusqu'à ce que l'accès soit passé et que vous reportiez vos regards sur lui. Dans le moment, la douleur est du moins supportable. Le jour passe avec plus ou moins de souffrances, et la nuit s'achève tant bien que mal. C'est seulement par la suite que nous voyons quel a été le danger , comme un homme à la chasse ou cherchant son salut dans la fuite regarde le saut qu'il a fait , et s'étonne de ne s'être pas tué en le faisant. 0 sombres mois de douleur et de rage , d'injuste et cruelle souffrance ! il est vieux maintenant celui qui se souvient de vous. Depuis longtemps il a béni la douce main qui le blessa ; mais la marque est là, et la plaie n'est que cicatrisée : ni le temps, ni les larmes, ni les caresses , ni le repentir ne peuvent effacer la cicatrice. Nous sommes indociles à pardonner au chagrin, néanmoins. Reficimus rates quassas : nous nous aventurons encore sur l'Océan, et nous tentons de nouveaux hasards. Esmond regarda ses premières années comme un noviciat, et cette dernière épreuve comme une initiation avant d'entrer dans la vie, comme nos jeunes Indiens subissent silencieusement des tortures avant de passer au rang des guerriers dans la tribu.

Les officiers, cependant , qui n'étoient pas dans le secret du chagrin qui rongeoit leur jeune et silencieux ami, accoutumés qu'ils étoient à voir chaque jour quelqu'un de leurs camarades perdre ainsi la partie au jeu sanglant de l'épée, ne se montroient pas inconsolables du sort de leur ancien compagnon d'amies. Celui-ci racontoit d'anciennes aventures d'amour, ou de guerre, ou de plaisir , où le pauvre Frank Esmond s'étoit trouvé mêlé ; celui-là rappeloit comme quoi un constable avoit été dupé, ou un bravache de taverne battu: tandis que la pauvre veuve de milord étoit sur sa tombe , l'adorant comme un véritable saint et comme un héros sans tache, à ce que disoient les visiteurs qui avoient des nouvelles de lady Castlewood ; et presque toute la ville venoit voir Westbury et Macartney.

m HENRY ESMOND.

Le duel, sa fatale conclusion, le jugement des deux pairs et des trois commoners, avoient fait beaucoup de bruit dans la ville. Les imprimés et les nouvelles à la main ne parloient que de cela. Les trois gentilshommes de Newgate étoient presque aussi assiégés que les évêques enfermés dans la Tour, ou un voleur de grand chemin avant son exécution. Nous avions la faculté de vivre dans la maison du directeur, çomme il a été dit, tant avant le jugement qu'après la condamnation , attendant le bon plaisir du roi ; et la cause véritable de cette funeste querelle n'étoit point connue, tant milord et les deux personnes qui la connoissoient en avoient bien gardé le secret : mais chacun s'imaginoit que l'origine de la rencontre étoit une dispute au jeu. Sauf de l'air frais , les prisonniers avoient, moyennant finances , à peu près tout ce qu ils pouvoient désirer. Des démarches avoient été faites pour qu'ils ne fussent pas confondus avec les condamnés vulgaires dont les chants licencieux , les rires bruyans et les imprécations faisoient retentir la partie de la prison où ils étoient enfermés pêle-mêle avec les malheureux détenus pour dettes. *

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