îoâsïE(â)§'î?aîiiiif
K7^\^/^eà
Le Démosthènt' inan^iu; du nom de ce j^rand orateur est lin nionuineiit unique dans son espèce et (Tmi prix inestimable. Le 3 noveml)re ijV^, en fouillant lédifice de Résina où furent découverts les papyrus et la plupart des bustes de bronze, on déterra daiis une même salle quatre petits bustes portant des noms, à savoir, le Oémosthène, le Zenon, l'Hermarqiie et TEpicure (i).
Les statues et les images de Démosthène devaient être nombreuses dans l'Italie et la Grèce, « car partout, dit Pausanias (•>.), on vénérait ce grand homme ponr ses vertus, pour sa constance à défendre jiisf[n'à la iiioit la liberté de sa patrie; mais c'est surtout à cause de sou immense talent, de sa prodigieuse éloquence, que tout le monde voulait posséder son image. » Entre autres, on voyait un buste en bronze de Démostliènc dans la \ illa de M. Brutus à Frascati (']). Les modernes avaient donc lieu de s'étonner que pas une de ces images n'eut encore été retrouvée; et c'est ce qui ajoute tant de prix à une découverte qui ravit enfin à l'oubli un des souvenirs les pi us précieux de l'antiquité. A la vérité , quelques personnes ont admis comme une image de l'oratcui- athénien le buste
(4) Planches 7 et 8. (3) Cic, Oral., p. -2 1-2.
(2) Pausan., I, 33.
(le marl)re trouve'' à l'arragone avec le nom de Démosthène (i), huste ([iii représente un jeune lionime encore imberbe; mais les savants ont douté dès le principe de l'exactitude de cette détermination. On en a placé une gravure en tête de l'édition des œuvres de l'orateur publiée à Francfort; mais le savant archevêque de Tarragone, et (^iuiini ('.>.), et Orsini lui-même, n'ont jamais vu dans ce buste qu'un autre Démostliène, fils d'Alcisthène , ou d'Alciphron , et commandant d'une flotte athénienne au siège de Syracuse, où il mourut (3). Bref, ce buste de Tarragone peut appartenir a tout autre des nombreux Démosthènes dont parle l'histoire (|); mais Démosthène l'orateur ne pourrait avoir été représenté à un j)areil âge : car, ayant fait son premier discours à l'âge de 18 ans, selon Libanius, ou plutotdeay, selon Aulu-Gelle, il ne devint célèl)re (pie dans son âge mùr, et ce ne fut (ju'après sa moit (pTon lui éleva dans Athènes des statues , d'après lesquelles sans doute furent modelés les bustes, 11 n'est point à croire non plus qu'il eût adopté l'usage de se raser; car cet usage ne commença dans la Grèce que sous Alexandre, et il s'introduisit plus tard encore chez les Athéniens. Bien plus, ceux qui l'avaient adopté passèrent pour efféminés et débau-
(1) Fal)ri , lllustr. imcKj., n. oa ; Plutarrh. , JSicias; Themist., Orat. Bollori, I/lusfr. r/icL, n. TU; Gro- X, p. 138.
nov., Ant. (/r., toni. H, n. «KJ. (4) Polyb., XYII, 1. p. \03-ï,Ex-
(2) Ganini, Iconogr., n. 53, p. 8ri. cerpt. leynt., M, p. 1087 ; Suid. in
(3) Thiicyd.JK.ill ; !)iod.Xn,CO; Dewosth.
oliés : il n'aurait donc convenu ni an caractère, ni à I;i profession cle Déniosthène.
Le buste du plus puissant des orateurs, ir.Toçwv ^jv/tw- TaTo? (i), de celui dont le nom seul l'appelle le plus liant point de perfection où rélo([uencc puisse atteindre (:>.), porte son nom, ainsi écrit, AHMOCOeNHC. La forme des deux lettres e pour E et c pourz indi([ue l'époque d'Auguste (3) ; mais le travail de ce petit buste et des trois autres rpii ont été trouvés avec celui-ci révèle néanmoins un artiste grec, et sans doute un des plus distingnés de cette époque.
Le deuxième buste de cette planche oITre une ressemblance tellement frappante avec le premier, (pie, sans porter aucun nom, il se fait reconnaître lacilementpour nn autre portrait de l'orateur athénien. Cette ressemblance est particulièrement mar((née dans la lè\ re iniéiienre, qui des deux côtés paraît très-mince et collée ponr ainsi dire sur les dents. Or on sait que Déniosthène a\ait plusieurs défauts naturels dans la prononciation : sa \o\\ était faible, sa langue embarrassée, sa respiration entrecoupée (4); il ne pouvait articuler la lettre R (5), défauts qu'il parvint à corriger à f()rce d'attention et (rexercice. Par une coïncidence frappante, Michel-Ange lîuonarroti eut à exprimer un défaut de la même nature dans son Moïse, car le léoislatcnr d'Jsraèl , selon les li\res saints,
(1) Plutarch., Aie, p. KHi. (i) Pluturcli., Dcmoslh., p. «48
(2) Valer. Maxim., VIII, 7. (5) Valcr. Maxim., Vlll, 7. (^jMontfauc, Paleogr. gr., Il, 0.
a\ait la j^roiioiicialion Iciilc cl c \n\y.\ y vi\ss6i% e rat i m neditioris et tdrdiuiis luiii^aœ (i); or iMichel-Ange se tira de cette (lilliciillc en (lojiiiaiit à l;i lc\ ic inférieure de sa fig;iircniic(Iis]wsitioii semblable à celle ([ue l'on remarque dans nos deux Ijustes alors enfouis sous la terre : nierat-on cette uierveilleuse rc^ucontre de la nature et du génie .VMécoiniaitra-t-ou nosDcmostliènes? Autant vaudrait iiU'coruiaitrc le Moïse.
Il y a, (lu reste, quel(|ue dilféicuce entre nos deux bustes, le second étant plus i^rand et mieux conservé que le premier : peut-étiv même celui-ci est-il pris à un âge plus avancé. ()ji peut supposer qu'ils se rapportent aux deux statues mentionnées par Plutar((ue (;>.), dont l'une avait été élevée (\\\ \ ivant du grand orateur, près de Tautel des douze dieux , et l'autre après sa mort, sur la place publique. La ])i*emière devait, comme notre second l)uste, représenter Démostliène dans toute la force de l'âge et du talent, embrasant ses concitoyens du feu de son éloquence; I autre devait le montrer, connue le buste qui porte son nom , déjà f lible et vieilli , mais calme , intrépide et prescjuc riant, tel ([u'il se montra (|uand il eut vidé la coupe enq:)oisonnée (3).
(1) Exod., IV, 10. . mmlh.y tom. II, p. 8i7.
(2) Plutarch., secund. Vita De- (3) Lucian., Demoslh. encom.
H. Jtouioc acrue^
iiM(ô)S5r.
Le i" hiiste, vu de face et de proiil, porte pour inscription ZHNCUN; mais il n'est point aisé de déterminer au(jnel des philosophes qui ont porté ce nom il doit appartenir. En effet, Dioi^ène Laerce (i) noiinue huit Zenon ; Ménage (9.) en compte quinze, etFabricius (3) en ajoute encore un de plus, en distinguant Zenon le Sidonien, disciple ou sectateur d'Epieure, d un autre Zenon, également attaché à l'épicuréisme, ami de Cicéron et d'Atticus. Les deux plus célèbres sont FEléate et le Citien.
Le premier, fils de Téleutagoras, florissait vers la 79* olympiade; il fut le disciple, l'ami , le fils adoplif de Parménide , et le maître de Périclès : sa beauté un peu efféminée avait donné quekpies soupçons sur ses iik et us. (> philosophe acquit un assez triste renom par son habileté à soutenir le pour et le contre; il inventa Tait de la logique et la forme du dialogue philosoplii(pie : il niait le mouvement. Enfin, il rendit sa mort illustre j^ar la constance avec laquelli' il souffrit, dans un âge probablement peu avancé, les tourmeiils (jiii lui furent iidligt's parXéar-
(l)Diog.Laert., VII, 35. (3) Fabricius,- Jiibl. grœc, III,
(2) Ménage, tom. II, ^279. 33.
([lie, tyraiicrÉIce, coiilii' (jui il avait conspiré (i). Aucun écrivain de l'antiquité ne nous apprend (prune statue lui ait été élevée soit à Athènes, soit à Elée sa patrie, soit dans toute antre cité.
Zenon de Citium l'ut le chef et le fondateur de l'école stolque. Diogène Laerce ('2) nous apprend ([u'il portait la tête penchée sur uneé[)aiile; ([u'il était grêle et de petite taille; que ses jambes étaient mal laites et sans vigueur; qu'il avait le teint bronzé, la physionomie dure, farouche, et le front toujours som])re. Pour concevoir ce que dut être le portrait de ce philosophe, il faut aussi se rappeler ([u'il vécut ({uatre-vingt-dix-huit ans, et qu'il en avait an moins soixante quand il ouvrit son école. Les Athéniens , estimant non moins sa probité que son savoir, lui avaient confié la garde des clefs de leur \dlle : ils lui décernèrent une couronne d'or et une statue de bronze. Les Citiens lui élevèrent également une statue, et Pline rapporte (')) c[u'elle fut la seule (jiie Caton ne vendit pas lors de la confiscation de toutes les richesses de l'ile de Chypre.
Les anti([uaires ne sont pas dans un médiocre embarras quand ils essayent de rapporter, soil à l'J^léate, soit au Citien, les deux seules figures anticpies (]ui aient été trouvées avec le nom de Zenon, et dont l'une est rapportée
(i) Strab., V[, ^2:>^2; Plin., Ul, VII, 7. 5; Diog. Laert., IX, 25 et 29; Plu- (2) Loc. cita.
tarch., PericL, [5i; Sext-, Empir., (;j) Pliii., XXXIY, 8.
par Fal)ri (i), l'autre par Ik'llori (i>.) : cai- ils ne lioiivcut ni dans l'une ni dans l'autre les traits caractéristi([ nés (pie nons avons mentionnés; ils n'y aperçoivent ni la heauté juvénile du premier, ni la \ icillesse rugueuse du seeond. Si, eommele veut ledoete explicatenrdn MuséeCapitolin, il n'y a pas moyen de songer à (i'autrcs ([iic l'Kléate et le Citien, notre buste accroît encore la difficulté. Il ne ressemble nullement à celui de Bellori , qui, d'un aspect se vère, ne saurait étreFEléate, mais qui, étant jeune, ne peut passer ponr le Citien. ]Mais il se rapproche un peu pins du bnste de Fabri : comme celui-ci, offrant des traits assez beaux, il ne peut convenir au Citien; paraissant d'un âge avancé, il ne représente point l'Eléate.
A tous ces motifs, qui nous portent à ne point nous prononcer ponr l'un on pour l'antre des deux: pins cclcbres philosophes du nom de Zenon , il \ient s'en joindic un autre, à savoir, la considération du lien où notre buste a été trouvé. On l'a rencontré, en même temps (jne 11 1ermarque et l'Epicnre, dans une maison cpii parait avoir appartenu à un épicni-éiste; car les papyrus qui s'y trouvaient, et cpie Ton a déchiffi'és depuis, sont tous des ouvrages de Philodème. Or les Romains adonnes an\ lettres décoraient habituellement leurs d( meures des images de tons les écrivains, de tous les philosophes, dout ils affectionnaient particulièrement les opinions, MK'ine en \ <'oiiiprenant les moins célèbresde la secte. Pline mentioinie '))
(l)N'*iri[. {-3) Loc. citât:
(2) lllustr. philos., n" il.
