Jeu de cartes. [Id
cousin, est fort jolie), l'opéra, et tout ce qui est inutile et coûteux. J'ai un singe et un petit nègre.... Monsieur Pompée , allez porter une tasse de chocolat au colonel Rabat- Joie.... et un perroquet et un épagneul, et il faut que j'aie un mari. Gupidon, vous entendez?
— Ui, missis, dit Pompée , un petit nègre au rire grimaçant que lord Peterborow lui avait donné, et ayant un oiseau de paradis à son turban, et un collier avec le nom de sa maîtresse.
— Ui, missis I dit Béatrix imitant l'enfant. Et si mari pas venir, Pompée en aller cheroher un. >
Et Pompée s'en alla en grimaçant avec son plateau à chocolat, tandis que Béatrix couroit à sa mère et finissoit son accès de malice a son ordinaire, par un baiser; et il n'est pas étonnant qu'à ce prix son tendre juge lui pardonnât.
Quand M. Esmond étoit revenu en Angleterre , sa santé étoit encore ébranlée ; et il se logea près de ses maîtresses, à Kensington,trop heureux d'être servi par elles et de les voir chaque jour. Il pouvoit voir un peu de compagnie, et de celle qu'il préféroit. M. Steele et M. Addison lui firent l'honneur de le visiter, et burent maint flacon de bon claret chez lui, tandis que leur hôte, à cause de sa blessure, étoit astreint à vivre de gruau. Ces messieurs étoient whigs et grands admirateurs de milord duc de Marlborough, et Esmond étoit tout à fait de l'autre parti. Mais la différence de leurs vues politiques n'empêchoit pas ces messieurs d être d'accord avec lui en leur particulier, et de convenir, un soir que le bon vieux patron d'Esmond, le lieutenant général Webb. s'aidant d'une canne ou d'une béquille, monta clopin-clopant chez le colonel (dont le logement étoit joliment situe, entre Londres et Kensington, et avoit vue sur les jardins) , que le lieutenant général étoit un noble et vaillant soldat, et même qu'on en avoit mal agi avec lui lors de l'affaire de Wynendael. Il prenoit sa revanche en paroles, il faut l'avouer; et si M. Addison avoit eu envie d'écrire un poème sur Wynendael , il en aurait pu entendre cent fois la relation de la bouche du, commandant.
M. Esmond, forcé de rester tranquille, s'adonnoit à la littérature pour se distraire, et composa la comédie dont la copie du souffleur est dans mon écritoire de noyer, cachetée, et avec cette étiquette : « Le Fou fidèle, comédie, teile qu'elle a été représentée par les comédiens de Sa Majesté. » G'étoit une pièce fort sentimentale ; et M. Steele, qui avoit plus de ce genre de sentiment que M. Addison, l'admiroit, tandis que l'autre s'en moqua un peu à la représentation, quoiqu'il reconnût qu'il y avoit çà et là quelques jolis passages. Il montoit alors sa propre pièce de Caton, dont l'éclat éteignit complètement le maigre luminaire d'Esmond, lequel, du reste, ne signa point sa comédie, et à l'impression mit seulement sur le titre : « Par une personne de qualité. » Il ne s'en vendit que neuf exemplaires , bien que M. Dennis , le grand critique, en eût fait l'éloge, et eût dit que c'etoit un ouvrage
d'un grand mérite ; et le colonel Esmond fit un jour brûler toute l'édition de colère , par Jack. Lockwood, son valet de chambre.
Toute cette comédie étoit pleine de traits d'amère satire contre i certainç jeune personne. Le sujet de la pièce étoit tout à fait neuf. Une jeune femme étoit représentée entourée d'adorateurs, et choisissant un impertinent freluquet de pair au lieu du héros (mal joué, je pense, par M. Wilks, le Fou Fidèle), qui persistait à l'admirer. Au cinquième acte, Téraminte découvroit le mérite d'Eugène (le F. F.) et éprouvoit du penchant pour lui, mais trop tard, car il annonçoit qu'il avait donné sa main et sa fortune a Rosaria, une jeune villageoise douée de toutes les vertus. Mais il faut avouer que l'auditoire bâilla à la première représentation, et que la pièce mourut àla troisième, n'ayant qu'une demi-douzainede personnes témoins de son agonie. Esmond et ses deux maîtresses y allèrent le premier soir, et miss Béatrix s'endormit, tandis que sa mère, qui n'avoit pas été au spectacle depuis le règne de Jacques II , trouva que la pièce , sans être brillante , avoit une fort jolie morale.
M. Esmond donna dans la littérature, et écrivit beaucoup de vers et de prose à cette époque de loisir. Lorsqu'il étoit mécon-
sexe en mépris. Un jour, dans une de ses humeurs, il ut uns petite plaisanterie dans laquelle (lui faisant jurer le secret) il se fit aider par son ami Dick Steele; et, composant une feuille, ilk fit imprimer exactement comme la feuille de Steele et par le mè& imprimeur ; et, à déjeuner, sa maîtresse trouva sur la table ce qui suit: