C. CVSPIVM. PANSAM. AED. MVLIONES
VNIVERSI. R. CVM. AGATHO. VAIO
IVLIVS rOLYBIVS. COLLEGA. FECIT.
ff Tous les muletiers, réunis à Agathus Valus, sollicitent la
Maison du questeur.
protection de l'édile Caius Cuspius Pansa. Fait par son confrère ou son associé Jules Polybe. »
Une difficulté s'élève entre deux marchands au sujet d'une transaction. Pour la trancher, ils se rendent au (elonium, sorte de douane où l'on acquittait les impôts commerciaux et où étaient déposés les étalons des poids et mesures. Il s'y trouve, en effet, une quantité considérable de gros poids en marbre et en basalte , de différentes formes et grandeurs , les uns de cent livres, marqués des sigles c. pon (centum ponderis), les autres d'un talent, marqués tal. Beaucoup de petits poids en plomb de figure rectangulaire portent cette double inscription : eme,
142 HERCULANUM ET POMPEl
HABBEBis, achète, tu auras. Il y â aussi toute une série parfaitement assortie de poids plus petits , rentrant les uns dans les autres et étant, comme ceux dont nous nous servons, des multiples les uns des autres. Les balances en bronze ont la forme bien connue du peson ; le contrepoids mobile est aussi de bronze et représente ou une divinité comme Mercure, le dieu du commerce , ou l'image d'une région symbolisée sous la figure d'une femme, comme l'Afrique avec la tête couverte de la peau d'un éléphant, ou enfin le buste d'un empereur ou d'une impératrice. La plus remarquable de ces balances est celle qui j)orte l'inscription suivante , attestant qu'elle a été étalonnée au Gapitole sous le huitième consulat de Vespasien, et sous le sixième consulat de Titus :
IMP. VESP. AVG. IIX. C. IMP. AVG. T. VI. c. EXACTA. IN. CAPITO.
Selon Vitruve, c'est au forum que doit se trouver le module officiel des mesures publiques ; c'est aussi au forum civil que nous le retrouvons à Pompéi. Il consiste en un bloc de tuf de forme rectangulaire, percé d'un certain nombre de cavités régulières , de capacités différentes , pour mesurer les matières sèches et les liquides. Chaque cavité est protégée par un couvercle de bronze et a un orifice d'écoulement à la partie inférieure pour en retirer les matières après l'opération. S'il pouvait rester le moindre doute sur la destination de ce monument important, l'inscription qu'il porte lèverait toute difficulté, en nous apprenant que « Aulus Glodius Flaccus et Numerus Arellianus Galedo, duumvirs de justice, furent chargés, par décret des décurions, de vérifier les mesures pubUques. »
Quelques citoyens passent chez le questeur, dans la maison de Castor et de Pollux, pour payer leurs impôts. Pompéi, qui faisait un grand commerce avec les villes les plus riches de la fertile Campanie, devait avoir, sinon] un questeur, au moins un délégué du fisc. La maison de cet officier public est une des plus belles et des plus nobles de la cité, comme il convenait à un homme de finance. La façade principale en est revêtue d'admirables'travaux de stuc blanc sur fond rouge , où les
creux des bas -reliefs sont de couleur bleu de ciel; la corniche est modelée en stuc, et les parties saillantes sont rouges et noires sur fond bleu, ce qui produit un effet charmant. La maison comprend deux appartements distincts, l'un pour traiter les affaires publiques, l'autre pour servir d'habitation. Tous les murs sont couverts de précieuses peintures , parmi lesquelles on distingue , par leur délicatesse et leur fini , celles de Castor et de Pollux; une des salles était entièrement revêtue de marbres rares ; mais elle avait été dépouillée en grande partie de cette riche ornementation par le propriétaire luimême après la catastrophe, car le terrain avait été évidemment fouillé en plusieurs points , sans aucun doute pour enlever les trésors enfouis dans cette splendide habitation. Les caisses publiques , deux belles caisses garnies de bronze avec des ornements en argent, munies de fortes serrures et d'armatures , avaient été dévalisées : on n'y recueillit de nos jours que quarante-cinq monnaies impériales d'or et cinq d'argent, avec un bas-rehef de bronze et le buste de la Fortune , symbole des richesses qu'elles devaient contenir. Deux squelettes de femmes , encore parées de magnifiques joyaux, furent déterrés dans l'atrium.
