‹ Herculanum et Pompéi (volume 3)Chapitre 3 sur 22 · XI · texte numérisé non relu

XI

(2) Plutarch., delsid., iom. II, p. (•">) Quast. gr., tom. II, p. 299. 364;Diodor.,III,0-i;Fest.,//îCo/7H/; (0) Clém. Alex., ITpoTp., p. li.

2"^ Série. — Bronzes. 2

lies pourboire (i), soit (Micorcsur les effets de l'ivresse, qui rend violent et liii'ieux, quasi coriuia dat (:a), et qui produit ee que le scoliaste de Nieandre appelle to raupoTiicov Tcov -ivo'vTtov ; soit enfin sur la même induetion physioloi^i([ue (pii a fait des éiirinenees dionysiaques le signe des législateurs profondément religieux, tels que Moïse, Confucius et le J^aeeluis indien.

Le sei'pent pent eneore être considéré comme un attribut dn lils de .Inpiter : ce reptile figurait dans les mystères (3), et J5aechus lui-même, dans Euripide, est supposé changé en serpent, pour exprimer la fureur qui Fanime (/j). bailleurs, ies natnralistes anciens avaient observé, à toit ou à jaison, (]ue cet animal aime le vin (5).

Enfin, cette barbe naissante (pii commence à couvrir l'extrémité des joues, ne messied point au dieu que l'on représentait tantôt enfant, tantôt jenjie homme, puis vieillard, poui' exprimer les effets progressifs du vin (f)). Le sculpteur est ici d'accord avec le poëte (7) :

Tntoroa puori llorcscit pubo juveiita, Mavaquo niatuio tuinueruiit tompora cornu.

M Voilà qiio l'enfant, devenu jeunt^ h(jninie, fleurit dans sa puberté; et « les cornes, di'Jà nuu-es, ont gonflé ses téliipcs brunies. »

Il faut avouer pouitant que le jeune Baechus, avec un

(1) Athen. et Nicandr., loc. cit. (5) Arist., Hist. an,, VIII, i;

(-2) Isidor., VIII, 11; Ovid., de Plin., X, 72. Art. am., I, 239. . (6) Maerob., Saturn., l, 18.

(3)Cléni.Alex.,npoTp.,p.] 1 et 1-i. (7) Nenies., Ed., III, 35.

{A)Bacch., 1015.

commencement de bail)e, est fort lare parmi les monuments : ses traits sont presque toujours pareils à ceux d'une femme. Notre l)ronze ne peut convenir sous ce rapport qu'à Bacchus Sabazius, ou Zaj-reus, fils de Jupiter et de Proserpine, victime des Titans, mais victime toujours renaissante. C'est à lui qu'appartiennent.surtout les cornes et le serpent (i), et l'aspect farouche, et l'âge déjà viril :

aÀÀOTî xoupio

EixsÀoî oîc7Tpr,6î'vxi" vî'ov oi oî avOo; Io'jÀojv AxpoxîÀa'.vio'tovTa xaTÉvia-jï xûx/.a — posojTTOu (!2).

« D'autres fois il était pareil à un jeinie homme furieux ; et la fleur d'un « duvet naissant traçait un cercle noir auteur de son visa^'e. »

Mais la chevelure en désordre , le front velu, et surtout cette oreille qui n'a rien de Toreille humaine, ne conviennent plus à Bacchus. Il n'y a guère qu'un Faune qui puisse être représenté a^ ec ces attributs ; car les cornes sont données à ces divinités (3) quand , s'écartant de la tradition étrusque, on les confond iiu peu avec les satyres des Grecs; et le serpent se trouve quelquefois entre leurs mains (j) ou autour de leiu^ tète.

Avec cette belle et abondante clicvehire, le buste que représente la figure deuxième pourrait passer pour celui

(I) Clém. Alex., IIpoTo., p. 1 1 ; (3) }tus. rom., tom. I, s. Il, tav.

Diod., IV, i . G et 7 ; Mus. Kirch., Cl. I, tav. 9, Û.

