LATE
pneumonie. La poitrine percutée, ne résonnait point à droite, en arrière et latéralement; ni respiration, nr râles dans cette même région. Pouls fréquent. M. Lerminier annonça une pneumonie au troisième degré (large vésicatoire sur le côté droit; looch kermétisé; douze grains de poudre de Dower en quatre paquets; tisane de bourrache). Les jours suivants, sueurs abondantes, expectoration catarrhale.
Le matin du vingt et unième jour, les crachats nous parurent un peu fétides; l’expectoration changea alors: elle était formèe par un liquide d’un gris verdâtre, fétide. Le 22, la matité avait diminué et l’on entendait un gargouillement très prononcé. Dès lors, on dut penser, ou bien qu’un épanchement purulent, formé dans la plèvre, s’était vidé à travers les bronches, ou bien, ce qui était plus probable, qu’une communication s’était produite entre l’un de ces conduits et une cavité ulcéreuse, suite d’une gangrène du poumon.
Les jours suivants, la fétidité des crachats et leur couleur, de plus en plus prononcées, nous annoncèrent d’une façon non douteuse la gangrène (décoction de polygala, pilules de Morton, sirop de baume de Tolu).
Dès ce moment, le malade dépérit avec une effrayante rapidité; il exhalait une odeur infecte, il avait des sueurs continuelles. A partir du 26 septembre, une diarrhée très forte se montra. Enfin le malade mourut le 5 octobre, quarante-deuxième jour de la maladie.
Autopsie. — Le lobe inférieur du poumon droit était creusé par une vaste cavité à parois rugueuses et brunâtres, d’où s’exhalait une odeur fétide, gangreneuse. Une masse pultacée, demi-fluide, d’un gris verdâtre sale, la remplissait; de larges
tuyaux bronchiques $”y ouvraient; elle n’était séparée des côtes
— Ai —
que par une portion très mince de tissu pulmonaire, Autour de la cavité, qui aurait pu admettre une orange, le parenchyme des lobes inférieur et moyen, présentait un mélange d’hépatisation rouge et grise. La partie postérieure du lobe supérieur gauche offrait une couleur rouge, contrastant avec la teinte pâle du reste de ce poumon; le tissu était facilement déchirable, à peine
perméable à l’air (passage de l’engouement à l’hépatisation
rouge).
Observation II
ANDRAL, — Observation LXV.
Un plâtrier, âgé de 55 ans, jouissant d’une bonne santé habituelle, éprouva dans les premiers jours de mai, à la suite d’un refroidissement, de la douleur dans le côté gauche du thorax. Cette douleur augmenta les jours suivants; toux, crachats teintés de sang, frissons chaque soir. Il entra à l’Hôtel-Dieu avec tous les symptômes d’une pneumonie aiguë; des émissions sanguines le soulagèrent. Au bout de douze jours il sortit et reprit ses travaux, mais une lassitude inaccoutumée, une forte dyspnée, une toux fréquente, l’obligèrent à entrer à la clinique. La maladie était alors au vingt et unième Jour, et caractérisée par les symptômes suivants : peau jaune, terreuse, face pâle et plombée, toux fréquente ; expectoration abondante de crachats déliquescents, semblables à du chocolat, avec de petits points blanchâtres semblables à du pus, et d’autres, du volume d’un pois, formés par des parcelles de tissu pulmonaire gangrené. Cette bouillie putrilagineuse répand une odeur gangreneuse, dont l'atmosphère est imprégnée. La percussion rend partout un
son clair; à gauche, la respiration paraît bronchique avec un
bruissement particulier qui la rend très confuse. Le pouls est faible, sans fréquence; la prostration est extrême (limonade, gomme, fumigation de chlorure de chaux et de vinaigre camphré).
Ces symptômes restent les mêmes, jusqu’au 3 juin; à ce moment il y a amélioration apparente dans l’état du malade; la fétidité diminue ; mais le pouls est plus fréquent et bat 120 fois, il est petit, misérable, dépressible.
L’aggravation reprend le lendemain, avec la prostration, les sueurs, l’anxiété, la fétidité des crachats, la chaleur de la peau, la fréquence du pouls. Un gargouillement, avec un râle sonore, par intervalle, est le seul signe que fournisse le stéthoscope. Le malade succombe le soir de ce jour.