2^ Série. — Bronzes. ■*
2G .. BROINZES.
plus de vingt artistes fameux qui out employé leurs talents à faire des bustes destinés à cet usage.
En conséquence, nous proposons d'assigner notre buste, soit à Zenon le Sidonien, dont nous avons parlé au commencement de cet article; soit au Zenon, ami de Cicéron, cfue Fabricius distingue du premier. Celui-ci, le huitième selon Laerce (i), se distinguait également par la profondeiu* de ses pensées et par la netteté de son style; disciple d'Apollodore, il avait composé 1111 grand nombre d'ouvrages {'2). Selon Proclus (3), ce Zenon le Sidonien, philosophe de la secte d'Épicure, ayant attaqué les mathématiques, Posidonius avait écrit un livre contre lui. Quant à celui que Cicéron avait connu à Athènes, celui que Philon appelait le Coryphée des épicuréistes (4), celui (pu, déjà vieux, est encore qualifié del'épithète de Grœculus (")), on peut conclure des Lettres à Atticns, et de toutes les citations accumulées par Ménage (()) et par Bayle (7), qu'il fut le maître d' Atticns, deCotta, et de Lucrèce lui-même. Que si Apollodore, maître de Zenon le Sidonien, fut vraiment le disciple, l'auditeur d'Epicure, il est certain que Vossius, Ménage et beaucoup d'autres savants se trompent quand ils confondent (-e Zenon avec ..l'ami de Cicéron ; mais si telle n'est pas la conséquence naturelle
(1) Dioiï. Laort., VII, 35. (5) TuscuL, III.
(i>) Id., X, 'î:^. (6) Sur Diocjène Laerce, VII, 35.
(3) III. in I. Euclid. (7) Dict., sxi. Zenon épicurien , et
(-4) A^, D. I, 21. Lucrèce, rem. M.
du passage de Laerce; si l'on peut admettre, connue le croit Bayle (i), qu'Apollodore fut seulement un sectateur, mais non pas nu contemporain d'Epicure : alors on pourra confondre ces deux personnages en lui s(^n]. Onoi qu'il en soit, il n\ a mille invraisemblance à penser que, comme le Zenon dont parle Cicéron était réellement célèbre à Rome, ses amis et ses disciples, les partisans de la secte d'Epicure en Italie, auront fait couler en bronze l'image de ce philosophe : et, sans doute, elle était alors nondjreuse et puissante , la secte qui comptait dans ses rangs Lucrèce, A elléius, Cassius, Atticus, A irgile, Horace, Varus, Properce, et une foule d'autres hommes célèbres.
Du reste, la deuxième lettre de l'inscription , après nn trait de burin échappé au graveur, est iu\ oméga du temps d'Auguste, ainsi que le prouve Montfaucon [vl).
Les deux dernières figures de la planche 7 offrent, de trois quarts et de profil , un buste très-précieux , qui est celui d'Hermarque, €PMAPXOC, premier successeur d'Epicure. Outre quel'on verra avec plaisir les traits jusqu'ici inconnus de ce philosophe célèbre, on ne remarqncra point sans intérêt que son nom n'est pas écrit ici connue dans le petit nombre d'auteurs, grecs ou latins, rjni ont fait mention de l'héritier d'Epicure. Tous écrivent incorrectement, Hermachos; et notre monunu'ut démontre ç^vi Hermaj^cJios , Ilcrmarque, est la véritable orthographe.
(1) Art. cité, rem. B. (2) Palcogr., U, 1, et IV. 10.
' Un manuscrit du Musée royal, que Ton a déroulé, et ([ui contient un traité de rhétori(|ii(' de Pliilodème, confîniie encore lautoiité de notre hronze, en nommant dans la même page ïlermarque, Epicure, et Fépicuréiste Métrodore (i).
Parmi les témoignages ([ui parlent d'Hermarque, le testament d'J^^picure nous a été conservé dans son intégrité, quoifpu; avec la faute dans le nom, par Diogène Laerce (^>). Nous traduirons littéralement les passages les plus intéressants de ce curieux fragment d'antiquité.
c( A condition qu'ils (/^3' hcriticrs) remettront le
jardin et toutes ses dépendances à Hermarchos (^noiis rétablissons l'orthographe) , fils d'Agémarchos , de Mitylène, à ceux qui s'appliqueront avec lui à la philosophie, et à ceux qu'Hermarclios laissera pour ses successeurs en philosophie, afin qu'ils s'y livrent à leurs exercices et à
l'étude de cette science Déplus, Amynomachos et Ti-
mocrate {héritiers) abandonneront la maison située à Mélite [quartier cï Athènes) (3) à Hermarchos et à ceux qui philosophent avec lui, pour l'habiter tant qu'Hermarclios vivra ils remettront tous nos livres à Hermarchos ils constitueront Hermarchos copropriétaire
de tous les revenus, afin que tout se fasse par le conseil de celui qui a vieilli avec nous dans l'étude de la philo-
(1) Colonne XXI, vers 22, 23, 2-4, (2) Dioj,^ Laort., X, 16, 22.
et col. XXTL (3) Cic, ad Att., Y, 19.
DEUXIÈ3IE SERIE. 29
Sophie , et que nous laissons , après nous , comme chef de tous ceux qui philosophent avec nous. »
Il est à remarquer que c'est (hi jardin dont il est ici question que vint l'expression, les Jardins (IMpiciire, employée pour désigner l'école et les doctrines de ce philosophe, comme le Portique pour le stoïcisme, l'Académie pour le platonisme, le Lycée pour l'aristotélisme.
Laerce ajoute plus loin (i) : « Il naquit d'un père pauvre, et s'appliqua d'abord à l'art oratoire. Il a laissé des ouvrages très-remarcpi.ibles : vingt-deux lettres sur Kmpédocle, et un traité sur les études, dans lequel il parle de Platon et d'Aristote. 11 mourut d'une attacpie de paralysie dans un âge très-avancé.
Cicéron rapporte ('2) une lettre qu'Épicure écrivit de son lit de mort à llermarque : après lui avoir décrit sa maladie, il lui recommande les lîls de ^létrodore, et il s'exprime à ce sujet d'une manière bien propre à caractériser la constante amitié qui liait les deux philosophes l'un à l'autre : Ut dignum est tua crga luc et erga philosophlani 'voluntate , ah adolescentla suscepta. « Ainsi qu'il est digne de ton attachement à la pliilosophie et à ma personne, double lien formé dès ton adolescence. »
Ce n'était pas, dit Sénèqne , l'école d Kpicnre, mais la vie commune avec lui, qui faisait des grands hoiuiiics.
(1) Vil, 14 et lo. (2) De l'inib., II, 30.
Metrodoriun et Ilermarchuni et Polyœnuni inagnos viros non scJiola Eplcuri, sed eontiihernium fecit (i).
Le l)iiste ([iii est représenté ici , de face et de profil, s'il n'a point le mérite d'être le prcmici' (|ni offre les véritables traits d'K|)ieiire, a du moins eeliii de confirmer, et par l'inscription (jn'il porte, et par nne identité parfaite, la ressemblance dn mai hrc du (^apitoie, le senl qni eût conservé (pielqne autorité, parmi tons ceux que les antiquaires avaient longtemps rapportés au philosophe de Gargette.
Cet hei'mès, trouvé à Rome en \']\'i avec celui de Métrodore, est représenté dans le Musée capitolin (2) ; et le savant chargé de diriger cette pul)lication (')) a comparé ce buste, tant avec lui autre marbre du Capitole qui portait le nom du philosophe, ajouté dans les temps modernes, qu'avec deux îuitres marl)res sans nom , avec celui de Pouzzoles ])ul)lié par Gassendi et rapporté par Gronovius ( j), et enfin avec la médaille donnée par Haym (5). Cette discussion approfondie a mis désormais hors de doute i\v\\\ points : à savoir, (pie tons ces derniers monuments sont apocryphes , mal dénonunés, et que l'Hermès
(1) Epist., VI. (i] Anl.gr., tom. H, n. 90.
(2)Tom. I, tav. •;. (0) Thés. Bril., tom. II, p. 62.
(3) Tom. T, tav. Il, p. li.
V')^^tT^t.
5^3FS(3W5^I1
DEUXIÈME SÉRIE. Si
de 17 4^, et par conséquent notre J)uste, otTrent seuls le véritable portrait crEpieure.
IjH ressemblance complète du deiixicmc l)i()ir/.(' de notre planche avec le premier nous autorise à donner éj^alement celui-là comme le portrait du philosophe de Gargette. Connue nous le disions tout à riieuie, les images de ce grand honnne devaient être très-uond)reuses en Italie, son école étant la plus célèbre de toutes et ayant duré plus longtemps qu'aucune autre. En effet, Laerce (i)cite comme témoignages en faveur d'Épicure, et les images de bronze que sa patrie lui avait décernées, et le nombre incroyable de ses amis, et la stabilité de son école, qui, à présent, ajoute-t-il, ([uaïul toutes les autres sont dissoutes, se continue sans intcrriijition par ses disciples. Or Laerce vécut, selon îlumann (9.) et Brucker (')), jusqu'au temps de (lalien. Cicéron et Pline (4) rapportent que les images d'Epicure se trouvaient partout, sur les tables, les coupes, les amicaux, les lits même, etc. Sa célébrité était telle, ([u'on Jie l'appelait que le Philosophe; et ses disciples eux-mêmes étaient désignés par le même titre (5). Enliii, il est a remarquer que la durée de la secte épicurienne s'explicjue facilement par l'union intime des disciples entre eux, et leur profonde vénération pour la mémoire (hi maître (G).
(1) Diog. Laert., X, 0. XXXV, 2.
(2) Act.phiL, vol. I, p. 337. (o) Alfen., 7(), de Jud.
(3) Hist. ijfiiL, tom. H, p. &2i. (6) Senec, £"/)., 33; Eusel).,P. L., (A) Cicer., de Fin., \, 3; ?Vm., XIV, 5.
I.a \\c (l'h'piciire est coiimic : nous nous l)()rii('rons à ("Il rappeler et l'eetifier ([iielques points principaux.