(2)Nonn.. Dioivjs., \\, 164, 180, (-4) Mus. fior.,t. I, tav. 80, 8; tav.

etseqq. 9i, I ; tav. 01, 2.

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d'une rcmnic; cai- les cIicnciix loii^s et relevés avec art étaient la panne liahiliicllc des dames; c'était aussi celle des jciines esclaves et deshomnies efféminés (i). La légère contraction du nez et\e rictus dv la bouche font reconnaître luie de ces divinités champêtres (jne l'on désignait par le nom de Faune, employé pour l'un et l'autre sexe {Jàunus^faiirid) ; cai'les Faunes sont toujours représentés avec ce rire sar(h)ni(jiie, ainsi que les Silènes et les Satyres : le nom (le ces dernières divinités venant lui-même du verbe

caipw (iJi). Les feuilles de lierre, avec leurs corymbes, si-

« gnalent une des nymphes de la suite de lîaechus (v3). Peutêtre aussi (pielques personnes reconnaîtront-elles ici le dieu du vin lui-même, non terrible et farouche, mais paisible et soiuiant (cpaoîxsi^-/:;)(4)- Ainsi qu'Apollon, Bacchus jouit d'une jeunesse éternelle et porte une chevelure toujours vierge :

Solis a^torna ost Phd'bo Bacclioquo j mon ta : Tarn decot intonsum criais utruimiue deum (5).

Mais quel que soit le dieu que représente cette figure, ce qui la rend remarquable et même précieuse, c'est la pomme de grenade (ju'elle presse dans sa main. Ce fruit avait \\n rapport bien connu avec le culte bachique. En

(1) Ovid., Am., I, li, 3, et III, 3, (3) Lucian , Tragopodag., 78. 3 ; Apul., Mctam., II ; Petron., t09; (4) AnlhoL, î, 38, 11.

Horat., OcL, II, 5,21, ot III, K), II. (.%) Tihiill., EL, I, 4, 33; Euri-

(2) Fornut. A'. D., 30; Suid., in pid., Bacch., 235; Pindar,, Islhtri., SEcriptoç; Hesychius, in ^iGr^çtivon; VU, i.

Beger, 77/. ni:, III, 253.

effet, l^iusanias, en (l(''C'ii\aiil raiilrc de lîa.ccliiis rcpiésenté sur le coffre de Cvpsèle, dit (|ii(' Ton y voyait ces trois arbres : la NÏi^ne, le poinmic r cl le grenadier (i). Déplus, Clénieutd'Alcxandric, cnfinicraiit Icsol^jclscoiitenus dans le eeste iii\sti((uc, y place la i;ienadc; puis, voulant expli(pier ponr([n()i il était (h'fciidn de iiiaiiii^cr ce fruit dans les fêtes de (^érès, il dit ([uc, selon roj)inion admise dans les mystères, la i^renade était née du sang de Baechus, appelé Zaï^iéus, fils de Jupiter et de Proserpine, qui avait été mis en pièces par les Titans (a). Néanmoins, ce symbole ne s'était point encore retrouvé dans les nombreux moniniients de lantiquité, relatifs aux mystères, qui avaient été pid)liés jusqu'ici.

A sa couronne de lierre, on i-ccoiniait dans le troisième buste Baechus lui-même, ou un prêtre de ce dieu. Ces personnai^cs barbus, a^ec la robe dite talaris , sont décorés par les anti([uaires, tantôt de la première qualité (3), tantôt de la seconde (.]). Ce qu'il y a de remarquable dans cette fii^ure, c'est d'abord le pan de robe qui lui cou\re la tète : cette paitienlarité est conforme à rusai>e anti([ue de linre les sacrifices et les prières la tête voilée, nsai^c (pie les Romains avaient emprunté des Phrygiens (">), et ([ui était aussi en \ igueur

(1) l'iiLisan., Y, il). (I) }lus. Odcscalch. ,iom. Il, tav.

(2) Clém. Alex., Protrept., ii ot 17 à 18.