Une querelle s'est élevée dans le port, entre plusieurs matelots, à la suite de copieuses libations chez Fortunata, qui est sans doute la femme d'un marin absent pour le cabotage. Le motif de la querelle est futile ; mais avec les populations du midi de l'Italie il faut peu de chose pour enflammer les colères. Des propos grossiers sont d'abord échangés, puis des coups; puis les couteaux se montrent, et le sang ne tarde pas à couler. Un des querelleurs a été tué , et les assassins s'enfuient. La police arrive avec une patrouille de soldats et s'empare du coupable , malgré la résistance obstinée de ses camarades. On lui met les menottes et on le conduit en prison, dans le quartier des soldats. Cet édifice, situé près du forum triangulaire, en face du grand théâtre, présente un vaste carré environné de soixante -quatorze colonnes qui soutenaient la toiture d'un portique d'architecture dorique. Tout autour de ce portique , au rez-de-chaussée, sont disposées quarante- deux chambres, dont une servait de prison. Les entraves y étaient encore, avec
plusieurs squelettes enchaînés. Cette machine , qui servait de punition et qu'on voit aujourd'hui au musée, est parfaitement semblable au ceps qu'on observe dans plusieurs prisons du moyen âge, par exemple au donjon de Loches ; elle est formée d'une longue barre de fer qui s'engage dans les anneaux de vingt entraves; lorsque les pieds du coupable sont entrés dans les entraves , on engage la barre dans les anneaux, et les pieds du prisonnier ne peuvent plus se retirer, la tringle de fer étant d'ailleurs arrêtée par ses extrémités. On trouva dans les chambres du quartier diverses pièces d'armures, des armes, des galons tissus d'or, un instrument de musique semblable à la
XlhMyU'Hf
clarinette, mais avec plus d'ouvertures et de clefs, le tout d'ivoire garni de bronze , avec une multitude d'autres objets (lui semblent avoir appartenu à un étabUssement militaire. Je dois ajouter cependant que plusieurs antiquaires refusent de voir dans cet édifice une caserne, et n'y reconnaissent qu'une école de gladiateurs, ludus gladiatorius , c'est-à-dire le lieu où le lanista apprenait aux gladiateurs à faire des armes. Cette opinion est appuyée sur d'assez bonnes raisons ; mais elle n'explique pas comment on a pu rencontrer jusqu'à soixante -trois squelettes dans les chambres de l'étage supérieur : la discipline mihtaire peut seule rendre compte d'un fait aussi singulier.
En retournant du quartier des soldats au forum civil, nous flânerons dans les rues, et nous examinerons avec soin les albums, c'est-à-dire les pans de murailles enduits de plâtre blanc, où l'on peignait les annonces officielles, les avis au pu-
blic, et même de simples inscriptions plaisantes ou satiriques. Nous ne serons pas seuls à faire cette étude, et avec les gens graves, les hommes d'affaires, les désœuvrés qui cherchent à tuer le temps , nous trouverons les gamins de Pompéi crayonnant des caricatures. Gomme nous sommes au temps des élections , les affiches électorales couvrent les murs , et les amis des candidats ont fait peindre partout des invitations semblables à celle-ci.
HOLCONIVM. PRISCVM. D. R. P. IL V. G. V. F. IVVENEM FRVCTV...
Ilolconium Priscum dignum rei publicse duum virum oro vos facialis, juvenem fructuosum ; ce qui signifie : « Je vous prie de nommer duuravir de la république Holconius Priscus; il en est digne , car c'est un jeune homme plein d'habileté. » Li même candidature est appuyée plus loin, dans des termes identiques, par tous les jardiniers {pomarii) unis à Helvius Vestalis; mais Holconius a deux concurrents, Sottius Conjunctus et Capella, et l'un des électeurs n'a pas craint de signer son affiche : il s'appelle Heracla.
A côté des réclames électorales abondent les formules par lesquelles les employés ou les marchands se mettent sous la protection de tel ou tel personnage, formules dont nous avons déjà cité quelques exemples. Ici c'est le scribe Issus qui sollicite le patronage de l'édile Marcus Gerrinius Vattia, affirmant qu'il en est digne: M. Cerrinium Vatlimn œd. o. scr. Issus; dignus est. Cette phrase , cent fois repétée sur les murs , semble avoir été l'équivalent de ces annonces modernes : Sous le patronage de la famille royale, ou fournisseur breveté de... Là c'est Proculus, qui invoque l'appui de l'édile Popidius. Chaque boutiquier veut avoir dans la magistrature locale un protecteur reconnu , et les noms de ces protecteurs , solennellement inscrits à la porte de la boutique, sont souvent accompagnés d'un souhait de prospérité : Nummiano féliciter/ « Bonheur à Nummianus! » C'est par cette acclamation, qui correspond exactament à nos vivats, que la foule, au dire do Phèdre, avait coutume d'accueillir les personnages puissants.
On pense bien que les plaisants n'ont pas manqué de glisser
au milieu de ces graves formules quelques phrases satiriques. Au moment où l'on agite la nomination des édiles , voici Macerion et tous les dormeurs de la ville qui portent leur suffrage sur Vattia : Valtiam œd. rogant Macerio dormientes universi. Sans doute Vattia était lui-même un peu paresseux, et l'on espérait que pendant le temps de sa magistrature il ferait cesser les cris des vendeurs qui troublaient le sommeil si doux du matin. Ailleurs un mauvais plaisant annonce en style lapidaire que « sous le consulat de L. Nonius Asprenas et d'A. Plotius, il lui est né un... ânon. » Voilà une magistrature illustrée par un grand événement. Plus loin les jeunes gens de Nola souhaitent galamment mille prospérités aux jeunes filles de Stabia: Nolani féliciter Siabianas puellas! Dans un coin, un écolier a crayonné le premier vers de V Enéide, mais comme les Pompéiens, descendants des Osques, prononçaient la lettre r comme la lettre ^, il a écrit en substituant partout la seconde lettre à la première :
Aima vilumque cano Tlo...
pour: Arma virumque cano Trojse... Un autre, après avoir dessiné deux gladiateurs faisant des armes , a voulu mettre son croquis sous la protection de la Vénus Pompéienne, en menaçant de toute la colère de la déesse ceux qui l'effaceraient : Abiat (habeat) Venere Pompeiiana iradam qui hoc lœsœritf II faut croire que celui qui a écrit cette imprécation, où abondent les fautes de langue, devait sortir de l'école de Valentinus.