Autopsie. — Le poumon droit est sain, crépitant et n'offre que la pneumonie des agonisants; une sérosité roussâtre et spumeuse s’écoule de son incision. Au poumon gauche, adhérences très fortes, surtout en arrière et en haut. La déchirure d’une de ces adhérences laisse s'écouler dans la plèvre une bouillie noi-
; 1i râtre, semblable à celle constituée par les crachats, et dont la quantité est d’une demi-pinte environ. L’incision du poumon sur son bord postérieur, découvre une vaste cavité ulcéreuse, occupant toute l'étendue de l'organe, et ne laissant au sommet que l’épaisseur d’un pouce et demi de substance passée à l’hépa tisation grise, et à la base une couche moitié plus mince dans le même état. La face interne présente un pouce d'épaisseur, la face externe n’a qu’une épaisseur de quelques lignes. La cavité est encore en partie remplie d’une substance putrilagineuse en tout semblable à celle qui est tombée dans la plèvre au moment où la poche a été déchirée. Elle est tapissée par une membrane
à laquelle adhèrent quelques filaments noirâtres ressemblant, à
== 43 = la couleur près, à la conferve des ruisseaux. Les parois de l’excavation sont formées par une fausse membrane, épaisse environ d’une ligne. Les parties qui entourent l’excavation ont passé à
l’état d’hépatisation rouge, et ne surnagent pas dans l’eau.
Observation III
Moxnerer, Archives générales de Médecine, 1851.
Une femme de 22 ans, a contracté un rhume il y a trois mois. Quinze jours avant son entrée à l'hôpital Bon-Secours, elle ressent une douleur dans le côté gauche, une forte fièvre, et de la faiblesse qui l’oblige à s’aliter. Le 14 novembre 1850, le lendemain de son admission, elle présente l’état suivant: figure altérée, anxieuse, intelligence et forces conservées, douleur dans le côté gauche de la poitrine ; du même côté, en arrière et en bas, vibration pectorale affaiblie, expiration prolongée, rude, presque soufflante ; ronchus graves (épanchement pleural).?Audessus de l’angle de l’omoplate et vers le rachis, souffle tubaire et bronchophonie très intenses; les crachats sont abondants, muco-purulents, grisâtres, sans odeur ; râles sibilants et ronflants dans la partie antérieure du poumon gauche, et dans le poumon droit, Fièvre intense, soif vive (saignée de quatre palettes matin et soir; tisane pectorale).
Le 15. — Le sang des saignées est recouvert d’une couenne épaisse de 2 centimètres, non infiltrée. On continue les saignées ; on donne du tartre stibié et de l’opium.
Le 16. — Même couenne que dans les saignées précédentes. Pouls à 124; respiration 40. Les symptômes s’aggravent les jours
suivants, et, le 19, la malade tombe dans une grande prostration.
AE Le 20. — On constate tous les signes d’une perforation pulmonaire : voussure prononcée dans toute la partie antéro-latérale gauche du thorax, son clair, tympanique, jusqu’au tiers inférieur, occupé par un son mat qui correspond à l’épanchement. Vibration thoracique nulle dans tout le côté gauche ;
en arrière, souffle amphorique très intense et très pur, aux
deux temps dela respiration, avec tintement métallique surtout
quand la malade tousse ou parle. Respiration à 40 difficile; crachats toujours puriformes, et d’odeur gangreneuse ; pouls à 120, misérable, vomissements et diarrhée. La malade meurt au milieu d’une attaque de dyspnée.
Autopsie le 21. — Sur la partie moyenne et externe du poumon gauche, un peu au-dessous de la scissure interlobaire, disparue par suite d’adhérences entre les deux lobes, il existe une surface verdâtre, d’une odeur gangreneuse, d’une étendue de
2 centimètres carrés. ovalaire, et constituée par le poumon dé-
pouillé de fausse membrane, ramolli: au centre, une ouverture
arrondie, qui fait communiquer les bronches avec la plèvre.
Le lobe inférieur du poumon gauche est creusé,dans sa partie supérieure, par une cavité gangreneuse, pouvant contenir un œuf de pigeon, et communiquant avec la plèvre par le point indiqué, en haut vers la racine des bronches, avec un de ces conduits assez gros, et en bas avec trois autres bronches.
La face interne de l’excavation est assez régulièrement arrondie, tapissée par une membrane grisâtre, molle, non organisée; la cavité ne contient que quelques gouttes d’un liquide sanieux et fétide.
Au-dessous de cette cavité, s’en trouve une autre,plus grande, et contenant une escharre ramollie,sans fausse membrane; elle
communique avec plusieurs bronches. Une troisième cavité, du
MAY 1 Ca volume d’une noisette, se trouve entre les deux autres. Toute la plèvre costale est couverte de fausses membranes verdâtres, molles, infiltrées de pus; le tissu séreux, d’un rouge vermeil, coloration due à une hyperémie très forte de tous les vaisseaux capillaires. Au sommet du poumon, on trouve deux petits kystes renfermant une matière molle et blanchâtre, formés d’un mélange de matières grasses, de cristaux de cholestérine, et de
substances amorphes.
Observation IV
Bémer. — Clinique médicale. (Obs. XXV.)