Épieure nacpiit à (xargette, village de l'.Attifpie, la troisième année de la kh)" olympiade, le 7 (i) ou le 10 de Gamélion [-2). Pline dit des épicuriens : Natali ejusvicesima lima sacrl/lcant, ferlas que omnl mense custodlunt^ quas Icadas vocant (3). Mais il paraît avoir confondu le jour de la naissance du philosophe, (pie ses disciples céléhraient tous les ans au mois de Gamélion, et le festin auquel ils se réunissaient le viniit de chaque mois, en mémoire de Métrodore et d'Épicure lui-même, comme celui-ci l'avait prescrit dans son testament (4). H mourut la seconde année de la 1 27^ olympiade, al âge de 72 ans (5). On voit dans ce philosophe un exemple frappant de la force des premières habitudes. Ayant été élevé dans la superstition la plus complète (à tel point ([ue, selon plusieurs conuiientateurs de Diogène T.aerce (G), il allait avec sa mère (^hérestrate conjurer les esprits qui infestaient certaines maisons), il i^ai'da toujours la plus profonde vénérationpour les divinités païennes (7); il écrivit inènie queUjues livres SU)- le culte (jui leur est dû (8); et ([uand il imai^ina des dieux fainéants, leur enlevant
(1) Diog. Laoït., X, 1 i. (G) Diog. Laert,, X, \; Rondel,
(2) M., X, i«. T7ef/7:p/cî//e, p. .i;Baylo,art.Zip^- (3) IMin., XXXV, 5, !2. cure, rem. i\.
(i) Diog. Laort., X, 18; Cic, de (7) Diod. Laert., X, 10; Gassendi,
Fin., 11,32. de Vit. et morib. Epie., IV, 3.
(5) Diog. Laert, X, 15; Gic, de (8) Gic, de N. D., ï, 41.
Fato, 0.
non-seulement la création, mais même la conservation de l'universet le pouvoii" de l'aire le bien (i), il i<M()iinil à cette théorie, uniquement parce qu'il ne croyait pas qu'il pùtconveniià la majestueuse béatitude de l'essence divine de s'abaisser et de s'agiter pour intervenir dans les affaires humaines et le gouvernement de la matière ; car l'ordre, ayant pu s'établir par le concours des atomes et les lois du mouvement, devait, selon lui, se maintenir de même (li). Il reste à examiner si Épicure pouvait concilier son système avec la liberté humaine, s'il a réellement méconnu la Providence, et si enfin cette négation n'est point contredite par l'invocation à \ énus qui se trouve dans Lucrèce. Du reste, il n'y a point de philosophe dont on ait dit plus de bien et plus de mal, et dont les sentiments sur toute chose aient été examinés de plus près. Le plus bel éloge d'Epicure et de ses disciples est du à Cicéron (3) : nous croyons terminer convenablement cette notice en le citant :
« Ac rnihi qiiideni quod et ipse [Epicurus) vir bonus fuit, et malti Epicurei fuerunt et Iioclie sii/it et in aniicitiis fidèles . et in omni vita constantes et graves , nec voluptate , sed officio consilio modérantes : hoc videtur major vis honestatis,et minor voluptatis. Ita enim vivant quidam, ut eorum vita refe liât ur oratio; atque ut cœteri existimantur dicere melius quamfacere, sic Jii mihi videntur facere melius quam dicere. »
{{) Senec, de Ben., IV, 4 et 19. Laert., X, 38. .
(2) Gic, de Fato, 10 et 1 1 ; Diog. (3) De Fin., II, 25,
2* Série. — Bronzes. ■'*
<c Épicurc liii-mrinc lut homme de bien, et l)eaucoup d'épiourieiis se sont montrés et se montrent encore fidèles dans leurs amitiés, graves et constants dans toute leur conduite, prenant enfin pour règle de leurs actions, non la volupté, mais le devoir : d'oii je conclus que l'honnêteté est un principe plus puissant rpie cette volupté même. Il y a en effet bien des hommes dont la vie réfute les discours : mais les autres disent mieux fjii'ils ne font; ceux-ci font mieux qu'ils ne disent. »
C'est encore un Epicure que représente ce petit buste trouvé dans les fouilles de Résina, en lySS : on le reconnaît à sa parfaite ressemblance avec les deux précédents. A. la vérité, il n'est point aussi bien conservé, et par suite quelques parties ont perdu quelque chose du sentiment qui les animait; néanmoins les chairs sont plus pleines que dans les deux autres, et Ton peut croire que ce portrait représente le philosophe de Gargette pris dans un âge moins avancé.
Gardons-nous cependant d'interpréter par cette particularité de notre buste le passage d'Apollinaire où, traçant le portrait des philosophes de l'antiquité, cet écrivain donne h Epicure la qualification de cute distenta, à la peau tendue (i). 11 est certain (pi'Épicure, dans sa
(l)Sidon. ApUin., IX, 9.
imONZES
2F-« Séné
1 Rovuz:^ oCffiC'
A.CLH.B.V.5.P. 91.103.105.
DEUXIÈME SKRIE. 3Ô
vieillesse, fut réduit à un tel état de faiblesse (ju il ne pouvait se lever de sou siège. On sait même que Métrodore, sou ami, a écrit uu li\re sur la luauvaisc santé d Epicure (i). Il souffrait d'un mal de vessie, dont il mourut; et au milieu des douleurs atroces i\w\ accompagnèrent ses derniers moments, il montra tant de constance et de fermeté, que Cicéron (ii) n'hésite pas à placer cette mort au-dessus de celles de Léonidas et d'Epaminondas. Il semble donc que l'expression de Sidonius fasse plutôt allusion aux penchants voluptueux ([ue l'on supposait à Epicure, préjugé bien démenti d'ailleurs par ses ennemis eux-mêmes (3). Sénèque nous fait connaître quelle était, dans les Jardins d'Epicure, la suprême volupté : aqiia et polenta et frustuni horde acei panis (|), de l'eau, de la bouillie et du pain d'orge !
Dans le deuxième buste, dont la tête est inclinée et ceinte d'un liandeau, on peut reconnaître ^létrodore, l'ami et le disciple d'Epicure. En effet, ce bronze ressemljle beaucoup au marljre du Giipitole qui porte le nom de Métrodore (5), sauf que le nôtre a quelque chose de plus gracieux et de plus délicat dans l'attitude et dans les traits.
Métrodore , de Lampsaque (6) , appartenait à une fa-
(l)Diog.Laert.,X,7, 15,2-2ot2i- VI, :] ; Baylc, not. H, I et N;
(2) Gic, de Fin. II, 30. Biuckor, toni. I, p. 1200, § 0 «n
{3)Gic. ,Quœst.iusc. ,\;P\nt. ,adv. suiv.
Col. (3) Mus. Capitol., tom. I, tav. V.
(i) Senec, Ep. 18, 21; Stob., (C) Strab., XHl, iS'J; Gic, Tusc.
Serm., GXYII, p. G8'i; Gassendi, quxst., V. p. 2iO.
inilk' clistini:;ii(.'c, car il maria sa sœur Bâtis avec Iclomcnée, personnage fort important dans l'État (i). Il fut intimement lié avec la courtisane Léontium, femme trèsinstruite et disciple d'Epicure, qui écrivit contre Théophraste un ouvrage remarquable (p.). jMétrodore, d'après Laerce(3), fut un homme de bien, dans toute l'étendue de ce mot ; il ne se courba point sous le vent de l'adversité ni en face de la mort. Comme il mourut sept ans avant son maître, dont il ne s'était point séparé depuis le jour oîi il l'avait connu, le principal soin d'Epicure, au moment d'aller rejoindre son disciple chéri, fut de recommander à Idoménée et à Hermarque les fils de Métrodore, dont un portait le nom d'Epicure : il enjoignit aux membres de la secte de céléljrer la mémoire de rélève, conjointement avec celle du maître. Ce fut îi l'âge de cinquante-quatre ans que Métrodore mourut d'hydropisie, maladie qui avait dû altérer et grossir ses traits : d'où l'on pourrait conclure que le marbre du Capitole le représente atteint déjà de ce mal, tandis que notre bronze se rapporte à une époque où son beau visage resplendissait encore de jeunesse et de santé.
(1) Diog. Lanrt.,X, 23et26. phi/os., sogm. G9 et 70; Gas-
(2) Plin., Hist. nat., in prapfat.; sondi, de V/ta et morib. Epic.,'i, 5 Cic, de ISat. deor., I, p. 24; Athen., etG;Baylc, art. Leonlhim.
XIII, p. 393 et565; Ménag., Bist. (3) Diog. Laert., X, 22.
mulicr.
BRONZK.S.
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Le premier de ces deux bronzes, trouvé à Résina, le 18 avril ijjc), ressemble à quelques prétendues images de Platon : il en a surtout la chevelure et la barbe ; mais il diffère grandement des portraits authentiques de ce philosophe, de ceux qui portent le nom du père de l'Académie (i). Déplus, on y cherche en vain les traits caractéristiques signalés par les écrivains de l'antiquité : la largeur du front et de la poitrine; car ce fut pour cette raison que le disciple de Socrate, appelé d'abord Aristoclès, reçut le nom de Platon, dérivé de TrXaTuç (-à).
Au contraire, la courbure du derrière de la tête, qui est fortement prononcée dans notre bronze, donnerait lieu de soupçonner qu'il représente le philosophe Speusippe. En effet, Speusippe, curva ceivice Ç^), fils de Potone, sœur de Platon, et successeur de ce philosophe comme chef de l'Académie, fut attacjué de paralysie et mourut dans un âge très-avancé ( j) : il était d'un caractère austère et colérique (")). C'estàun send)lable naturel que conviennent les traits un peu rudes de notre buste, bien plus qu'au disciple de Socrate, (pii, grave et sérieux,
(1) Bellori, P. I, n. 28 et 27 ; Gro- o9 ; Olympiodor, Vila Platonis. no\., Ant. gr., tom. IF, n. 83 ; Spon, (3) Sidon. Apoll., IX, 0.
Mise. gr. ant., p. liO; Patin , Ant. (4.) Diog. Laert., IV, 3.
gr., tom. IX, p. 1589. (5) Suidas; Hesychius in v. ^-j-
(2)Dioir.Laert.,III,4;Sen.,£);/s^ êwxaç.
était néanmoins le plus doux et le plus paisible des honi
mes, 'j-èp -avTaçToùç yXkoDç -/î-uoTaTOç (l).
Ce serait de jnèiiie une faible et incertaine conjecture qui porterait à voir dans le second buste de cette planche Architas de Tarente. Les seuls indices sur lesquels on pourrait s'appuyer seraient l'espèce de turban particulier aux Tarentins (i>.), que l'on trouve également dans les portraits authentiques de ce pythagoricien, et une ressemblance avec ces portraits, sinon complète, du moins bien prononcée dans ([uel((nes parties (3). Un physiologiste remarquerait aussi la proéminence de la sommité de l'arcade superciliaire, ([ui révèle ordinairement le génie mathématique.
Architas fut le contemporain, l'ami (4) et peut-être le maître et le protecteur (5) de Platon. Parmi ses découvertes mathématiques on cite la duplication du cube, la section cylindrique et la table dite de Pythagore (6). Non moins habile mécanicien qu'excellent géomètre, il construisit, dit-on, une colombe de bois qui s'élevait dans les airs (7). A ces talents il joignait encore ceux du politique et du grand capitaine; et longtemps il commanda les armées sans essuyer une seule défaite (8).
(1) Constant, cité par Ménage dans (5) Tzetz, Xf, SGi.
son Commentaire sur Laerce , IV, r. (6) Vitruv., IX, 3; Boët., Geom.,
(2)Nicostral. citéparSuidas, s.v. I, p. 15IG.
TapavTivioiov. (7) Aul. dell., Noct. ait., X, 1:2.