Terminons par un distique touchant, écrit dans un coin par une main amie :
Hic ego fut formosa coma puella ,
Laudata a mullis, sed lutus intus erat.
C'est en quelque sorte l'épitaphe d'une jeune fille à la belle chevelure que tout le monde admirait. Hélas! cette beauté n'était qu'un peu de cendre et de poussière. Ce souvenir de mort, inscrit sur des ruines, a quelque chose de mélancolique; c'est la seule inscription de ce genre, même parmi les inscriptions funèbres , qu'on puisse signaler à Pompéi.
Puisque nous flânons dans les rues, il est bon de dire un mot de la police municipale et de la propreté de la voirie. Le soin de la voirie était particulièrement confié aux édiles, assistés de quatre officiers spéciaux appelés, de leur nombre, quatuorvirs. Ces officiers veillaient à ce que les riverains n'empiétassent pas sur la voie publique, et faisaient enlever les immondices des rues, en se servant des habitants comme auxiliaires forcés. Quant à certaines malpropretés que la police d'une petite ville, quelque vigilante qu'elle soit, ne saurait empêcher totalement, on avait imaginé quelques mesures préventives qui les dissimulaient un peu sans en pallier tous les inconvénients. A Rome, il y avait dans beaucoup d'endroits des latrines publiques , et dans presque tous les carrefours des tonneaux sciés ou de larges amphores , qui rendaient le même service que nos vespasiennes. Les foulons avaient même pris à ferme le produit de ces amphores pour les opérations de leur industrie , et le fisc en tirait un impôt dont Vespasien , pour le défendre contre les critiques de Titus , faisait remarquer à son fils le caractère inodore. Pompéi devait avoir une organisation semblable. Malgré ces précautions , les boutiques , les édifices publics, les temples eux-mêmes étaient souvent souillés. On imagina alors de mettre les murailles sous la protection des dieux lares en y peignant des serpents, image des gardiens du foyer et de l'autel domestiques : cet emblème religieux rendait le lieu sacré; mais, il faut bien l'avouer, les enfants et les ivrognes n'avaient pas tardé à s'habituer à cet épouvantail. Les prêtres , pour protéger leurs temples , avaient eu alors recours îi des inscriptions en toutes lettres , où le latin dans les mots bravait l'honnêteté. Une de ces inscriptions, peinte sur un temple de Pompéi , ne menace rien moins que de la colère des douze grands dieux et de Jupiter très bon et très grand les gens grossiers qui... Le reste de l'imprécation n'est bon qu'en latin. Hélas! n'en déplaise aux douze grands dieux, cette menace paraît avoir été impuissante. Jupiter se sera peut-être trouvé trop grand pour descendre à ces bas détails , ou trop bon pour punir les délinquants.
Nous voici au forum civil , vaste place quadrangulaire d'un stspect imposant. Ses porti(jues couverts, décorés de colonnes
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de marbre, soutiennent de vastes et élégantes terrasses, destinées à la promenade; un grand nombre de rues, autrefois fermées par des grilles de fer dont on a reconnu les attaches , y aboutissent de toutes parts et en font comme le centre de la cité. Deux arcs de triomphe en décorent l'entrée : l'un est presque en ruines, et l'autre n'a plus aucun ornement. On était en train de réparer les dégâts que leur avait causés le tremblement de terre de l'an 63, quand est arrivée la catastrophe de l'an 79. Dans les entre-colonnements du portique on a remarqué un grand nombre de piédestaux, destinés, sans aucun doute, h porter les statues des citoyens qui avaient bien mérité de leur ville natale; sur l'un d'eux on lit le nom de Q. Sallvstivs, et sur un autre celui de G. Pansa, deux personnages importants ({ue nous avons déjà eu l'occasion de signaler.
Le forum était une place publique où le peuple se réunissait pour discuter les affaires de la cité et procéder aux élections. C'était le centre politique de toute agglomération d'habitants. Il n'y avait pas de ville, si petite qu'elle fût, qui n'eût au moins un forum. Les plus grandes en avaient deux : l'un pour les affaires civiles et judiciaires, l'autre pour les affaires de commerce. Au premier étaient rattachés tous les services publics, les tribunaux, les salles de conseil, le trésor et même les temples. Le forum de Pompéi se trouve dans ces conditions ; il n'est pas seulement imposant par lui-même et par ses vastes proportions , il l'est encore par les monuments qui l'entourent : au midi, le temple de Vénus; à l'est, la basiUque et les trois curies; au nord, l'édifice d'Eumachia, le temple de Mercure, la salle du sénat et le Panthéon, ou temple d'Auguste; enfin, au couchant, le temple de Jupiter, qui occupe tout un côté de la place publique. Cet ensemble complet de colonnades, de portiques, d'arcs de triomphe, de frontons, de statues, a quelque chose de vraiment grandiose.