Le nommé Gérard (Jean) âgé de 33 ans, serrurier né à Meysembourg (Hollande), est entré à l’'Hôtel-Dieu le 21 août i847, salle Sainte-Madeleine, n° 5.Cet homme, d’une taille moyenne, assez bien constitué, dit être habituellement d’une bonne santé. Il est si souffrant qu’on ne peut obtenir tous les renseignements désirables. Malade depuis huit jours, il se plaignait de fièvre, d’avoir la bouche mauvaise et un rhume assez violent. Voici l’état dans lequel il se présente à nous à la visite du 22 août: |
I est deini-assis dans son lit; la figure porte l’empreinte d’une anxiété extrême ; elle a une teinte terreuse, jaunâtre, mêlée de marbrures violacées, surtout aux deux pommettes. Les lèvres sont cyanosées, l'oppression est grande,la respiration est précipitée, fréquente, se fait avec bruit et s’opère surtout au moyen du Labbrasue. Le malade accuse une douleur de côté à gauche, à la partie postérieure et externe du thorax. A la percus-
sion, on constate de la matité qui occupe toute la moitié infé-
CRT 7, DEA rieure de ce même côté. A l’auscultation le murmure vésiculaire est remplacé par du râle muqueux à bulles irrégulières et multipliées. On ne constate pas de bronchophonie. L’expectoration est assez abondante, les crachats sont liquides ,rougeâtres, mousseux, ont une odeur fétide, aigrelette, piquante, ne sont pas visqueux: ils sont mêlés de quelques grumeaux gris jaunâtre. La toux est sèche, fréquente, pénible, quinteuse; la peau est chaude, âcre, très brûlante, couverte de sudamina ; le pouls, assez développé, mou, régulier, donne 100 pulsations. La prostration générale est grande ; insomnie, agitation, céphalalgie, intelligence à peu près nette, parole diffuse, langue large, humide, tremblante. ;
La gangrène,à ces caractères, a été reconnue immédiatement (traitement par l’opium, le quinquina et les délayants, limon, sirop de quinquina). Les forces semblent se relever un peu pendant les premiers jours et l’anxiété diminue, mais l’expectoration devient plus abondante, èt d’une fétidité repoussante, presque stercorale ; le malade, tous les matins, se présente à nous couvert de sueur, :
Enfin, le pouls s’accélère, devient très petit, l’anxiété recommence, l’oppression est extrême ; une hémoptysie assez abondante survient, et le malade succombe le 2 septembre à 5 heures du soir.
Autopsie. — Thorax., — Les poumons ne présentent aucune adhérence ; le poumon droit est gorgé d’une spume sanguinolente, mais il crépite encore; le poumon gauche ne revient pas sur lui-même. Il présente la consistance du tissu pulmonaire à l’état d’hépatisation rouge, dans ses deux tiers inférieurs principalement ; si on l’incise, on constate les caractères positifs de cette
altération. De plus, toute la substance centrale et la partie
moyenne du lobe inférieur sont transformées en une bouillie noirâtre d’une fétidité repoussante, dans une étendue assez considérable, limitée par du tissu rouge hépatisé. Les poumons, ni de l’un ni de l’autre côté, ne présentent pas la moindre trace de tubercule. Le cœur n’offre rien d’anormal; les autres orga-
nes n’ont point été examinés.
Observation V
Béuter. — Clinique médicale. (Obs. XXVI.)
Barrier, 45 ans. Entre le 16 mars 1860 à l’hôpital Beaujon.
Cet homme, depuis huit ans, avait ‘de temps en temps des crachats sanglants, dont la quantité était parfois de une à deux cuillerées. Le 25 février, il a été pris de frisson, d’un point de côté à droite ; il a eu pendant quelques jours des crachats rouges qui se sont graduellement décolorés. Le 16 mars, il entre à l'hôpital et se présente dans l’état suivant: la peau est chaude, le pouls à 72,petit et dépressible; le malade est très amaigri et très affaibli. Sous les deux clavicules on entend des râles ronflants et muqueux. À droite, il existe de la matité du haut en bas ; on trouve du souffle et de la brochophonie, marqués surtout par places (vésicatoire à droite; kina 2 grammes).
Le 18 mars. — Le malade a l'aspect d’un cholérique, bien qu'il n’ait que deux selles diarrhéiques. Les râles muqueux sont moins abondants; le souffle, à droite, est plus net et plus généralisé ; dans les fortes inspirations, on entend des râles fins un peu rapprochés du râle crépitant. Les crachats, filants, n’ont . rien de particulier (kina 4 grammes; opium 0 gr. 05).
Le 29 mars. — Aucun changement dans l’état local. Le pouls
est à 100; affaissement marqué, subdélirium,
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Le 21. — L'état général s’est aggravé, il y a toujours du subdélirium; le pouls est à 100; peau couverte de sueur.