(3) Fabri, n. ^7; Bellori , P. I, (8) Aristoxène, cité parLaert.,
n. 4 ; Gronov., Ant. gr. II, i9; VIII, 8'2;.Elian., F. //., VIII, ii;
Mus. Capitol., toni. I, tav. 88. Strab., VI, î>80; Plutarch., de Lib.
(-4) Diog. Laert., VIII., 79. educ, tom. II, pag. 8 et 10.
'Z-''^'' s en
deuxiè:me série. 89
Enfin, cet ensemble était couronné j)ai' tontes les \ crins de riiomme privé. Tant de (nmlilés rc'iniics ('taiciit destinées à périr clans un naufrage: et cette niorl a inspiré à Horace inie de ses odes les pins toncliantes :
Te maris et terrée numeroque carentis arena^ Mensorein
« Toi qui mesuras l'Océan et la terre , et les grains innombrables du « sable des rivages (1) ! »
Si l'on ne veut point considérer ce bnste comme tout à fait inconnu, on peut le rapporter à Heraclite. Il offre en effet quelque ressemblance avec certains monuments dans lesquels on croit, sans preuves authentiques, trouver des portraits de ce philosophe (li). Ajoutons que cette physionomie rude et austère répond assez bien aux habitudes et à la manière de penser d'iui homme plus misanthrope que philosophe; comme Bellérophon ,
"Ov ôujxov xa-Éûtov, Ttarov àvOpwTcojv àÀîsi'vwv (3),
Rongeant son cœur, fuyant les traces des humains ;
orgueilleux, se flattant de tout savoir et d'avoir tout
(j) Carm., lib. I, od. 28. Tkes. Br., tom. I, p, 113.
(2) Maffoi . n. 5o et 56 ; Beger., (3) Homer., IL, C, 202.
appris pai" lui-iiirint' : (léj)()saiit avec pompe dans le temple de Diane nii li\ rc (pii , pour tonte nonveauté, tendait à t'tal)]ir qne le inonde tut produit par le fen, et se servant enfin d'un style rnde et bonrsonflé comme sa pensée (i), d'nn style (]ui a fait dire, clams ob obscur am liiiQuam (:>.)! C'est vraiment bien à tort qn'on s'est imaginé qu'nn pareil honnne avait perdn la vue à force de plenrer sur les vices et les folies humaines : celui qui n'accorde point \\\\ sourire aux joies de ses semblables n'a guère de larmes pour leurs maux.
Heraclite, fds de Blison, était d Eplièse : il florissait vers la (Jq'' olympiade, et il mourut d'Iiydropisie, dans sa soixantième année (3) .
Le deuxième buste ayant été trouvé dans les fouilles de Résina, au même lieu que le précédent, et posé en liermès sur inie base de marbre toute pareille, on doit supposer qu'ils se servaient mutuellement de pendant. Si donc le premier buste est un Heraclite, celui-ci est un Démocrite, selon toute probabilité. Son air riant rend bien le contraste inventé par Lucien parce (pi'il prêtait au ridicule, répété par Juvénai parce qu'il est poétique, et admis enfin par tous les artistes, qui représentaient Heraclite les yeux éteints par les larmes, Démocrite la bouche ouverte pour sourire : HcracUtum fletu oculis clausis, Dcmocritum risii l abris apertis. Cette opinion
(1) Clément. Alex., Slrom., Y, (2)Lucret., I, GiO.
571 ; Strab., XIV, p. 642 ; Gic., de (3) Diog. Laert., IX , i.
Fin., 11 ; Seuec, Epis t. 12.
est crailleius plus vraie en ce qui concerne le dciixiènie personnage que pour le premier. Démocrite riait des faiblesses et des folies de notre espèce, en lioimnc (|iii est vraiment au-dessus d'elles (i). Les Abdéiilaiiis , ses compatriotes, le prirent pour un fou (;^), (|ii()i(|irils l'aimassent beaucoup et qu'ils lui eussent même élevé une statue.
Si pourtant on trouvait ce buste trop jeune , vu c jue les anciens prenaient en général l'image d'un homme illustre à l'époque la plus avancée de sa vie, et (pie Démocrite , ayant voyagé jusqu'à l'âge de quatre-vingts ans (3), n'est mort que dans sa cent neuvième année (4), les probabilités pourraient se reporter sur Aristippe. En effet, il existe quelque ressemblance entre cette tête et d'autres antiques qui portent le nom du fondateur de la secte cyrénaique. Cette physionomie gaie et paisible convient bien à ce disciple de Socrate qui savait s'accommoder aux temps, aux lieux et aux personnes (5) :
Omnis Aristippum decuit color et status et res . Tentantem majora, fere prœsentibus œquum (G).
Ces traits sont vraiment ceux du philosophe cpii regardait les biens de ce monde comme ses esclaves et non point comme ses maîtres :
Et mihi res, non nie rébus subjungere conor (7).
(1) Diog. Laert., XI, 3i-i9. (o)Diog. Laert., II, (m, (Ml
(2).Elian., Var. hisf., IV, 20. (6)Horat., Episl., \, 17, -2.].
(3) Clément. A\ex.,Stroin.,\, 30i. (7) Id., Epist., l, i, IH.
(4) Diog. Laert., IX, 43.
2^ Série. — Bronzes. €
PLANCHE n.
Ou peut affirmer avec plus de prohabilité que ce buste de vieillard, trouvé à Résina en 1764, est celui de Sénèque; càv il ressemble beaucoup à un grand nombre d'antiques que l'on assigne à cet illustre philosophe. Il faut nécinmoins que l'on s'en rapporte toujours à la bonne foi d'autrui. Nous ne parlerons pas du marbre du marquis de Carpio , qui rappelle plutôt un jeune et robuste portefaix que le vieux, débile et difforme précepteur de Néron; mais le marbre même illustré par Fabri n'a d'autre titre que l'autorité de cet antic[uaire , lequel assure avoir vu autrefois , en la possession du cardinal Maffei, une médaille contorniate qui ressemblait tout à fait à son marbre et qui portait le nom de Sénèque.
Nous ne pouvons que renvoyer aux auteurs classiques pour les détails de la vie de ce philosophe , dont les talents et la vertu sont vivement contestés (i). Tout le monde sait qu'il naquit à Cordoue, vers la fin du règne d'Auguste, qu'il vécut soixante-quatre ans, et que prol)ablement il aurait vécu beaucoup plus si son impérial disciple ne lui avaitordonné de mourir(c'était l'expression reçue !) : ordre qu'il accomplit en se faisant ouvrir les veines dans
(1) Brucker, tom. ïï, p. 455 ; Fa- XTI, 2 ; Suotoii. , Cal/f/. , 53 ; Tacit., bric, BM. lat. I, 0; Aul. Gell., Ann., XIII, H.
Jlia^iAc^-^
un bain chaud. Tout le monde sait aussi que ccl austère stoïcien possédaitune fortune colossale, d'iuiiiicnscs j)ropriétés, de magnifiques jardins et des meubles d'un prix inestimable.
Le buste de femme, trouvé à Résina en 1708, ne peut être que celui de la fameuse Sapho. On compte un grand nombre de têtes antiques considérées comme les images de cette femme parée de la double auréole de l'infortune et du génie ; quelques-unes de ces têtes portent même son nom , et toutes se rapprochent de notre bronze, soit par l'arrangement des cheveux que serrent et relèvent deux bandelettes , soit par les traits mêmes du Aisage , qui partout se rapportent à ce que nous en ont transmis les écrivains de l'antiquité.
Sapho (2a-ow, Sappho) naquit à Aïytilène (1) ou à Erésos (2), villes de l'île de Lesbos; à moins que l'on ne distingue deux Saphos, la Mytilénienne et l'Erésienne, l'une poëte, l'autre courtisane et amante de Phaon (3). Elle florissait vers la ^^^'^ olympiade (4) ou vers la 44^ (5). Selon les autorités les plus graves (6), son père se nommait Scamandronyme : peut-être néanmoins portait-il un des huit autres noms entre lesquels Suidas a hésité. Jeune encore, elle resta veuve d'un homme assez riche, qui lui laissa une fille appelée Clidè. Si l'on s'en rapporte
(1) Hérodot., II, 135; yElian., (-4) Suid., /oc. c/7. Var, hist., XII, 19. (5) Eusèbe, Chron.
(2) Suid., mlaTT^w. (6) Voy. note 1.
(5)Athen., Xlli, 7, p. 59G.
à Stobée, qui l'appelle yepaixépa, vieille (i), elle parvint à lin âge assez avaneé; néanmoins, des aiitenis plus modernes (-2) la font mourir à l'âge de 35 ans après avoir été l'amie d'Anacréon, qui lui survécut longtemps. L'espace nous manquerait pour répéter ce que les classiques nous ont transmis sur les travaux de cette femme célèbre (3) , ses amours , ses amitiés , peut-être bassement calomniées (4), sa violente passion pour Pliaon, et le terrible remède quClle osa chercher dans les flots de Leucade (5).
Les critiques n'ont pu s'entendre pour accorder ou refuser à Sapho le don de la beauté. Il nous semble cependant que les écrivains les plus anciens, les plus rapprochés de son époque ou de son pays , n'hésitent point à l'appeler la belle Sapho, -n y.aVr, lairçto (6). Les autres viennent, un peu tard (7), interpréter cette épithète dans un sens tout moral, et soutenir que, quant au physique, la Lesbienne était petite de taille et brune de peau, P'/cpà y.yX [j-eXaiva. Ovide, dans l'épître que l'on croit calquée sur les vers mêmes de l'héroïne (8)', lui fait dire, entre autres choses également humbles :
(1) Stob., Serm., LXIX. Bibl. (jr., toni. I, p. 59.
(2)Barn., Vied'Anacréoii., §27. (6) Plat., Phœclr., p. 3i0, B. ;
(3) n?ii., AnthoL, \, 67, 13; Athen., XÏII, 7, p. oOO; Plularch., Long.,rf(2 5wW.,dO;Anstot., /?/ie^, Amat., toni. II, p. 763; Imper. 23; Strab., XIII, 017; Plutarch., Julian., Epist. ad Ccdijp. Aniat., tom. II, 072. (7) Maxim. Tyr., Dissert. VIII.
(4) Lucian., Dial. mer., V. (8)0vid., Epist., XV. 31, 33, 35. (0) Bayle, art. .SV//;/io; Fabric,
Si niilii difficilisformam natura nPf,Mvit... « Si la nature avare m'a refusé la beauté... »
Mais n'est-ce point là 1111 de ces propos dictés par la modestie ou la défiance de soi-même, que le lecteur doit se garder de prendre à la lettre ? Celle qui fut aimée dAlcée (i), d'Anacréon, dWrcliiloque et d'Hipponax (a), pouvait-elle être entièrement dépourvue de charmes? Sans doute, et ceci conciliera toutes les opinions, s'il est vrai que les traits de Sapho aient manf[ué de régularité ou de finesse, et son teint de blanclieiir ou d'éclat, du moins , quand ses yeux s'éclairaient du feu sacré, quand le génie transfigurait tout son être, comme toutes les femmes inspirées, elle était belle alors. Dans ces inoiiients, elle réalisait l'idéal du poëte (pii dit eu |)arlaut d'une de ses images (3) :
« C'est à la fois une Muse et Cypris. »
Notre bronze la représente sous un aspect moins brillant, dans un de ces tenq^s de repos, les seuls peutêtre que la sculpture puisse rendre : c'est une figure douce et sérieuse, mais capable d'exprimer au besoin tout ce que la passion a de })lus grand et de ])lus vif. Nous avons peut-être là une copie de ce })récieuN: bion/.e de Silanion, tamperjectiiin, tam elegans, tam élaborât uni
(l)Aristot., Wiet., I, 9. par Athénée, XIII,.T, p. .V.»î>.