La salle du sénat offre peu d'intérêt. C'est un vaste édifice semi- circulaire avec des sièges de maçonnerie, et des niches qui contenaient autant de statues de décurions. Au milieu s'élève une espèce d'autel, qui pourrait bien avoir été la base de quelque statue. On n'y a pas rencontré d'inscriptions; mais on suppose justement, d'après les descriptions de Vitruve, que cet
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emplacement était destiné aux séances publiques des décurions , officiers qui étaient en quelque sorte le conseil municipal de la ville.
La basilique ou tribunal est de beaucoup l'édifice civil le plus important de Pompéi. C'est une construction quadrangulaire de deux cent cinquante palmes de longueur sur cent palmes de large, divisée en trois nefs par deux rangées de colonnes ioniques. La nef du milieu est découverte ; les nefs latérales sont couvertes et supportent une loge ornée d'une colonnade d'ordre corinthien, laquelle loge s'ouvre sur la nef centrale pour permettre au peuple d'assister aux discussions et aux plaidoiries. Au fond est la tribune élevée pour les magistrats qui rendaient la justice. Sur le pavé de la tribune sont deux ouvertures grillées pour éclairer la prison qui est au-dessous, et dans laquelle on descendait par deux petits escaliers extérieurs. En face de la tribune, sous les quatre colonnes du péristyle, s'élève un grand piédestal revêtu de marbre blanc, destiné sans doute à supporter quelque statue équestre dont on a trouvé des fragments de bronze doré. Les portiques étaient aussi ornés de statues de marbre et de bustes de bronze en forme d'hermès; car on en a recueilli de nombreux débris. Ces hen^mès sont une espèce particulière de statues , dans lesquelles on ne sculptait que la tête et quelquefois le buste , le reste formant un poteau nu, à quatre faces. Cette coutume venait de la vieille manière pélasgique de représenter le dieu Mercure. Des piliers de ce genre étaient fort employés à plusieurs fins, surtout comme poteaux indicateurs et comme montants dans une barrière d'ornement. Il est probable qu'à la basilique de Pompéi ils servaient à séparer les nefs latérales de la nef majeure, réservée aux plaideurs et aux témoins.
Les murs du portique sont recouverts d'un enduit de stuc, peint de manière à imiter de larges plaques de marbres colorés. Ce stuc est si brillant et si compact, qu'on le prendrait volontiers pour du marbre. On y a relevé quelques inscriptions tracées à la pointe ou au pinceau, réflexions populaires sans portée : Non est ex alho judex pâtre JEgyptio. « Il n'y a pas de juge inscrit sur l'album (tableau officiel) dont le père soit Égyptien. » — Lucrio et salus hic fuerunt. « C'est ici le rendez-
VOUS de l'intéressé et du désœuvré. » — Une autre inscription nous apprend que Gaius Pumidius Dipilus avait comparu devant le tribunal le jour des nones d'octobre, sous le consulat de Lepidus et de Catulus, c'est-à-dire l'an 78 avant Jésus-
Jupiter et son aigle.
Christ, l'année même de la mort de Sylla. C'était peut-être une des dernières victimes de la tyrannie du dictateur.
A côté de la basilique s'ouvrent trois salles , de forme quadrangulaire , avec un hémicycle au fond , qu'on appelle curies ou salles du conseil. C'étaient sans doute des bureaux pour les employés du barreau, ou peut-être des tribunaux pour juger les causes de moindre importance.
Pendant que les négociants courent à leurs affaires , que les plaideurs envahissent la basilique, et que les hommes politi-
ques fréquentent les portiques du forum et du sénat, d'autres, plus sensibles aux sentiments religieux ou plus enclins à la superstition, vont dans les temples offrir des sacrifices et consulter les dieux. Le plus somptueux et le plus grand de tous les temples jusqu'ici déterrés à Pompéi est celui de Vénus. Il comprend une aire quadrangulaire entourée sur trois côtés d'un portique couvert soutenu par quarante -huit colonnes de marbre d'ordre corinthien. Au milieu de cette aire est le sanctuaire, décoré d'un péristyle de trente-quatre colonnes; il s'élève de quelques pieds au-dessus du sol, et l'on y monte par seize degrés de marbre. Au fond du sanctuaire est la ce//a, petit édifice destiné à recevoir l'image de Vénus et quelques autres statues. L'autel des sacrifices n'est pas dans la cella; il est dans l'aire devant le sanctuaire. Cette disposition, qui répond si peu à celle des temples chrétiens , était très fréquente dans l'antiquité. Le peuple se tenait dans Varea, sous les portiques, et la cella ne servait guère qu'à renfermer les statues des divinités, toutes les cérémonies religieuses s'accomplissant au dehors. On comprend que ce plan n'ait pu être adopté par nos architectes quand ils songèrent à bâtir nos premières églises. Les basiliques, au contraire, avec leur vestibule, leurs trois nefs, leurs galeries supérieures, la tribune élevée en forme d'hémicycle, l'enceinte réservée aux plaideurs , s'adaptait admirablement aux réunions, aux sacrifices, à l'enseignement religieux des chrétiens : aussi devinrent-elles exclusivement le type consacré de nos églises, et gardèrent même le nom de basiliques. Plusieurs inscriptions nous donnent le nom des six magistrats qui firent édifier à leurs frais le temple de Vénus, en vertu d'un décret des décurions. Une autre inscription beaucoup plus intéressante nous apprend que Marcus Holconius Rufus, duumvir de justice pour la troisième fois, et Caius Egnatius Posthumus , duumvir pour la seconde fois , par décret des décurions , achetèrent le droit de fermer les fenêtres pour trois mille sesterces , et furent chargés de faire élever jusqu'au toit le mur du collège des prêtres de Vénus. Il est vraisemblable que les fenêtres de l'habitation affectée au collège des prêtres s'ouvraient sur leurs maisons ou sur leurs jardins, et qu'ils voulurent faire cesser à tout prix une servitude aussi gênante.
