ENT
GR 2e
de es ss
L'histoire clinique et parasitologique de l’amibiase s’est considérablement étendue depuis la. guerre. La lecture des travaux classiques de Kelsch el Kiener, Dopter, Vincent et Muratel, des livres de Fontan et Bertrand, des ‘arlicles de Chauffard, de Castaigne et Chiray nous montre en effet que si les formes aigues de l’amibiase intestinale ou hépalique étaient très complètement étudiées, les formes chroniques par contre. étaient beaucoup moins connues. |
La recherche systématique des Kystes amibiens dans les selles des anciens dysentériques ou au cours de diarrhées chroniques banales d'apparence permit d'étendre singulièrement le domaine clinique de l'amibiase intestinale. Les lravaux de Ravaut et Krobunitzky, de Mathis et Mercier, de Mauté, de Carles et Barthélemy sont parmi les plus importants. Grâce à ces recherches on put décrire de nombreuses formes
larvées ou frustes de la dysenterie amibienne. Leur
RTE étude clinique précisée par-Ravaut et Charpin a été résumée dans la thèse de Charpin.
La connaissance de ces formes et des porteurs de kystes permit d'envisager la dysenterie amibienne comme une maladie chronique à épisodes aigus el de la comparer à la syphilis et au paludisme.
Si l'on a pu en dehors du syndrome dysentérique avec selles nombreuses sanglantes el glaireuses observer de diarrhées chroniques et de nombreux troubles gastro-intestinaux d'apparence banale, on a décrit éga- | lement à côté des formes graves et complètes de l'hépatite amibienne suppurée, des formes atypiques et des: formes chroniques.
Ravaut et Charpin montrèrent l'aspect paradoxal que pouvaient présenter les hépatites suppurées avec suppression de l’amibiase intestinale pendant leur évolution. Françon consacra sa thèse à l'hépalite aigue obortive et montra que sous l'influence du seul traitement médical, une hépatite amibienne peut êlre arrêtée dans son évolution vers la suppuration.
Mais ce sont là des formes aigues de l’amibiase hépatique. Comme formes chroniques il s’agit soit d’hépatites suppurées ayant rétrocédé spontanément et donnant anatomiquement des abcès fibreux décrit par Kelsch et Kiéner, soit de certaines formes de cirrhose hépatique à type hypertrophique et nodulaire, qui cliniquement se rapportent aux gros foies bosselés amibiens
de M. Ravaut ét dont l'examen anatomique avait été fait dès 1914 par M. Achard et Foix.
nl lies
L'hépatite amibienne chronique, caractérisée par une évolution très lente sans aucune tendance à la suppuraion malgré l'absence de lout traitement, a été décrite par MM. Paisseau et Hutinel, d'abord à la Société Médicale des Hôpitaux (8 novembre 1918), puis dans un article d'ensemble paru dans ies Annales de Médecine (1919, n° 1). Nous avons eu l’occasion d'observer l'an dernier à l'hôpital Laennec un malade, dysentérique depuis 20 ans, qui était un cas typique du syndrome décrit par MM. Paissaau et Hutinel, comportant outre l’évolution chronique une hyperlrophie hépatique modéréé ou même nulle, des symptômes de réaction pulmonaire au niveau de la base droite, des signes de névralgie phrénique. |
C'est à propos de l'observation de ce malade que nous revenons sur la question de l’hépatile amibienne chronique. Nous lenons à remercier MM. Paisseau et Hulinel de l’amabilité qu'ils nous ont témoigné, en mellant à notre disposilion quelques observations iné-
dites d’hépatite amibienne chronique.
OBSERVATION I (Personnelle)
Le malade E. Eugène, âgé de 44 ans, exerçant la profes- * sion de garçon de restaurant, entre à l'hôpital Laennec le 9 avril 1919.
Antécédents héréditaires : Rien à signaler. Père mort à 21 ans. Mère morte d’ulcus gastrique.
Anlécédents personnels : Aurait eu des épistaxis répélées entre 11 et 19 ans à la suite d'un traumatisme. Aucune aftre manifestalion pathologique jusqu’en : ;
1895-1896 : À cette date le malade part à Saïgon pour faire son service militaire, et pendant les trois derniers mois de son séjour en Indo-Chine il est pris de diarrhée sanglante, Cette diarrhée est soignée uniquement par le repos et le régime lacté ; efle dure trois mois, puis dès le relour en France fait place à une constipalion opiniâtre avec vagues douleurs abdominales, sensation de plénitude et de pesanteur abdominale après le repas.