(2) Hermésianax et Diphyle cités {"S) AnthoL, IV, -21, I'.».
opus (i), (jiii a\ait été (iL'roJ)é par Verres, et qui portait une inscription grecque, prohablement la suivante (2) :
Ouvoaa fjieu ia7rt&oV togcov o' (JTrÉpEcyov àoiowv (-)yi)v£ttov, àvSpwv offaov ô Maiovi'or^ç.
M JMon nom est Sapho : j'ai surpassé les chants des femmes autant qu'llo- « mère le Méonide a surpassé ceux des honmies. »
Après les philosophes et les poètes, nous arrivons aux bustes des grands capitaines. I^e premier de cette planche représente , de l'avis de tout le monde , un Scipion : car il ressend^le parfaitement à une tête de marbre noir qui fut trouvée à Liternum. , aujourd'hui Patria (3) ; et l'on s'accorde à reconnaître dans cette tête un des membres de l'illustre famille des Scipions. Mais lequel.^ Les conjectures se sont portées sur trois grands hommes de ce nom.
Sera-ce d'abord Publius Cornélius Scipion , surnommé le premier Africain, le plus grand des Romains, dit Eutrope (4), tant parmi ses contemporains , que parmi ceux des âges suivants? A l'Age de dix-sept ans, il sauva la vie deson pèrePid:)]ius; aAingt-quatie ans, il subjugua l'Espagne et vengea la mort de son père et de son oncle
(1) Cic., in Verr., IV, ^7. (3) Fabri, n. 49.
(2) Inscr. Donian., YIH, 01. (i) Hist. rom., lïl, 15.
Xd'HV 3 t' ÛY lii'i, ]/,5 lii?
(2^<^fyt(^ cV/y^/rYT ^ //^<-« . . — ?■- ^ '. <L ^ t///fi
• • deuxiè:\ie série. 47
Cnéius; à trente-quatre ans enfin, il avait déjà vaincu Annibal et rendu Carthage tributaire ; mais, dans sa vieillesse, se voyant cité devant les tribuns (bi pcnj)!*- pour rendre compte de son administration, lui (pii axaitdonné tant de preuves non-seulement de couraj^c, mais de modération et de probité, il refusa de se soumettre à nn jni^ement plus déshonorant pour Ptome que pour lui-même, et se retira dans sa villa de Liternum, oii il finit ses jours ( i ) . D'après cette coïncidence de lieu, Fabri conclut immédiatement que la tête de marbre noir appartient à ce premier Scipion. Il s'appuie en outre du passage de Tite- Live où cet auteur affirme qu'on voyait à Liternum un monument du premier Scipion sur lequel s'élevait sa statue, qui fut depuis renversée par une tempête (2). jMais Gronovius remarque judicieusement (3) qu'il y avait sans doute plus d'un monument sépulcral à Liternum, et que le monument même des Scipions devait être décoré de la statue de tous les membres de cette famille. Gronovius croit encore que le véritable poi trait de ce premier Scipion est celui que l'on voit sur le bouclier dargent (4) qni représente sa noble action à Tégard de l'épouse du Celtibère Allucius (5) : or ce portrait n'offre point la moindre ressemblance avec la tête dont j)arle Fabri.
(1) Aurel. Vict., illust., 4 Vir. 9; (2) Tit. Liv.. XXXVIII. a6.
ïit. Liv., XXVI, 20; XXX, 45; {'S) Ant.,(jr.. \[\.
XXXVIII, 53 ; Flor., II, G; l'olyb., (4) Spon.,.l//6C cruel. ant.,\). 15-2.
X, 804 et seqq. (5) ïit. Liv., XXVI, 49.
Seconde supposition : le monument publié par Fabri, et par conséquent notre l)uste lui-même, ne pourraientils pas se rapporter à Lucius Cornélius Scipion l'Asiatique, fi'ère ainéclu premier Africain (i)? En effet, Gronovius observe que les images citées par Fabri ont tous les traits de Gordien III, et que Gordien III lui-même rappelait d'une manière étonnante Scipion l'Asiatique (i). JMais il se présente une remarque que Fabri, par une méprise singulière, a crue tout à l'avantage de son système, et qui, l)ien au contraire, ruine de fond en comble son hypothèse et celle de Gronovius. Pline (3), cité par Fabri, dit, en parlant du second Africain et non de l'ancien : « Avant tous, le deuxième Africain adopta la coutume de se raser chaque jour. » Aidu-Gelle répète la même assertion (4). Il résulte de là ([ue ni le premier Africain ni l'Asiatique n'avaient abandonné l'usage de porter la barbe longue, et que la tête de marbre noir et notre buste, tous deux entièrement dépourvus de barbe, ne peuvent convenir ni à l'un ni à l'autre.
Enfin, troisième hypothèse, nous inclinons à croire que notre buste représente, au défaut des deux autres, ce même Publius Cornélius Scipion Emilien, dit le second Africain, dontil vient d'être question. Fils de Paul-Emile et adopté par le second fils du premier Africain, il se montra digne à la fois de ses ancêtres naturels et de ceux
(1) Tit. Liv., XXXVII, 158, et (3) Plin., VU, TiO. XXXVIII, :>\. (4) iSod, au., III, 4.
(2) Capitolin., in GonJian.
<|iie l'adoption lui a\ail doiim-s : il délriiisit (];irll),ii;r. C'est à lui f[ii'appartieiiiieiit sans doute les S(ij>i()ns à barbe rase. Tel est le cristal ^ra\é du musée Od<'Scalchi (i), attribué au premier Africain pai unr mauvaise interprétation du passage de Pline, cristal (|ui r('s>>end)le beaucoup à notre bronze. Tel est encore le mai bre de Fabri. Tel est enfin notre bronze, dont l'aspect s'accorde d'ailleurs avec l'âge decinquante-f[uatn' ans qu'atteij^nit le deuxième Africain (m).
Le second buste de cette planclie, trou^é dan-> les fouilles de Portici, ressemljle aux portraits de l.iuius Cornélius Sylla, que l'on voit sur les médailles et dans quelques monuments (3). 11 se rapporte d'ailleuis h ce qu'en dit Plutarque ( j) : « La couleur glauque de ses yeux (( lui donnait un regard farouche et pénible à soutenir; « mais ce ([ui rendait ce regard encore plus terrible, c'é- « tait son teint d'une rougeur âpre parsemée de blauc! : (( d'où l'on disait qu'il portait un nom analogue à la couce leur de sa peau ; et un bouffon athénic^u a\.iit fait sur lui « cette plaisanterie : Sylla est une mùn* saupoudrée de « farine. »
La première allusion au nom de S\ lia parait assez difficile à expliquer. Peut-érre Plutarque a-1-il en vno le
(1) Mus. Odescalch.,' lom.[], tav. Ant. r/r., lom. III; Morrlli, Famil., 24. Cornet., tah. i ; Mu^. Ronmn., \om.
(2) Vell. Paterc, H, i. I, sect. Il, tav. 50.
[:i] Thes.nnfann., lom A\,\).U\i^; (i) Pliitairli., loin. T, p. iTi.
Canin., n.G9;Fabri, n. '>0; <Ji'unov.,
2« Sén>. — Bronzes. 7
nom (le Ru fus (Roux ou llouge) ; car les S\ lia u'étaient qu'une branche de la famille des Rufus, et le nom de Sylla venait du décemvir Cornélius Jlnfiis, (|ui, ayant introduit des jeux, à llouu', d'après les li\i-es sibyllins (i), avait fait de sibylla, Sylla, et s'était appliqué ce surnom. Malgré la couleur de ses yeux et celle de son teint, Sylla était assez bien de sa persoiuie pour i\\\v la sœur d'Hortensius déclarât, en plein théâtre, la passion qu'elle avait conçue pour lui. Tl était embelli sans doute par cette vivacité d'intelligence et cette continuelle présence d'esprit qui le servirent si bien dans toutes ses entreprises (2), et (pii sont assez naturellement exprimées dans notre buste. Sylla s'illustra par sa cruauté non moins que par sa valeur, particulièrement dans la guerre sociale, dont Herculanum et Pompéi eurent beaucoup à souffrir, et à la suite de laquelle Stabia fut complètement détruite, le dernier jour d'avril de l'an de Rome 665 (3). Sans parler du sac d'Athènes, on sait qu'après avoir fait périr dans les guerres civiles de soixante à quatre-vingt mille citoyens romains (j), il en fit encore massacrer d'un seul coup, aux portes du sénat, sept mille qui s'étaient présentés à lui siq^pliants et désarmés. Les sénateurs s'étant alarmés des cris des victimes : « Expédions les affaires, dit-il, pères (i conscrits ; ce sont quelques séditieux cju'on met à mort (( par mes ordres (5). y>
(l)Sidon."Apollinar. (i) Eutrop., Y, 10; Florus, III,
(2) Sallust., Bell. Jugurt. 21 ; Orosius, V, 20.
(3) Plin., III, p. (5) Senec, de Clem., I, 12.
BRONZEE
H . V, Cl. F :33. 135. IGl 1G3
^ ly'/ f r/'/'/: I ■
Le bonheur de ce inuiislic Cul i('iii;ir(|ii;il)Ic par s;i contiuiiité. Créé dictateur après la iiioil du jciiiic Marins, on ne le nomma pins (pic riiciirciix S\lla; cl il mciita cette épithète, non-scidcmciit à cause de la léussitc constante de toutes ses cjitreprises, mais encore paice <pi<', seul peut-être de tons les tyrans, il put ahditpiei- ^on pouvoir et jouir du repos de la ^ic privée, après axoir fait tant de victimes et s'être créé tant d'cjniemis. Sa iiioit seule, qui fut causée par une affreuse maladie, la plitliiriase ouïe mal pédicnlaire, dément un peu le beau titre de l'heureux Sylla (i).
Les conjectures aux([nelles ce Ijuste peut donner lieu sont fondées sur une certaine ressemblance avec la tète du triumvir ^L Emilius Lépidus, représenté sur plusieurs médailles (2), et sur deux pierres gravées (3) . Tous ces portraits le montrent dans l'âge viril ; car, bien cpiil soit moit dans une vieillesse assez avancée, en Tan de Rome jjoCi), ce n'est point par les dernières années de sa vie (|ii il brille an rang des hommes remarquables. Préteur eu
(1) Q. Seren., V, 6ri; Plin., Vîl, I-cnn. .Em.. tah. ^2. 43; XI, 33; XXV, 13; Pausan., 1, (.!) Fahri, ii. :2; Maffoi, toni. I,
20; IX, 33; Plutarch. , toni. I, p. tah. •.». .474. Cil l>i«), I^IV, l.-i, -11; Su.'t., Oc-
{^)Niâ\\'A\\{,JSum.ant . fam.Hom., (av., 31. tom.I, Fam. .-Em., tah. U;Morelli.,
l'ail 70"), il déclara César dictateur (1), et en récompense il fut nonnné général de la cavalerie, gouverneur de Home, puis consul. Triumvir avec Antoine et Octave, il perdit de son crédit des 71 >,, et se trouva, en 718, dépouillé de toute influence ('à) : ilnVstdonc pas étonnant cpToii ait choisi, pour le représenter, la courte période de sa vie ])endant laquelle il fut ou parut quel([ue chose.