Le temple de Jupiter occupe tout un côté du forum. On y monte par un grand escalier qui devait être bordé de statues colossales, si l'on en juge par les piédestaux. Il se compose d'un vestibule avec six colonnes corinthiennes de front et huit latérales , d'une cella avec une double galerie de huit colonnes ioniques, et de trois petites chambres munies de grilles de fer, où l'on conservait sans doute les archives et le trésor delà colonie. Cette idée est fondée sur la description que fait Vitruve des établissements publics de son temps , et sur les habitudes religieuses des Romains. C'est ainsi qu'à Rome le trésor était dans le temple de Saturne , la monnaie dans celui de Junon-Moneta, et la caisse du peuple dans celui de Castor et Pollux.
Un autre monument important du forum est le Panthéon ou temple d'Auguste. Son aire découverte, entourée sur les quatre faces par un portique à deux rangs de colonnes , renferme au milieu un autel accompagné circulairement de douze piédestaux qui devaient supporter les statues des douze grands dieux. La cella , placée au fond de l'area, renfermait les images d'Auguste et des membres de la famille impériale. A côté de la cella s'ouvrent deux vastes salles avec des tables de maçonnerie sur lesquelles on dépeçait les victimes ; on voit dans la muraille les anneaux de bronze pour les attacher, et sur le sol le canal pour l'écoulement du sang. Douze chambres communiquent avec le portique : c'étaient les habitations du collège des prê très augustaux.
Nous pourrions encore décrire le temple de Mercure , celui d'Hercule et l'édifice d'Eumachia, affecté aux réunions religieuses de la corporation des foulons ; mais ces détails n'ajouteraient rien aux traits généraux que nous venons de tracer des temples du paganisme, savoir : une aire sacrée ou place découverte entourée de portiques, une cella ou sanctuaire au fond, avec une abside et des niches, et l'autel au dehors, dans l'area, devant le sanctuaire.
Toutefois le temple d'Isis et la curia Isîaca, situés au chevet du grand théâtre , méritent une mention spéciale , à cause de détails particuliers. Ces deux édifices consistent, comme les précédents, en une aire découverte entourée de portiques. On trouva à l'entrée deux fontaines lustrales pour les purifica-
lions , et une cassette en bois carbonisé avec des monnaies de bronze, produit de la bienfaisance publique. Dans la salle des mystères sacrés et dans les chambres des prêtres , on recueillit tous les ustensiles qui servaient aux sacrifices et aux cérémonies religieuses, du charbon et des cendres sur l'autel, des candélabres figurant la fleur et la plante du lotus, des sistres pour accompagner les processions , des vases pour l'eau lustrale , des patères , des amulettes en stuc , représentant les attributs d'Isis et des autres divinités de l'Egypte; enfin des
Livie et Drusus, slatoes provenant da Panthéon.
mains de verre et d'ivoire qui faisaient la figue, geste de mépris regardé comme un pui.ssant talisman contre la fascination.
Mais ce qu'il y a de plus curieux, c'est que sous le sanctuaire, sous la statue même d'Isis, on découvrit un petit caveau où l'on descendait par un escalier secret. C'est là que les prêtres s'enfermaient pour rendre des oracles au nom de la déesse et faire parler la statue de marbre devant les païens confiants. Tous les fameux oracles du paganisme n'avaient pas d'autre mystère; mais, pour remplir ce rôle difficile, il fallait une grande perspicacité, une connaissance profonde du cœur humain, un langage poétique et plein d'obscurités calculées. Nous aussi, à notre tour, nous voulûmes interroger
158 IIEIÎCULANUM ET POMPÉl
l'oracle d'Isis sur les chances de notre voyage , et un de mes compagnons, s'étant glissé dans la cachette, y trouva heureusement sur les murs ces mots qu'il nous jeta d'une voix profonde par le piédestal de la statue : Féliciter in infelicitale ! Véritable réponse d'oracle, où l'imagination surexcitée peut deviner tout ce qu'elle désire. Si j'étais superstitieux, je me
Le frigidarium.
serais volontiers appliqué cette prédiction d'Isis, lorsque, quelques jours plus tard, j'eus le bonheur d'échapper à une afïreuse catastrophe de chemin de fer. Féliciter in infelicitale! Le malheureux prêtre qu'on déterra dans la curie Isiaque, une hache à la main, après avoir percé deux murs pour s'échapper, avait peut-être lancé cet oracle le matin même de la catastrophe. Et qui sait si le cons.ulteur, plus heureux que le faux prophète qui le dupait, n'a pas eu la chance d'échapper à l'éruption? Féliciter in infelicitale! '
Dans cette revue rapide de la vie publique des Pompéiens, nous n'avons point encore parlé des oisils, des gens du monde. C'est que dans ce temps-là, tout comme aujourd'hui, ils ne se levaient pas de bonne heure , et laissaient la matinée aux alTaires et aux cérémonies du culte. Ils se décident enfin à sortir, avant que la chaleur soit trop forte, pour aller pro-
Le caldarium.