12;Nonn., Vr, 1(51; scoliastc de (5) Vir^'., .•/:«., 111, iOri ; Sorvius,

Pindare, Isthin., Vil, .'J. tbid.eX Tiiri; Macrob., Saturn., 111,

(3)Ag03tin.,(ïç/nm.aw^,part.Il, 0; Plutairh., QmcsL rom., fom. II

tav. ir.; Biionarroti ,.1/cy/.. p. iiO. p. 2(;(i.

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v\w/. les r'gvptioiis (i), \vs IMuMiiciciis (•).) et les Perses (3). Oïl rciiiiircjMcia encore la disposition de la lohe, dont les replis Ibnneiil nu laii^c eollet sous le menton, en laissant à lui le l)ras serré par iin hraeelet; et snrtout la position de la main, dont tons les doigts sont fermés, à l'exception de l'index. 11 ponrrait y avoir dans ce geste nne allnsion à l'opinion exprimée parOrphée (4) :

Klç Zsùç, £'.(; Aor,ç, £t<; HXtoç, elç Aic/'vuaOi;. 0 Jupitor, Plutoii, lo Soloil et Bacclmsnn font qu'un seul et même dieu. »

Aussi Bacelnis, le dieu universel, s'appelait-il Pan-

thée(')).

On reeoiniaii lîaeehiis à ce visage riant (()), à cette couronne de lierre chargée de ses eorymhes, et surtout à ce diadème (jni, après avoir orné son front, entoure encore de plusieurs replis son abondante chevelure. Ce qui rend notie bronze rare et précieux, ce sont les ailes : car on ji'en trou\e point fréquemment dans les images de lîaeelnis. Selon Pausanias (7), les Aniycléens adoraient AtovufTov <|;iVjv, Baechiis ailé, surnom (jni convient

(1) Til)uil., I, li, :J(). (5) Auson., Epigr., 29 et 30.

(2) Sil. Ital., III, 2;j. (G) Voy. l'explication de la plan-

(3) Herodot., I, 132. che précédente.

(//) ApudiMacrol).,6'fl;w/7?.,I, 18. (7) Pausan., III, 19.

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BROÎ^ZKS

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f£. P^Lc:r y.^j',^

DEUXIEMF, PARTIE. 15

pffrfaitenient h ce dieu, ajoiilc-I-il , car 'lHy, c\\ doricii, signifie ailes : or, le \iii ('icxc les cspiils cl les rend Icgcrs, comine les ailes soidcvciit les oiseaux. On pourrait conclure de là (|uc la statue de lîiU'chus \iii\eleen a\ait des ailes, ([uoicpie l\iusaiiias ne le dise pas expressément. Mais si Ton s'en rapportait au sens i^cnéral des mots OtXa;, 'J/'Avi, \|/iXo;, OU penserait (|iril s'agit plutôt de répithète Imberbe^ que l'on donne souxent au dieu de la vi^ne. D'une antre part, le savant Cooper (i) soupçonne que dans certaines médailles, où l'on voit un jeune garçon ailé, tenant un cantliarus et porté par un tii^i-ccpic conduit un satyre, les anciens ont voulu représenter Bacch us, ainsi que dans un bas-reliei'oii Ton trouve un jeun<' gai"çon ailé tenant à la main une i^rappe de raisin; mais il ne laisse pas d'avertir (pie coiiuinuiément les anti([naires reconnaissent dans ces moiunncnts un Amour, compai^non de Bacchus, dont il est(piestion dans plusieurs odes d' Vnacréon. Enfin, outre l'opinion de Pausanias, il existe un monument qui tranche définitivement la question, c'est une peinture d'Hercnlaïuim qui représente à la l'ois un Amour et un iîaccluis ailé.

Ce qui rend encore cette petite figure fort remarquable, c'est la àonhXe fascia qui parait descendre ^]u derrière de la tête pour retomber sui- la poiti-ine, et (pii forme ou les extrémités du diadème, ou deux bandelettes distinctes. La maiii droite de la fii;ure sVMnelo|)pe et se cache dans l'une de ces bamles d étoffe.

(1) Apoth. Hom., 1(10.

