HISTORIQUE
Dans son Traité de l’Auscultation médicale(1826)Laënnec, donne du sphacèle pulmonaire une description restée classique, maïs prétend que la gangrène du poumon peut à peine être rangée parmi les terminaisons naturelles de la pneumonie.
Pour lui, « la gangrène du poumon semble même se rapprocher de la nature des affections essentiellement gangreneuses telles que l’anthrax, la pustule maligne, le charbon pestilentiel, etc., et comme dans ces affections, l’inflammation développée autour de la partie gangrenée paraît être plutôt l'effet que la cause de la mortification >».
Bientôt Andral, dans la Clinique médicale de la Charité (1829), rapporte trois observations de gangrènes pulmonaires consécutives à des pneumonies: deux fois à des pneumonies aiguës, une fois à une pneumonie chronique. Toutefois il insiste sur la rareté de ces faits.
« La pneumonie peut aussi se terminer par gangrène,
nous en avons cité trois exemples.
LD
«Mais:c’est encoreune sorte de terminaison à peu près aussi rare que celle par formation d’un abcès. Les anciens ont évidemment décrit sous le nom de gangrène des altérations du poumon, bien différentes de cet état. En général, ils étaient très enclins à établir qu'il y avait gangrène toutes les fois qu’un organe leur présentait une couleur brune ou noire. Leurs ouvrages sont remplis d’histoires de gangrène du cerveau, des poumons, du foie, des intestins, etc., et cependant rien n’est plus rare qu’une véritable gangrène de ces différents organes. »
Monneret, dans les Archives générales de Médecine, en 1851, cite une observation de pneumonie aiguë du poumon gauche terminée par gangrène et perforation du poumon ; hydropneumothorax. Et il ajoute : « S'il m'est impossible de dire au juste à quelle époque du début de la pneumonie se déclara la mortification, je suis porté à croire qu'au moment de l’entrée de la malade, elle existait déjà. L’altération des traits du visage, la fréquence extrême de la respiration et du pouls, la marche insolite de la pneumonie, et surtout la coexistence de l’épanchement pleural avec le souffle et la bronchophonie relégués entre le bord interne de l’omoplate et le rachis, dans le point où l'autopsie montre le poumon retenu et densifié, tous ces faits militent en faveur du développement de la gangrène, consécutivement à la broncho-pneumonie. Veut-on encore des preuves qui ne paraîtront pas surabondantes à ceux qui doutent de la terminaison de la pneumonie par gan-
grène? Je signalerai cette couenne inflammatoire telle-
ment épaisse, qui n’en ai jamais vu de plus considérable dans les plus violentes inflammations. Je ferai remarquer de plus, que la malade était d’une constitution très forte, et nullement épuisée ou débilitée par ces causes générales qui interviennent dans les gangrènes viscérales primitives. » | |
Grisolle dans son Traité de la Pneumonie (1864), partage au sujet de sa terminaison par gangrène pulmonaire, les idées de Laënnec, et admet comme lui que cette gangrène est plutôt l'effet que la cause de la pneumonie. Il affirme n'avoir jamais rencontré la gangrène des poumons à l’autopsie des individus qui avaient succombé à une pneumonie primitive. Avec Andral, il nous parle de lerreur des anciens à ce sujet, erreur qu’il met sur le compte de leurs connaissances incomplètes de l’anatomie pathologique, et de leur habitude de songer trop vite à la gangrène pulmonaire, en présence d'une symptomatologie (expectoration noire, cessation de la douleur, décomposition des traits de la face, accélération du pouls) cependant bien insuffisante pour caractériser ce mode de terminaison.
: Par contre, cette même année 186%, nous trouvons dans la Clinique médicale de Béhier, quatre observations probantes de pneumonie terminées par gangrène pulmonaire (observations XXV, XXVI, XX VII et XXVIII), et les lignes suivantes: « Les faits que je viens de vous citer, vous le voyez, viennent bien à l’appui de l’opinion que j’émettais, et prouvent bien, par la nature et la succession des symptômes, comme pour les caractè-
res des lésions observées, que la gangrène peut être
ASE consécutive à la phlegmasie du poumon. Mais ces faits démontrent aussi très clairement, ce me semble, que ce n’est pas dans la violence même du processus phlegmasique qu'il faut chercher, comme on voulait le faire au commencement de ce siècle, la cause de la termi-
naison qu’affecte la maladie. Non, messieurs, vous serez
beaucoup plus près de la vérité si vous cherchez vos
enseignements sur ce point dans la constitution du sujet, dans les diverses circonstances où il se trouve placé, en un mot si vous étudiez surtout le terrain dans lequel s’est développée la phlegmasie ainsi terminée par la gangrène. »
Béhier, après Andral et Monneret, reconnaît donc l'existence de la gangrène pulmonaire, complication de
la pneumonie.
Trousseau puis Woillez l’admettent aussi, mais affir-
ment n’en avoir jamais observé d'exemples.
Lépine, dans le Nouveau Dictionnaire de médecine et de chirurgie pratiques, s'exprime ainsi en parlant de la gangrène « C’est une suite tellement insolite de la pneumonie fibrineuse, qu’on a mème nié qu'elle en fût une terminaison dans le sens propre du mot. Pour moi, je serais assez de cet avis et la considérerais plutôt comme un accident ou une complication; c’est pour me conformer à l’usage que j’en parle ici.
« La gangrène consécutive à la pneumonie est chez nous si rare que Grisolle sur plus de 1.200 pneumonies qu'il auraït observées (!) prétend ne l’avoir jamais ren-
contrée. Cependant Andral en a cité trois cas; Monne-
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