mener leur oisiveté sous les portiques et prendre les bains, qui sont devenus un besoin quotidien pour leur vie molle et sensuelle. Une foule nombreuse de clients les accompagne, et la foule, qui reconnaît en eux des personnages et des gens riches , les salue de ses acclamations ordinaires : Pansœ féliciter/ Salluslio féliciter/ « Vive Pansa! vive Salluste! » Quelques-uns vont à pied ; d'autres se font porter en litière sur les épaules de quatre ou six esclaves d'une stature élevée. Ce mode de transport, introduit d'Orient en Italie et d'abord
adopté exclusivement par les femmes, était alors passé en usage général. La litière était un véritable lit, sauf l'importance des dimensions, avec ses quatre pieds, ses colonnes, son ciel , ses courtines , son matelas et son traversin ; on pouvait y lire, y écrire ou y dormir; deux longs bâtons, engagés dans quatre anneaux, permettaient de le transporter facilement. On voyait ainsi de longues files de palanquins traverser les rues à certaines heures, et se diriger vers les thermes, rendez-vous de la bonne compagnie.
La ville de Pompéi possédait au moins deux grands établissements de bains publics , divisés chacun en deux parties : l'une pour les hommes, l'autre pour les femmes. La description des thermes de la rue de Stabia, qui sont les plus importants , fera parfaitement comprendre le système d'après lequel les bains des Romains étaient disposés et la méthode ingénieuse de leur construction.
On entre d'abord dans une tour carrée, entourée de l'inévitable portique à colonnade; c'était en quelque sorte l'atrium de tout établissement. A gauche est la loge du portier, ou l'on trouva une tirelire avec quelque menue monnaie, pourboire donné par les baigneurs; des bancs de pierre, placés sur les côtés de la cour, permettaient aux esclaves d'attendre leurs maîtres. On pénètre de là dans Vapodyterium, pièce garnie de sièges , où l'on se dépouillait de ses vêtements pour les confier à la garde de l'esclave capsarius. Malgré la vigilance du capsarius , il arrivait très fréquemment que les vêtements étaient dérobés , et telles gens, venus au bain avec des habits sordides , faisaient des échanges avantageux, et sortaient avec une tunique , un manteau et un chapeau tout neufs. Les auteurs anciens sont remplis de plaintes au sujet de ces vols, et les thermes, par suite de ce désordre, tombèrent dans un tel discrédit , que les législateurs durent prononcer la peine de mort contre les voleurs de vêtements , pour protéger la distraction favorite de la population.
L'apodyterium communiquait avec chacune des pièces où l'on prenait des bains chauds ou froids. Entrons d'abord dans le frigidarium, salle contenant le bain d'eau froide, ou bapiisterium. Ce baptistère , placé au milieu de la pièce , n'est autre
chose qu'une grande piscine circulaire, où l'on prenait le bain en commun. Des gradins sont disposés tout autour pour permettre au baigneur de s'asseoir.
Pour entrer de l'apody terium dans le caldarium ou étuve , il faut traverser le tepidarium. Le pavage de l'étuve est à double fond, c'est-à-dire que le dallage supérieur repose sur des piliers de brique, et recouvre ainsi une cavité dans laquelle circule librement la chaleur qui se dégage de la
Ornements da tepidarium.
fournaise. Les murs latéraux sont construits par le même procédé et garnis de tuyaux pour transporter dans tous les sens l'air chaud ou la vapeur, et élever la température de l'appartement. Un bassin d'eau chaude complétait le service de cette pièce, destinée surtout à provoquer une transpiration abondante.
Après le bain chaud, le baigneur rentrait dans le tepidarium , chambre tiède qui servait à tempérer la transition trop brusque du chaud au froid. C'est aussi dans cette pièce qu'on se faisait masser ou frotter avec la strigile, sorte d'étrillé ou racloir qui enlevait la sueur et les impuretés disposées à la surface de la peau par la chaleur du bain ou les violents exer-
cices de la palestre ; on se faisait aussi épiler et oindre de parfums avant de sortir, et, quand on rentrait dans l'apodyterium, on avait quelquefois le désagrément de n'y plus retrouver ses habits , et d'être alors obligé de se faire porter chez soi en litière fermée.