Il était fils, aux yeux de la loi du moins, d'un M. Emilius Lépidus, consul eu l'an de Rome G85 (li), et mort du chagrin que lui causa l'infidélité de sa femme (|),
Notre M. Émilius Lépidus, homme aussi plein de vanité (5) que dépourvu de mérite (()), eut cependant le bonheur d'être nommé deux fois consul et souverain pontife, de triompher sans avoir jamais combattu (7), de s'entendre louer et remercier par la bouche de Cicéron , et de voir ériger sa statue équestre près de la tribune aux harangues, sans avoir jamais rien fait pour mériter de pareils honneurs (8) : il se \ it enfin à la tétc de vingt légions, qu'il était incapable de commander, et se trouva non-seulement triumvir, mais placé comme arbitre entre ses deux collègues, et pouvant faire pencher la balance en faveur de l'un ou de l'autre. Dans une pa-
(1) Cct'sar, de Bell. (ialL, II, 21 . (5) Gic, Ep. ad Brut., 19.
(2) Dio, XLIII, 4, et XLIX, 12. (6) Vell. Paterc, II, 03.
(3) Vaillant, Num. ant. fam. (7) Dio, XLIII, 1 et 33, XLIV, Rom., tom. I, p. 36, n. 23. r)3, et XLVII, 16.
(-i) Plut., Pomp.Aom. ï, p. 927. (8) Gic, PhiL, Y, \:\, et XIÎI, 4.
DEUXIÈMK SÉRIE. 53
reille position, sa millitt' se inontia dans fout son jour: il se laissa d altoid dépouill» r dn coiiimandciiicnt par Antoine, qui était xcnii le trouverpres(pieen suppliant (i); et bientôt Octave, cpil était ('^aleiiient enfrc' seul et dé-sarmé dans son camp, le léduisit à demander la vie [-a). On put lui diie avec justice :
OCiX lôéXouaa Tu/r, se TTpor'Yayîv àXX' l'va oîî;/; 'iiç §Ti xai |i.£/pi POU TrâvTa Tcoisiv Suvaroti (3).
« La Fortuiif ne t'a point ('Itnt' par un de ses caprices ordinaires, mais « pour montrer qu'elle fait ce qu'elle veut, même d'un homme tel que toi. »
Il existe une grande ressenil)lance entre le second buste de cette planche et la fii»ure de Gains Cicsai- Octaxiaiins Augustus, connue par le buste du (^apitoie (4), et par le portrait que Suétone a tracé de cet empereur (")).
Octave, fils de Gains Octaviusetd' \ttia, fille de M. Altius Ralbusetde Julia, la sœur de G. .Iulius Gésar (()), naquit à Rome sous le consulat de ^I. Tullius Gicéron et de G. Antonius, le 9.3 août (7) ou le '23 septendjre (8) de lan dellonieGç)!, bien (juil ait fait graver sur ses monnaies le signe du Gapricorne connue le point de départ de son horoscope (9). Dans son enfance on l'appelait I nrinus;
(i) Plut., Anfon., tom. T, p. 023. (8) Sueton., Oclav., ">.
(2) Vell. Paterc, II, 80. (9) Suelon., Oclav., 9i; Scaliger,
(3) AnthoL, I, 80, 10. ad JJanil., H, -107. p. 117, et de {A) M^ts. Capitol., tom. H, tav. 2. Em. teuip., V, p. ili; Petav., de (0) Sueton., Oclav., 79. Doclr. temp., X,7.i; Kuben.. Zfx/j/.
(6) Sueton., Oc^av., 4. rjonm. Ay(j.,c[ de Die nat. Au(j.,
(7) Aul. Cell., XV, 7 ; Dio, LVl, A. R., tom. XI, p. !3i3 et 1378. p. r>90.
ayant été adopté par son oncle, il prit le nom de C. C;i'sar Octavianus (i), hieii cjn'il soit plus coiiini sous celui d'Octave (a) ; et enliu, étant maître de l'empire, le surnom d'Aui^uste lui fut donné par le sénat ('^). 11 monrut à Atella (4) (aujourd'hui S. Klpidio), ou, selon la plupart des historiens, à JNola (")), a<^é de soixante-quinze ans dix mois et vingt-six jours, le 'jaj août de l'an de Home yGC) (G), (juinajite-cpiatre ans api es la victoire d'Actium, et ciu(piante-six ans a|)rès son éUhation au consulat (;).
Ce qui ajoute à l'inq^ortance de ce buste d'Octave, c'est le nom de l'artiste, lévélé par l'inscription : AnOx\An- NI02 APXIOY A0HNA1O2 EnOH2E, Apollonius ArcJilœ filins Atheniensis fccit. On ne connaît dans l'histoire de l'art f[ue deux sculpteurs de ce nom, l'un Rhodien (8), l'autre Lesbien, fds de Nestor (()). Il y a encore un graveur sur pierres (lo), qui pourrait l)ien avoir été en même temps sculpteur, vu que Phidias, Bœtus, Protogène, Lysippe (i j), et peut-être même Micon, Pamphile, Polyclète et Sostrate (i 2) , ont excellé dans les deux arts à la fois. Comme on ne connaît ni le père, ni la patrie du
(1) Aurel. Vict., Yir. illuslr., 111, (7) Suet., Eutrop. et Dio, //. ce.
70; Eutrop., VII, 1 ; Pœan., VII, i; (8) Plin., XXVI, 3.
Dio, XLVI, p. ;>2. (9)iMatfoi,/^/cc..s;«/.,tav.9;Mpr-
(2)Su('ton.; Patorcul.; Floms. cat., MetalL Vatic, p. 27; Spon.,
(3)Suptoii., Octav., 7. Mise. er.anf., p. ['iî>;Gr\itei\,XLll,
(4) Eus(>I)./;/^ro/i.,MiMXXIX;Eu- 1 1 .
trop.. Vil, 8. (10) Stosch. Pier. (jrav., pi. 12.
(3) Scaliger, ad Eiiseb. (11) Plin.
(0) Suoton., Octav., 100. (12) Stosch., loc. citât.
DEUXIÉ^IE SÉRIE. 55
graveur Apollonius ((|iril ne limt pas confoiidiv avec le graveur Apolloui(le), ou peut croire (pic c'est lui l'Athénien, fils d'Archias, à (|ni Ton doil le l)iisle d Octave; et il faudrait l'ajouter, à ce titi-c, à la liste des sculpteurs anciens.
Les grammairiens remarqueront !<• mot l'Ain\{lE,/ecit, aoriste de tjosw, au lieu d'èTroiviCc, venant de rioui(|ue TO'ico. Ce verbe Twosw, qui appartient à Téolien ou au dorique, et dont on trouve dans Tliéocrite le participe TTowv (i), était aussi usité dans le dialecte attique , car on rencontre dans Aristophane tooj (2). Une autre forme se trouve dans ranti([ue inscription de Sigée : KAI 3IK nOEl^EN HAl20n02 KAI IIAAEA<î)OI , et mefecit JEsopus et fratres (observe/ Véta, H, servant d'esprit doux). Du reste, ([uoique rim])arFait se rencontre plus fréquemment, l'aoriste était un temps usité dans de pareilles inscriptions; Pline a émis une assertion trop peu réfléchie, quand il a dit ([u'on ne trouverait, dans tous les monuments de son épo([ne, (juc trois e\enq:)les du second emploi (']) ; c'est un point (iel!niti\eMient éclairci , après de longues controverses.
On observera encore que, dans l'inscription dn buste, la forme des trois lettres 0, 1^ K, n'est pas d accord avec l'usage de l'Italie au temps d'Auguste ; et l'on en pourra conclure, sinon f[ue le buste fut fait en (iirce on dans
(1) khjll. , X, :}8. Ccfit. , Y, 82 ; Apothéose iV Homère ;
(2) Equil., 2 40. C.ipacc, I/isf. [Seap., U, \H.
(3) Plin., XXXY, i et 1 1 ; Zenob.,
l'Orient , contrées ou s'étaient maintenus les caractères de cette forme (i), du moins qu'il appartient à la jeunesse (lu premier empereur de Rome.
PLANCHK 15.
Le premier buste de cette planche fut tronvé, avec le dernier de la planche précédente, dans les fouilles de Portici, en ijV^ : ces denx figures se rattachent encore Tune à l'antre par c('la([n\'llcs sont placées sur leur base d'nne manière pareille, ayant toutes deux, à la place des épaides, ces espèces d'anses que l'on voit surtout aux hermès et qui servaient peut-être à fixer des barrières devant les portes aux deux côtés desquelles se plaçaient de semblables bustes (2).
Si dans l'autre bronze on a reconnu Octave , on peut voir dans celui-ci son épouse Livie. En effet, les âges concordent assez exactement. Auguste avait vingt-cinq ans en l'an 71G de Rome (3), quand il força Tibérius Néronàlui céder LiviaDrusilla, déjà mèredepuis trois ans de Tibère, qui fut depuis enq^ereur, et alors enceinte de Drusus (4); et Livie, qui mourut sons le consulat des deux Geminus , en l'an de Rome 782 (")) , à l'âge de 8-2 (())
(1) Momim. Ancijr.; Montfaucon, Plin., X, 5o; Dio, XLVIII, 83; Sue- PaL, II, 0, p. 50. ton.,Oc(av.,&2,et Tiber.,'3;Tacii.,
(2) Mus. CapiloL, tom. l, p. i. Annal., \, 1.
(3) Dio, XLVIII, p. 377. (ri) Tacit., loc. cilnt. (i) Yell. Patorc, II, 9, 7r; cl Oi; (0) l»lin., XIV, S.
BROISZES .
(2)(g'3?^'W51 et JLiSWSS
on (le (S() ans ( I j , on avait j)ai' coiisc'fiiH'nl s«'i/.c on xini;! à l'épofjne de ce (Itnxicmc maiiaj^c
Ontron\(' (raillcnrs l)('anc<)n[) de ics^('iiil)lan('(' cntrr ce buste et les médailles de rinipéraliicc ij\ie (v), surtout quand on examine celle (jni porte pour léj^endc :,///lia Au^usta Aug. F. genctrLv orbis (3) , « Julia Au^nsta, fille d'Auguste, mère de l'univers » , noms c[ue prit IJ vie en vertu du testament(lerempereur(4). C'est par une errenr peu justifiable C)) que deseriti([uesontattribué la médaille dout il s'agita cette Julia, fille d'Angnste etdeScribonia, qui mourut de faim dans sou exil, en jOj (()) ; et il ne serait guère plus raisoiuiable de recoiuiaiti-e cette infbrtuuée dans notre buste; car les malheureux, célèbres uniquement par la [)r()scription (pi ils ont snbie, ne transmettent gnère lenis images à la postérité.