Le 22. — Quatre ou cinq selles diarrhéiques ; face congestionnée, un peu asphyxique; pouls à 124, petit et mou. Aucun signe particulier à gauche. A droite, respiration faible en haut; dans le tiers moyen, souffle amphorique marqué surtout pendant l'inspiration, et quelques râles muqueux disséminés. Dans le tiers inférieur, souffle doux et semblable au souffle pleurétique. Le malade meurt vers 10 heures du soir.
Autopsie le 24 mars. — Tout le lobe inférieur du poumon droit, moins les surfaces occupées par l’altération que nous allons décrire, est converti en hépatisation grise. C’est au milieu de ce tissu ainsi altéré, que toute la moitié postérieure et supérieure du lobe inférieur, offre une altération du volume d’une orange. Cette masse gangrenée, lorsqu'on l’incise, présente une surface d’un gris noirâtre, sans apparence de granulation; quelques stries blanches et quelques orifices vasculaires, qui se détachent aussi en blanc grisâtre, retracent seuls l'apparence organisée du poumon. La partie gangrenée est irrégulière dans ses contours. Autour de ses plaques noires, et les séparant du tissu hépatisé gris, on voit une zone de 1 à 2 centimètres beaucoup plus nettement granulée que le reste du poumon, à tel point qu’en joignant à cette apparence la coloration rouge intense et un peu brunâtre, on a assez bien l’apparence d’une coupe de roseau rouge. Cette longue ligne entoure exactement les surfaces noirâtres,et à la coupe, tandis que ces dernières offrent tout à fait l'aspect d’un tissu gangrené, en certains points déjà ramolli et déchiré, la surface rouge a l’apparence de granulations bourgeonnantes, entourées d'un lacis vasculaire abondant, et des-
sine autour de la plaque gangreneuse, comme une large ligne
RAD éliminatrice. Au niveau de la plaque gangreneuse, lorsque le doigt pénètre dans le tissu, il s'échappe un liquide noir et un peu fétide, et sur la ligne éliminatrice, c’est un liquide onctueux, louche et lie de vin. La portion gangrenée s’étend dans toute la longueur du poumon en arrière, et arrive jusqu’à 2 centimè-
tres de sa surface.
Observation VI
Béuier. — Clinique médicale (Obs. XXVII.)
La nommée Marcel (Marie-Jeanne), âgée de 51 ans, est d’une constitution manifestement affaiblie. Il y a deux mois, elle s’est mise à tousser, et a commencé à s’affaiblir; quinze jours avant son entrée à l'hôpital, son malaise a augmenté, elle a été prise brusquement d’un point de côté à gauche. Elle n’a pas eu de frisson, et n’a pas remarqué de sang dans ses crachats.
Le 31 mai 1862. — A la visite du soir, on constata les symptômes suivants : matité légère à la base de la poitrine, en arrière; vibrations thoraciques non diminuées ; souffle assez rude aux deux temps de la respiration; râles crépitants à bulles assez grosses; bronchophonie. Les crachats sont muqueux et n’offrent au point de vue de la couleur, de l’odeur, et de la quantité, rien de particulier. Le pouls est à 96, petit. La malade est très affaiblie, et n’a pas d’appétit. Pas de diarrhée.
Jusqu'au 4, pas de changement des symptômes locaux, l’état général s'aggrave.
Le 5, — Le souffle est caverneux à la base; il y a du gargouilement, la bronchophonie s’est transformée en pectoriloquie.
Nargeot 4
EDS Les crachats sont plus abondants. Le pouls est à 100-104, toujours petit; l’état général s’aggrave toujours.
Le 8. — La malade commence à accuser un mauvais goût
dans la bouche; les crachats n’ont pas d’odeur.
Le 11. — Les crachats, gris sale, noirâtres, répandent une odeur très manifeste de gangrène. A l’auscultation, mêmes signes : souffle caverneux en bas, souffle tubaire dans le tiers
moyen du poumon; pouls très petit à 104; diarrhée.
Le 12. — Odeur de gangrène en approchant du lit de la ma-
lade, surtout insupportable lorsqu’elle tousse ou parle.
Les 13, 14, 15. — La malade s’affaiblit de plus en plus; elle exhale toujours une odeur gangreneuse; les crachats noirâtres sont très fétides. Elle succombe le 17, à 2 heures du matint
Aulopsie le 18. — À l'inspection du poumon gauche, on note une partie aplatie, flasque, facilement déprimable, jaune verdâtre. Située en arrière, au milieu du lobe inférieur, elle mesure environ 6 à 7 centimètres en hauteur et 3 ou 4 en largeur. Deux autres points, moins étendus mais semblables, se voient à la