‹ Hépato-néphrites Dues a L’intoxication Par Le Tétrachlorure De CarboneChapitre 24 sur 48 · OBSERVATION II · texte numérisé non relu

OBSERVATION II

(MM. Pasreur-Vazrery-Rapor, G. Mauric et À. DomarrT)

Mme B.., comptable, âgée de trente ans, entre à l’hôpital Bichat, le 5 février 1937, pour une anurie presque complète datant de trois jours.

Fatigue extrême, nausées, vomissements alimentaires apparus dans la journée du 31 janvier, ont été les symptômes de début chez une femme jusque-là en parfaite santé.

Le 1er février, la malade a été contrainte d’interrompre son travail par la reprise d’une invincible tendance nauséeuse qui aboutit à des vomissements bilieux.

Le soir, sont apparues, sans aucun frisson, des douleurs lombaires violentes, à irradiation vers les fesses. Ces douleurs ont duré pendant quatre à cinq heures, s’accompagnant d’une insomnie totale. Puis les vomissements, qui avaient cessé, ont repris.

Le 2 février, il ne persistait qu’un endolorissement lombaire, surtout marqué à droite. Comme la malade continuait à vomir, elle appela un médecin, qui ne constata qu’une oligurie très marquée.

Les 3 et 4 février, les vomissements se répètent plusieurs fois par jour, l’anorexie est complète, l'intolérance gastrique absolue.

Du mardi 2 février au jeudi 4, à 14 heures, la malade n’élimine que 60 centimètres cubes d’urines.

Du jeudi 4 au vendredi 5 février au matin, à son entrée dans notre service à l'hôpital Bichat, la malade n’a pas émis une goutte d’urines, mais on recueille par sondage 40 centimètres cubes d’urines très hautes en couleur, épaisses, contenant quelques globules rouges, de nombreux globules blancs, des cellules vésicales, ni cylindres, ni pigments, ni

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sels biliaires, mais des traces d’acétone. L’albuminurie est de 3 gr. 25 au tube d’Esbach.

La malade est fatiguée, mais parfaitement consciente : elle répond avec précision aux questions. Elle accuse une céphalée diffuse qu’exagèrent les vomissements qui persistent.

Le symptôme dominant est l’anurie.

On ne note à l’examen aucun œdème périphérique.

Le tronc, les membres, les plis de flexion ne sont le siège d'aucune éruption ; mais, au pourtour de l’aile gauche du nez, empiétant sur la pommette, il existe une très discrète plaque rose, maculo-squameuse, de la taille d’une pièce de 5 francs, non prurigineuse, douce au toucher, sans infiltration du derme ni bourrelet périphérique : cette éruption transitoire a disparu le lendemain sans laisser de trace.

Il n’y a pas d’énanthème.

L’haleine n’est pas fétide ; il n’y a ni gingivite, ni stomatite.

Il n'existe aucune douleur lombaire. L’abdomen est souple. Il y a un certain endolorissement de la fosse lombaire droite.

Le foie semble de volume normal. La rate n’est pas perçue. Il n’y a pas de diarrhée.

Les bruits du cœur sont normaux. Le pouls est bien frappé, régulier, à 90. La tension artérielle est à 10,5-7,5 au sphygmomanomètre de Vaquez-Laubry. |

Il n’y a pas de trouble du rythme respiratoire.

La palpation des diverses aires ganglionnaires, sous-

maxillaires et carotidiennes en particulier, les montre nor-

males.

Les réflexes tendineux et pupillaires sont normaux.

Le toucher vaginal montre des culs-de-sac libres et on ne réveille aucune douleur.

La température est à 3706.

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On se trouve donc en présence d’une anurie apparue brusquement.

Nous nous demandons s’il ne s’agit pas d’un calcul urétéral : la radiographie des fosses lombaires ne met pas de calcul en évidence ; une distension vésicale pratiquée le jour même reste sans résultat.

C’est après avoir formulé maintes hypothèses, avoir recherché toutes les causes possibles de compression urétérale, d'infection ou d'intoxication, que nous finissons par apprendre que la malade a procédé le 31 janvier, dans des conditions anormales, aux soins de son ménage : elle a répandu dans deux pièces assez vastes un produit décapant, du tétrachlorure de carbone. Le nettoyage s’est poursuivi pendant une heure trente minutes environ, fenêtres fermées, auprès d’un poële très chaud.

Elle n’a ressenti alors aucun malaise. C’est seulement deux heures après qu’elle a éprouvé les premiers troubles.

Les examens suivants sont pratiqués :

Dosage de l’urée sanguine, le 5 février : 1 gr. 94.

Réserve alcaline : 50 volumes 4; chlore globulaire : 1 gr. 82 ; chlore plasmatique : 3 gr. 16. Examen hématimétrique : 3.750.000 globules rouges ; 15.300 leucocytes ; polynucléaires neutrophiles : 78 % ; polynucléaires éosinophiles : 3 ; grands mononucléaires : 9,5 ; moyens mononucléaires: 5,5 ; lymphocytes : 2,5 ; formes de transition : 1,5 ; hémoglobine : 75 %.

Le traitement institué comporte l’injection intraveineuse de 100 centimètres cubes de sérum glucosé hypertonique à 30 %, faite en deux fois, et l'injection intraveineuse de 20 centimètres cubes de sérum salé hypertonique à 10 %,.

La malade ne s’alimente pas et ne peut même pas tolérer quelques jus de fruits qui lui sont prescrits : elle boit dans la journée 500 centimètres cubes de tilleul.

Le 6 février 1937, l’état général ne se modifie pas. La malade vomit une fois dans les vingt-quatre heures.

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La diurèse atteint 95 centimètres cubes. L’albuminurie 2 gr. 10. La concentration de l’urée dans l’urine est de 3 gr. 67 Yo, ce qui correspond à une élimination de 0 or. 34 pour la journée. Le culot urinaire montre de très nombreux globules blancs, quelques globules rouges, d'assez nombreuses cellules rénales, de nombreux cylindres granuleux. [ n’y a dans les urines ni pigments biliaires, ni sels biliaires, ni urobiline, mais de l’acétone en quantité notable. L’azotémie est à 2 gr. 05 avec réserve alcaline à 43 vol. 8.

La pression artérielle est à 12/7. Les bruits du cœur sont normaux.

Le traitement institué comporte : sérum glucosé isotonique par voie musculaire (500 centimètres cubes) et par goutte-à-goutte rectal (1.000) ; sérum glucosé hypertonique à 30 % par voie intraveineuse (200 centimètres cubes en deux fois). |

Devant les résultats de la chlorémie constatés la veille, l'injection intraveineuse de sérum salé hypertonique n’est pas renouvelée.

La malade absorbe 500 centimètres cubes de tilleul dans les vingt-quatre heures.

Au cours des trois jours suivants, l’état général reste le même : la céphalée est accentuée, aggravée par des vomissements aqueux très pénibles ; la diarrhée apparaît. La pression artérielle s'élève modérément et atteint même 15/9 le 13 février. On ne note toujours pas d’œdème périphérique ; cependant, le poids de la malade est de 52 kg. 550, alors qu'habituellement il est de 50 kg. 500.

La diurèse reste entre 110 et 175 centimètres cubes avec albuminurie aux environs de 2 grammes. Le culot urinaire montre chaque fois des leucocytes en abondance, quelques hématies et des cylindres granuleux. La concentration de l’urée urinaire reste faible : 2 gr. 84 à 5,30 Yo.

L’azotémie s’élève progressivement et atteint 2 gr. 93 le 9 février, tandis que la réserve alcaline s’abaisse à 34,3

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