Le buste d'homme de cette planeiie serait des piii^ précieux et des pins rares, si I on pouvait alliiiner avec certitude (pi'il l'cprésente M. (^laudius Mareelhis, lil^ de C. Marcellusetd'Octaxie, sœur d'Auguste (7). Malhenrensemeut cette opinion n'est fondée que sur nne grande ressemblance avec certains mon muent s sur lest pi el s on ne lit
(1) Dio, LVIII, p. 6^21. iiistr. XII, sect. IV, § 7, p. -27'..
(2) Beger.,7'AAs./ira«r/.,toni.lll. ((>)Taci t.. .!«;?«/., I.:i;{;liin. L\ . p. 90; Pantin., tal). 11, n. 4; Vail- p. :..Vi.
lant, Num. col., toni. I, p. 77. (7) iMutaith., Anton., p. 0-2".» <>l
(3) Mezzabarba, p. r>:S. i)5o; Dio, XLI, p. I iX, et LUI.
(4) Supton , Octav., 102. p. 515; Sueton.,7"/6fr., C; V.-ll. l'a- (5)LaBastio, Notes sur la Science toir.. If, ".<.■{.
des médailles du P. Joberl, toni. II.
2* Série. — Bronzes. «
pas le nom de ce prince , mais oii l'on a ciii le reconnaître en vertu d'une certaine analoi^ie avec les traits de l'empereur son aïeul ( i ) . Cette expression mélancol icpie, ces traits amaigris, cette tête penchée , conviennent bien d'ailleurs au jeune infortuné qui iTa pn rompre ses destinées sévères, et dont le souvenir, conservé par quelques vers touchants (a) , appartient plus à la poésie qu'à l'histoire. Le pressentiment Tavait déjà flétri deux ans avant le coup mortel qui le frappa, non dans sa vingt-quatrième année, connue l'ont affirmé l)eaucoup de critiques (3), mais dans la vingtième seulement, ainsi (pi'il est démontré par ce vers de Projx'rce ( j) :
Occidit, et misère steterat vigesimus annus.
PANCHR 16.
On reconnaît dans cette première tète quelque ressemblance avec les traits, connus par plusieurs médailles (5), de Gains César, fds aîné de M. Agrippa et de Julie fille d'Auguste, jeune prince à qui l'empire était destiné , mais qui mourut prématurément, victime des hasards de la
(1) FabrijU. 87; liliis. Fior., t. 1, Fabri, Tristan, Glandorp, Mezzatav. 2,n. 5; Mus. CapiloL, tom. Il, barba, Serviez.
tav. i ; Spanheim, Diss. , XI, p. 3 1 0. (i) Eleg., III, 10, lo.
(2) Yirg., yEn., VI, 803 et seqq. (5) Thés. Brit., tom. II, p. 170 ;
(3) Servius, ad Mti., VI, 801 ; Fabri, App. illustr. iniag., E.
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^.d'H Y. 3. P 191 iy'5 1J7 199
DEUXIÈME SRRIE. 59
guerre, et peut-être de ramhitioii in('iirtrièredeLivie(i). Caïus César, peu reconiinau(laI)l(' d ailleurs j)ar les (jiialités du cœur et de l'esprit (v.) , ressemblait à sou père Agrippa (3), eircoustauee (pii peudanl bien longtemps empêcha Auguste d'ouvrir les \cii\ sur la couduitedesa fille (4).
Lucius, second fds d'Agrippa et frère de Caïus, est peut-être représeuté par l'autre buste, qui ofTre uue certaine aualogie avec le précédent, sous des traits évidemment plus jeunes , et qui surtout ressemble aux têtes gravées siu' les médailles (5). Lucius César, né en l'an de Rome 787, mourut à Marseille, en 755, inglorius (6) , suivant l'expression consacrée, sans avoir rien fait qni fût digne de mémoire.
PLANCHA 17.
Si l'on compare attentivement les traits de ce buste de femme et l'arrangement de la chevelure avec les têtes delà première Agrippine , épouse de Germanicus et sœur de Caïus et de Lucius (7), on sera tenté d'y voir aussi
(1) Tacit., ylw?/rt/., I, 3; Noris, fei,îoni.L tav.iript|l();.l/?/5,r/ore«/. Cenotaph. Pisan. Gem., toni. I, tav. lî, n. 8, 9 cl 10.
(2) Yell. Paterc, 101 ; Dio, LV, (G) Florus, IV, 1-2 ; Noris, Cenop. 551. iaph. Pis., dissert. H, 15.
(3) Mus. Capitol., tom. II, tav. 3. (7) Hayiu, tom. I, p. 1 tO ; Mus. (4)Macrob., Sat., II, 5. Capitol., tom. II, tav.jlO; Séguin, (5) Noris, p. 80, 9f> et 1G3; Maf- Sel num., p. 319.
(iO BRONZES.
un portrait de cette t'emnie vertueuse et iiifoitiniée. iNéanmoiiis, il existe éi^alement beaucoup de rapports entre ce i)roirze et les médailles de la seconde Agrippine, fille de la première, sfUMir de C.aligula, épouse de Claude et mère de Néron. I)'a])rès la ressemblance avec Cali{^ula, on pourrait eneoic reconnaître une des deux autres sœurs de cet empereur.
Quantan hnste (Thomme, c'est bien Caligula lui-même, on y reconnaît ses traits, transmis par j)lusieurs monuments, et décrits par les historiens de Tanticpiité (i).
PLANCIIK 18.
Nous reconnaissons dans <'e buste la première Bérénice, femme de Ptolémée Soter, premier roi (rEi>ypte de la famille des Lagides. On voit en effet la tête de cette reine, cpii ressemble exactement à celle-ci, et qui porte de même une coiffure en spirale [capilli calamistrati) , au revers d un grand nombre de médailles de Ptolémée Soter (>,). Cette Bérénice, dite la Grande, était fille de Lagus, et par conséquent sœur de son époux : elle fut la mère de Ptolémée 11, dit Philadelphe (3).
C'est d'après luie ressemblance tiop vague avec cer-
(1) SuPton., 6'a//^.,r>();Senec.,f/e du baron dp Uonchi.
Const., 18; de Ira, m, 18; Plin., (3) Atlien., XY, 12, p. G89; l»au-
XI, 37. san., I, 0;Tlioocnt., Idijll., XVII,
(2) llaym, tom. Il, p. 23 et 2i; 3i, et scoliast. Vaillant, ///.«;^ Vtolem.,\).^^V, Musée
DEUXIKMK SKIIIK. «I
tainsmominuMits (pic les ;ic;i(l(''niici('ns d I IciciiLimini <»iil vil ici l^toli'iiU'C (lil \|)i()M, (|iii l(''L;ti;i ;iii |m'ii|>I<' ruiii.iiii son l'ONaiiinc de (Ai't'iic. (les traits ne pciixcnl ii|)|).irt('tiir (ju'à une li'iiiine; et, hicn (inOn ait essayé (l"iiitcr|»i(t<T Apion, Àttuov, ('oiniiic iiii (liniiiiiil il' d" \|)is. il c-^t tout a fait certain qiiecesiiniom \ eut diic en i^icc, ■< maij^rc, sans i>raisse » : or il est impossible d imai;iiicr une ('|)illi<'t<' ({ni convienne moins au jx'isonnaj^e ivprésenté |)ai' iiotic bronze.
Quant an second ])nste de la même j)]aii<l)(', il ressemble jjeanconp anx têtes cpie l'on voit sur les médailles portant le nom de PtolénK'c ir(i), c'est-à-diic PtoIénK-c Pliiladelplie, fils de PtoK'iiiL'e Soter et de cette iiK-iiie Bi3rénice dont nous veuniis de parler. Ce piinee eommenca son rè^ue du \i\aut de son père. (|ui lui eeda la eonronne pour vivre en sim[)le j)articulier : il tut ini des souverains les plus l'iches, les plus ii,énéreu\ et je-^ j)lu^ amis (les lettres dont l'histoire ait conservé le souNcuir : il forma une l)ibliotliè([ue immense, et lit ti'.iduiic. dit-on. les livres saints des Hébreux en lani;ue i;ree(|ue. Le nom de Pliiladelphe lui lutdoinK', non à cause de sou amitié pour son frère, puis(|u'il le lit pt'rir par raison d l.lat . mais à cause de son amour pour sa secur \rsiuoe. dont d fit son épouse ('2).
(1) Beger, Thés. Pal., p. I iri; id. {-2) Vaillant, flisf. /'/o/.;.iiistiii. ,
Thss. Br., tom. I, p. -2(i-2; Prowp- X\\, li; Allicn., V., i\; TritiiU.,
tuaire des médailles des plus illtts- .l/>o/..iS;.Eliaii.,l «/•.///,'«/.. INM.'l. très personnes.
Cependant la eoiiroiiiie (jue Ton voit, dans les médailles, sur la tête de Ptoléniée Pliiladelplie, diffère de celle ([ne porte notre buste. La première est nu triple cercle de feuillage, autour duquel s'enlace le diadème. C'est là sans doute le GTS'pavo; éli/.To; ([ue portaient les Alexandrins (i) , et que le poète Cliérémon décrit en ces termes :
KiaffW TE, vapXt7!7(0 T£ ■CplÙd/.'X^ XUXÀO) 2T£'iâvO)V iXlXTtOV.
« J'arrondis (Ml triple cercle les couronnes de lierre et de narcisse. »
iMais l'autre diadème, d'une forme toute particulière, n'est qu'une petite tresse tordue et fort serrée , composée de laurier, avec des haies et des feuilles saillantes de distance en distance.
Cette différence donne lieu de concevoir quelques doutes ; et plusieurs critiques ont conclu que notre buste, portant l'espèce de couronne appelée stroppus (i^), crTpocpiov , ne pouvait se rapporter c[u'à \\\\ athlète vainqueur dans les jeux P\ tliiens. En effet , il existe un Milon de Crotone qui porte cette sorte d'ornement (3).
Il existe une certaine ressemblance entre ce buste et
(1) Athen., XV, G, G79. (3) Gronov., Ani. Gr., tom. Il,
{2} Festus, sul) verb. Stropims, n. 50. Plin.,XXXI, 1 et 2.