Les thermes de Pompéi sont construits avec un certain luxe architectural, comme il convenait à l'établissement qui devenait pendant plusieurs heures chaque jour le rendez -vous à la mode de la classe aisée. La voûte du tepidarium, divisée en caissons rectangulaires, est décorée de bas -reliefs en stuc traités d'une façon magistrale, mais bien détériorés aujourd'hui, et représentant des trirèmes, des divinités marines, des bouquets de fleurs, etc. Cette voûte est soutenue par une série de petits Télamon, d'un beau et élégant travail, qui ramassent toutes leurs forces pour supporter le poids de la corniche. Tous les pavés sont en mosaïque. Dans d'autres salles , les murs sont couverts de paysages peints avec cette touche délicate qui caractérise les peintures pompéiennes , ou distribués en encadrements rouges bordés d'une bande jaune, qui forment un gracieux contraste avec les colonnes de stuc peintes en rouge vers la base et en blanc vers la partie supérieure; ces colonnes sont surmontées de chapiteaux en stuc qui portaient une corniche d'un travail admirable, à en juger par un fragment qu'on a pu sauver et remettre à sa place. Les murs des salles sont percés de niches où l'on déposait les amphores , les vases à parfums , les strigiles , les lampes pour éclairer le bain pendant la nuit; toutes les baignoires sont de marbre blanc, tous les sièges mobiles sont de bronze. On y remarque avec un certain étonnement quelques sièges de bain (sella balnearis) d'une forme singulière, destinés à recevoir le baigneur pour qu'on répandit sur lui de l'eau chaude, ou pour qu'on l'enveloppât de couvertures pendant qu'on l'inondait en dessous de vapeur. Ce siège est entouré d'un rebord circulaire très bas , et formé d'une tablette percée en avant d'une échancrure en fer à cheval, qui servait à l'écoulement de l'eau répandue sur le corps du baigneur ou à l'introduction du jet de vapeur. Ce meuble, qui ressemble un peu à une chaise percée, a fait rêver les archéologues trop prosaïstes, et
quelques-uns ont voulu y voir un fauteuil latrinal (les mots ennoblissent tout). Aujourd'hui on sait bien à quoi s'en tenir à ce sujet ; car chaque établissement de bains était muni d'un nombre suffisant de ces sièges , et les thermes d'Antonin Caracalla, à Rome, en contenaient à eux seuls jusqu'à seize cents , tous en marbre.
Dans les dépendances des thermes de Pompéi est une grande palestre décorée de portiques , et destinée aux exercices gymnastiques dont les anciens avaient coutume de faire précéder leurs bains. On a trouvé dans cet emplacement plusieurs grosses boules de pierre qui servaient au jeu de la sphère, jeu auquel se livrait la jeunesse pour acquérir de la force et de la souplesse.
Pendant quelques heures du jour, les thermes présentaient un spectacle singulièrement animé. Le vêtement formant comme une partie de la condition , la nudité établissait entre les baigneurs une sorte d'égalité dont personne ne se faisait faute. « Aussi, dit Dezobry, rien de plus bruyant qu'un bain : figure-toi toute espèce de cris, de clameurs ou de bruits qui peuvent importuner, fatiguer, déchirer les oreilles. Là ce sont les gémissements naturels ou imités de ceux qui se livrent aux exercices violents ; leurs sifflements et leurs soupirs profonds quand ils laissent échapper leur haleine longtemps retenue ; les exclamations des joueurs de paume comptant leurs balles ; plus loin des baigneurs qui s'amusent à courir autour de la cuve , en se tenant par les mains , et se les chatouillant de manière à provoquer les éclats de rire les plus perçants ; d'autres qui lisent à haute voix ou déclament des vers; d'autres, chanteurs impitoyables, ne trouvant leur voix belle que dans le bain, qui se mettent à chanter jusqu'à faire trembler les voûtes de l'édifice. Des alipiles (épileurs), pour se faire mieux remarquer, venant aussi se joindre à ce discordant concert, crient d'une voix grêle et glapissante, et ne se taisent pas qu'ils n'aient trouvé des aisselles à épiler, des patients à faire criera leur place. Ajo.ute à ce vacarme, qui serait insupportable, n'eût-il que l'inconvénient d'être renfermé, le bruit des frictions plébéiennes, que l'on entend résonner, suivant que la main du frictionneur frappe du creux
OU du plat; les filous pris à voler les habits; les ivrognes, les marchands de comestibles et de boissons, car beaucoup de personnes boivent et prennent quelques aliments légers en sortant de l'eau ; les marchands de gâteaux , les vendeurs de boudins, les confiseurs, qui tous ont leur modulation particulière pour crier leur marchandise; figure-toi tout cela, dis-je,
Ornements du tepidarium.
et tu auras une légère idée de l'intérieur d'un bain public. La seule loi de décence qu'on y observe, c'est que jamais un père et un fils ne se baignent l'un devant l'autre, ni même un beaupère devant son gendre. »
Ces habitudes étaient celles de Rome, et les traits de ce tableau ont été empruntés à Sénèque, à Pétrone, à Horace, à Martial et à Plante. Ce devaient être aussi les habitudes des villes de province , et par là nous pouvons juger du caractère des distractions des Pompéiens. Nous aurons complété ce ta-
bleau quand nous aurons ajouté que les thermes, comme la plupart des monuments public de Pompéi , avaient été élevés aux frais de quelques généreux particuliers. Des inscriptions nous apprennent, en effet, que la ville les devait à la libéralité de plusieurs des citoyens, jaloux sans doute de gagner ainsi les faveurs et les suffrages populaires.
Les bains et les exercices gymnastiques , en provoquant une transpiration abondante et en développant l'appétit , donnaient le besoin de prendre quelque breuvage réconfortant.