Le malade se rappelle fort bien avoir eu au cours de cette période des points douloureux au moignon de l'épaule à droite.
En 1905: Pendant un mois environ le malade fait une poussée évolulive aiguë, la température monte à 40, le syndrome dysentérique, avec ténesme, barre transversale, colique, selles sanglantes et nombreuses reparaît, Le malade se rappelle qu'examiné à ce moment on a constaté chez lui une augmentalion de volume du foie qui était douloureux à la
palpalion ; en même Lemps le malade accusait de la douleur
VER ee
à l'épaule droite en arrière. — La fièvre se présentait sous forme d'accès survenant lous les 2: ou 3 jours avec brusque ascension el descente brusque, le teint élait subictérique. Les urines élaient foncées, hautes en couleur. Le régime lacté et le repos firent que ces accidents s'améliorèrent au bout d'un mois et demi.
En seplembee 1915 : Réapparilion de la diarrhée sanglante qui avail totalement disparu depuis 1905. Le malade élit à ce moment là sur le front français à Ribécourt. Hospitalisé à Compiègne, il esL (railé pour une entérile banale, par le repos et le régime. Guérison en un mois. Au cours de cette poussée d’entérile les douleurs à l'épaule que le malade .présentait d’une façon à peu près continue ne se sont pas exagérées. On n’a pas constalé d’augmentalion de volume du foie,
En janvier 1916 : Nouvelle crise de diarrhée sanglante, ayant duré un mois el lraitée par le régime laclo-végélarién,
En mai 1916 : Le malade part pour Salonique malgré une nouvelle crise de diarrhée sanguinolente. Le lendemain de son débarquement, la diarrhée sanglante qui pendant la traversée avait fait place à de la constipalion reparait avec une grande intensité : 30 à 40 selles par Jour, syndrome dysentérique au complet. Celle crise n'est pas trailée par l’émétine et dure deux mois el demi, au bout desquels le malade est rapatrié. En rentrant en France il est soigné à Avignon pour entérite, puis repart au front. \
Fin 1916 : Étant au front le malade a une poussée évolutive analogue à celle de 1905. La lempérature survient par accès intermillents avec maxima le malin à 40°, sueurs abondantes après l'accès, selles sanglantes, nombreuses. Vomissements billeux. Le malade ressentail une pesanteur dans lhy-
pochondre droil, mais n'avail pas de point douloureux au
RTE
niveau du foie. Pas d’exagération de la douleur à l'épaule. On institue chez lui un {raitement par la quinine qui reste sans aclion sur les poussées fébriles el provoque rapidement des douleurs gastriques. On ne le continue pas.
En juillet 1918. — Le malade entre à l hôpital de St- Dié pour une nouvelle crise dysentérique ; on fait un examen de selles et l’on constate la présence de nombreuses amibes vivantes. Le malade prend de l'iodure double, Hq. d'émétine el de bismuth.
Du 21 juillet au 8 août : 8 piqures de 0,04 d'émétine.
Du 13 septembre au 16 octobre : 0" 60 d'éméline en une série.
16 pilules de segond.
À Ja sorlie de l'hôpital on ne constate dans les selles m amibes, ni kystes.
* Le malade entre enfin à l'hôpital Laennec le 9 avril 1919.
Examen : Le malade est fatigué et amaigri ; il est pale, mais non subicterique, présentant cet aspecl spécial des vieux coloniaux, se plaint de douleurs abdominales vagues avec ténesme.
Les selles : fréquentes, peu abondantes el caractéristiques ayant l'aspect de crachat muco-sanguinolent; l'examen microscopique y montre de nombreuses amibes vivantes, avec teinte verdâlre et globules rouges inclus ; on trouve également de nombreux kystes de 7 à 8 u avec double paroi, 4 noyaux et dans quelques-uns un filament chromidien réfringent.
Le foie : déborde légèrement les fausses côles, un peu douloureux à la palpalion au niveau du lobe gauche, mais pas de point douloureux bien localisé, le bord supérieur n'est
pas surélevé à la percussion,