1 iP'w©iiLimmm>w, 2 m^m:if,ssK-^^
la tête de la reine Bérénice, femme de Ptolémée (sans doute Evergéte ou Ptolémée III) , qui se voit sur une médaille inédite et probablement unique dans le monde, de la collection du baion de Ronchi. Cette médaille a pour fiice une tête de fenune autour de laquelle on lit, BAci^.'.cSIIS BÊPÈNIKI12; sur le l'evers, on voit un aigle portant la foudre , symbole de la monarchie des Ijagides, le premier Ptolémée ayant été dans son enfance défencbi et nourri par un aigle (i), et autour, BA2IAEÛ2 mOAE- MAIOÏ. Dans le champ se trouvent les lettres Eï, qui peuvent indiquer Eïcpyr-oj, à moins que ce ne soit la syllabe initiale du nom de l 'artiste ou de la ville. Dans tous les cas, cette médaille doit appartenir à l'une des quatre Bérénice mentionnées dans l'histoire des Lagides : or, ce ne peut être à la première, femme de Philadelphe, dont les traits sont tout différents, ainsi qu'on l'a vu à la planche i8; ce n'est point non plus à la troisième, fille de Ptolémée IX, Lathurus, qui d'abord régna seule, puis qui fut tuée après 19 jours de mariage, par Ptolémée X, que les médailles désignent par le nom d'Alexandre (li) ; ce n'est point enfin à la quatrième, fille de Ptolémée XI, Aulétès, laquelle ne régna pas. Il reste donc luiiquement celle que nous indiquions d'abord. Si l'on admet que notre bronze la représente, aussi bien (jue la médaille , le premier monument accpierra ainsi le plus
(l)Suid.in AâXoç; Vaill., Hist. Pi., (2) yaillant, His(, PluL, p. IM.'J.
p. 24; Liebe, Go'h. mnn., p. 1-25.
j^iaiid |)i'i\ : on \ tioiiNcra le soiixciiir dimc' épouse dévouée, souveuir déjà consacré et <^ravé pour ainsi dire dans lescK'iiv. On sait en elïel (jiie, Bérénice ayant olfért sa clievelurc an\ dieux, dans le temple (FAisinoé, pour obtenir la conservation des jonis de son éponx, et cette elie\('lnre a\ant disparn , l'astronome Conon supposa (pj'elle avait été placée parmi les astres, et appela Chevelure de Bérénice une eonstellatioii formée de se])t étoiles en tiiani^le j)rès de la (piene du lion(i).
r.e hnste (riiomme de cette même planche a c[uelqnes-nns des traits de Ptolémée Phllométor, traits bien coninis par les médailles ([ul poitent le nom de ce monarqne(*>t). Fils de Ptolémée Épiphane , Ptolémée AI, dit Piiilométor, ocenpa le troue dèsraii;e de six ans, d'abord sous la réi»ence de sa mère Cléopatre, puis sous celle de deux tntenrs : il régna 'i\ ans; les historiens louent sa bonté, sa clémence, sa sagesse, sa valeur et aussi sa dextérité à la chasse (3), \ :.
PLANCHK -20.
Dans ce huste, trouvé à Poiticl an inéme endroit rpie le précédent, on peut reconnaîtie encore un roi de la
(i) Hygin., Astr. poef., II, 2i; et soqq.; Polyb., Leg., XXXVII.
Kratosthen., Cal., b2. \^. lITi; Excerp(.,\). 118"); Diod.,
(2) Vaillant, Hisf. PtoL, p. lO.Î. Lixc, p. oVU.
(3) Vaillant., HU. PloL, p. oDi
BP.ONZES.
pc-Tf @ ^a ïl S^ 31 3E ■:
DKUXIÈ.MK SKRIi:. 65
rare des T^a^ides. Il y a en effet qnel(|iie rapport entre cette tête et celle du huitième PtoléiiU'e , suinoiiinK' Soter fï; on, par dérision, Tjathurns, selon les uns, de >.a6ufo;, pois chiche (^i) , selon d'antres de a'/Oojoo;, trcsriolent (-a) ; on encore Plnlométor, par antiplnase, puisqu'il fut momentanément chassé du trône par sa mère Cléopàtre('3). Il était fils de Ptolémée Physeon ou Evergète ÏT.
Peut-être le frère de Ptolémée Lathnrns, le Ptolémée dit Alexandre, qui régna pendant Fexil de T.athurus, est-il le prince auquel appartient le deuxième buste de cette planche, trouvé dans le même lieu c[ue les deux précédents. Il y a dans les deux figures un certain aii" de famille : on v trouve la différence d'un âge convenable et la différence même de complexion ([ui est signalée par les historiens. Alexandre était en effet corpulent comme son père Physeon (4) , et Lathnrns était comparativement maigre. D'ailleurs, ce sont encore les traits des médailles d'Alexandre, et surtout ceux d'une gennne portant ces lettres, AAEEFIB, que l'on evplicpie, AAE;av- ^po'j Ell'.oavo'j; Baci>£(o; (")) , c'est-à-dire « du roi Alexandre Épiphane d.
(1) Plutarch., CoriboL, p. 218. (.i)Athpn.,XII, 1-2, .mO; Vaillant.
(2) Strab. ; Solin., cap., 30 ; San- loc. ci fat., p. \■2^.
maise, p. 877. (r))Caylus. lom. V, p. 149, i)l. 13,
(3) Vaillant, ms^ P/o/., p. 112, n. i. HO, 427; Pausan., I, 8.
2* Série. — Bronres. 9
\jVS tiaits (lu pi'CDiicr hiisic sont lotalcmciit iiicoiimis : la trtc seule esl aMli([iie, le eoii cl la ])()iti'ine ont été rajustés. Jl oFIre une parlieiilaiilc' reiiiai(nial)le : c'est cette coiffe de hioii/.e, lisse et sans aiieiin oiiiemeut , (jiii emboîte exaeteiiient la tête et les tempes, eu laissant les oi'eilles à (léeoiiNcrl. LeselK'fs ii,i'(M*s se servaient (le cette espèce (le eas(pie (piand ils allaient à la (l(M'onverte, afni (le mien\ dérohei- leur marche à l'ennemi : le cimier, la ciini(M'e, les eiid)l('mes, étaient réservés pour raiiiini'c de bataille (i) : c'est ainsi (pie nionièdc, avant de pai'tii' avec Ulysse poui- une expédition nocturne, s'ai'me du cas([ue simple i\\)\)c\c catctycc (yi^^yJ-cuc,) ('2). Cyné^ire, dans une médaille, porte éi^alement un casque déponrvu (rornenients (']). ^lais c'est surtout à certains peuples de Iftalie (pu' cette coiffure guerrière était propi'c : je veux dire, aux Ktrus(|ues (4), qui l'avaient nommée cassis (^)). Si les Sanniites se distinj»uaient par leui's somptueux panaches (()) , c'était surtout dans leurs aiimires de parade et de fête. Camille avait fait prendre à ses soldats des cas([ues tout uïiis, afin ([ne le fer
( 1 1 Sprv. , .^iw., TX , .107. (41 Hht:^. Etnisc. , tom. Il, p. 30.1.
(■2) Humer., //., x, :2r)7, et ibi, (">) Stepli., Thés., appeiui. ,
Eustath. p. iiril; isidor., XVIII, li.
(3) Fabii, n. .^! . (C.) Tit. Liv., IX, iO.
n^uca ouater
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des Gaulois j^lissàt plus facilement à leur snifiice, et fjue les coups de leurs épées s'\ aiuorlissciit. Mais telle n'était poiut généraleriieiit la forme du eas(|iie des llomains, soit cjue eeiix-ei eussent toujours la lii;iii'e découverte, coiiune la soutenu Juste liipse(i), soit (ju ils pussent à volonté abaisser une espèce de visièie, ce (|u'ont pensé d'autres criti([ues (■^) , et ce qui est démontré par les casques trouvés à Pompéi.
Il reste doue probable que le cas(pi(^ uni ap])artient il un {guerrier de l'Italie. Si l'on joint à cela (jue le buste dont il s'ai^it a été trouvé dans le même lieu ([ue celui de Sylla (3), on sera conduit à penser cpi'il pourrait bien représenter quelque chef de la ligue italique , vaincu par le dictateur romain dans la i^uerre sociale. Parmi les noms de ces capitaines cpii sont ari'ivés jus([u'à nous (4), on remarque celui de Pontius Telesinus , cpii , après avoir vaincu Sylla aux portes de Rome , eut enfin le dessous, et, surpris au moment oii il voulait s'échapper par une issue souterraine de la ville où il était assiéi^é , fut massacré ou se tua de sa propre main. La mort de ce chef parut si importante au i^énéral romain, (ju'à dater de cette époque seulement il prit le nom de l'henreu.x. Sylla (5).
Le second buste offre (juelque (>liose des ti'aits de la
(1) De Mil. rum., III, 5. (3) Voy. pi. Ki.
(2) Comment, ad Sil. Ital., XIV, (4) Diodor.; Oios.; Klor. ; Vell. 636;vid.pt Montfaiic., tom. IV,p.I, Faterc, II, 16; Eutrop., V, 3 et 4. et II, i ; Fabretl., Col. Traj.,., fîl3. (.^) Vell. Paterc, II, 27.
race nègr^' , surtout dans la i^rosseur des lèvres et la rondeur d('s\(Mix, La eoitïui'e, tout artificielle, seiid)le ré\('Iei' (les soins extrêmes |)iis |)otir (Ioin|)ter mie chevelure nalurelleiiieut rehelle et crt'pue : oi" on sait que les Mauritaniens, peu lîers de leur orii^iiie, eoinine tous les peuples hron/és, ii'éparguaienl rien sous ce rapport afin de la d(''i;uiser (i) : u?u' médaille de Juba ('2) nous ré\èle tout rartilicc (|ui relouait dans la toilette de ce vieux niouarque. Ce ])uste ne ])ou irait-il donc point être celui d'un prince maure, et peut-être de.luha luimême?Ce nCst là qu'une simj)le (piestion ; et 1 on n'osej'ait pas soutenii' raf"firiiiati\e , même connue hypothèse : car une coiffure du même genre était aussi en usage chez les Étrusques (3).
Nul indice qui puisse aider à reconnaître dans ce bron/e un personnage historique ou fabuleux. La beauté des traits, celle des cheveux (jui, l)ieii f[u'un peu négligés, lormcjit naturellement de gracieux anneaux, porteraient à croire (juil offre rimnge d'un de ces pucri (Iclfcafi , de ces jeunes esclaves dans lescpiels la eheve-
(1) Strab., XVII, 82H. et 2, et tom. III, pi. 23, n. 1; Mus.
(2) Canin., n. :;0; Fai)ri, n. 77. Etr., tom. I, tab. 79 et 80.
(3) Cayl., tom. IV, pi. 33. n. 1
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hire était un ornement d'un si grand prix (i). En effet, Anaeréon a vanté les rlieveux deBatliille; Staee, eeux d'Éarinus; ^lartial, (rKneol])c; Horaee, de ]Néarf[ue, de Gygès et de Lii'urinus ('>i). C'est ainsi que se justifiait le proverbe : OO^el; /.oarTr;, ô/rn; où yrvusTa'. : et (|ue répithète Comatas y Chevelu, était devenue synonyme de Dél)auelié (3).
(1) Mai t., XII, 71 ; l'ij^nor., de 40; Horat., Carm., IIl, 20, il; II, Sery., p. o8. 5, 21, otlV, 10; vid. et Pelron., 69
(2) Anacr. , Od. , 20; Stat. , Sylv., et 70.
III, 4; Martial, Epigr., I, 32, et V, (3) Martial., XII, 00.
FKN DE LA 2*" SEUIE DES BMONZES.
AVIS Ai: nr-xiKLu
rOUH LE PLACEMENT HES PLANCHES HE LA HEIXIÈ.ME .SÉRIE DES UUONZES , FORMANT LA PREMIÈRE PARTIE M" SEPTIÈME VOLUME DE l'OLVRAGE.
Planche
l vis-;i-vis la pa|?e 1
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Il 39 22.
EXPLICATIOX m:S n.WCHRS.
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