On passait donc des thermes dans les thermopoles, sortes de boutiques analogues à nos cafés, dans lesquelles on vendait des boissons chaudes, des liqueurs et parfois quelques aliments légers. Ces établissements , très fréquentés par la classe aisée, avaient des étagères en marbre sur lesquelles on exposait les boissons, les comestibles et les verres. Les consommateurs y trouvaient en outre une sorte de journal manuscrit qui les mettait au courant des grands événements de Rome et de l'empire, des actes officiels du gouvernement, et de ces mille riens qui alimentent toujours la curiosité publique.
De midi à quatre heures, comme de nos jours, la ville entrait dans une sorte de silence et de repos général. On fuyait la chaleur accablante du climat, et les particuliers, retirés sous les portiques de leurs maisons , à l'ombre opaque des jardins , près de quelque fontaine qui rafraîchissait l'atmosphère , se livraient aux douceurs delà sieste. Toutes les affaires étaient suspendues pendant cet intervalle, les boutiques étaient closes, les vendeurs ne criaient plus leurs marchandises dans les rues, et la vie publique ne retrouvait quelque activité que vers cinq heures du soir.
C'est alors que s'ouvraient les théâtres, autre distraction favorite du peuple. Pompéi, malgré le peu d'importance numérique de sa population, possédait trois édifices de ce genre.
Le grand théâtre ou théâtre tragique se trouva , au moment de sa découverte, dans un état de dégradation complet, sans doute par suite du tremblement de terre de l'an 63. Toutefois , malgré son délabrement, il révèle une parfaite connaissance de l'art dans sa construction. Le corps de l'édifice (cavea).
OÙ étaient assis les spectateurs, se compose d'un certain nombre de rangées semi-circulaires de sièges formées par de hautes marches s'élevant en hgnes concentriques les unes au-dessus des autres. Ces rangées de sièges sont divisées horizontalement en étages (mœniana), qui en contiennent chacun plusieurs, séparés par de larges corridors ou précinclions, et verticalement, en compartiments cunéiformes {cAinei)^ par un certain nombre d'escaliers qui servaient aux
La thermopole.
spectateurs à descendre jusqu'à la rangée où étaient situées leurs places respectives. Le peuple pénétrait dans l'enceinte par les portes (vomitona) qui s'ouvraient au haut de chaque escalier, portes qu'il atteignait au moyen de passages et de couloirs ouverts ménagés dans l'épaisseur du bâtiment , et communiquant en outre avec le portique supérieur du forum triangulaire, qui est adjacent au théâtre. Cinq mille spectateurs pouvaient facilement y trouver place.
Les premiers degrés , de marbre blanc , sont plus larges que les autres. Ce premier ordre de sièges était réservé pour les personnes distinguées, telles que les décurions, les prêtres augustaux et tous ceux qui avaient le privilège du biseltium , chaise d'honneur que le peuple accordait à quelques magis-
trats. De chaque côté étaient deux divisions : l'une à droite pour les proconsuls et pour les duumvirs, l'autre pour les vestales. Aux deux extrémités de premiers gradins, on trouva, dans le plus grand état de dégradation, deux tribunes de tuf volcanique qui devaient avoir été recouvertes de marbre. Dans celle de droite était encore la chaise curule où siégeait le duumvir qui présidait au théâtre; à Rome, cette tribune s'appelait podium, et c'était le siège de l'empereur. Venait ensuite la place pour les citoyens qui appartenaient à quelque corporation ou collège. Les troisièmes et dernières places étaient occupées par la populace et par les femmes , et , tout en haut, par les esclaves. Au milieu des gradins s'élevait la statue de marbre de Marcus Holconius Rufus, duumvir de justice, tribun militaire, flamine et patron de la colonie. C'est lui, avec son frère Celer, qui avait fait construire à ses frais le portique couvert , le tribunal et le théâtre , pour l'embellissement de la colonie, comme nous l'apprenons par l'inscription suivante :
M. M. HOLCONII. RVFVS. ET. CELER
CRYPTAM. TRIBVNAL. THEATRUM. S. P. (SUa peCUnia)
AD. DEÇUS. COLONLE.
Au bas de la cavea était l'orchestre, formant une demi -circonférence exacte , et contenant des sièges destinés aux spectateurs de distinction, au lieu de servir, comme l'orchestre des théâtres grecs , aux musiciens et aux évolutions du chœur. Un peu en arrière de l'orchestre il y avait un mur bas qui formait le devant de la scène (proscenium) du côté des spectateurs : c'est là que se plaçaient les musiciens dans sept niches ménagées à cet effet. On pénètre dans l'orchestre par deux vastes vomitoires ornés de portiques , où l'on pouvait trouver un refuge en cas de pluie.
La scène est légèrement élevée au-dessus de l'orchestre. Derrière la scène est un mur d'une grande hauteur, qui formait d'un manière permanente le fond du théâtre, avec trois grandes entrées pour les acteurs , et deux portes latérales qui communiquaient avec les coulisses. La perspective de ce fond
offre des décorations architecturales construites en briques jadis revêtues de marbre. Sur le devant, la scène était fermée par une toile, comme sur nos théâtres, avec cette différence qu'au lieu de monter, la toile s'abaissait et disparaissait dans une cavité pratiquée sous le plancher. Derrière le mur du fond s'ouvraient les loges des acteurs et les magasins du théâtre. Le théâtre était découvert; mais, pour préserver les spectateurs de la pluie ou du soleil , on tendait un immense