Une gemme du ^lusée lloreiitiii (i) représente unBacchiis dont le visage, le vêtement et l'attitnde sont tont à l'ait s<'iid)]a])les. Le savant Gori pense qne eette main enveloppée dans la bandelette fait allusion aux sacrifices de la déesse Fidcs^ sacrifices dans lesqnels, suivant Servins (9.), on se voilait les mains. Si cette opinion offre quelque probabilité, il \\en est pas de même d'une autre assertion du même anti(piaire, (pii voit dans le personnage que représente cette genniie \\\\ Acratus, génie de Baccluis, tlont le buste, au rapport de Pausanias (3), se voyaiî enelavédans le uni r d'un temple de Bacclius à Athènes. Acratus (àV.paToç, sans mélange) représentant le vin piir^ sa figure devait être une espè(;e de caricature comme celle d'un homme adonné à l'ivresse. En effet, d'après Athénée (4), « Pisistrate étant devenu odieux au pence pie, beaucoup de gens disaient ([ue la ligure (jui se (( voyait dans le tenq^Ie de l]acchus était la sienne » ; et Casaubon fait i-emai-quer siu- ce passage que les traits d'un Génie (pii s'enivre de vin pur comme Acratus, devaient offrir \\\w ressemblance manifeste avec ceux d'un homme farouche et cruel, tel (pi'était Pisistrate. D'après tout cela, que penser de l'opinion de Gori, qui prétend trouver les traits du buveur Acratus, chi tyran Pisistrate, dans la figure riante d'un tendre et gracieux enfant?

Passons à la figure suivante. Selon quelques archéolo-

(1) rom. Il, Cl. Il, lav. XLV. (3) Pausan., I, 2.

(2) Ad .Eneid., I, 29-2. (4) Dcipnosophist., \\\, 8.

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gués, voilà encore un Bacchus : il se révèle par ces grappes de raisin et ces pampres qui ornent sont front, par ce vase même qu'il tient à la main et les linits (pi'il porte snrson sein. On le reconnaît également à ses traits, (pii n'ont rien dé viril, et à son costume, qui est celui d'une lemiiie : car les agrafes sur les bras ne se trouvent que dans des tuniques féminines (i). Ces sortes defihules s'appelaient tteoovy.i, le mot 77op77-/i étant réservé pour celles cpii s'attachaienL sur la poitrine (a).

On pourrait cependant voir dans ce buste une femme, et spécialement une des nourrices de Bacchus. Ces nourrices étaient les naïades (3); allusion chère aux anciens ( j), parmi lesquels c'était une chose insolite, grossière, et digne des Scythes (èTc.cy.oOîGai), que de boire du vin pur (5). Les proportions étaient : pour le joyeux Anacréon, deux parties d'eau sur cinq de vin, ou, selon un critique, dix parties du premier liquide, ce qui est moins vraisemblable(G) ; pourleshommes les plus sobres, cinqd'eauet deux devin; pour ceux enfin qui gardaient nn certain milieu, trois d'eau et deux de vin. Du reste, les vins de la (irèce, qui étaient cuits, supportaient facilement ce mélange. Le vin dont^laron, fils d'Evanthe, roi d'Jsmare, fit présent à Ulysse, se mêlait à vingt fois son voliuiie de la li(|uerir

(1) Thés. Br., toin. 111, p. 2i;j; poct., W, i>l; Uvid., Mcl., VII, 197 Spanheim ad Calliin., Hymn. in et seqq.

ApolL/i-2. (4) Til)ulI.,£/.,III,G, r,7.

(2) Pollux, VII, oi; Spanhcun, (o) Athen., X, 7.

loc. citât. (0) E'jst., Odyss., y, v. 31.

(3) Eyg'm.,Fab.,\met I92;4str.

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des nymplics; « et pourtant, dit le ])oii Homère, une « odeur (lixiiic s\'\lialait encore du cratère, et il était (( douxalors (le ne point s'ahsteuir (i). »

Le dernier l)nste de cette ])lanclie est curieux et peutêtre uni([ue. C'est la déesse Poiiione (i^.), ainsi qu'on le voit aux fruits dont elle est chargée : et cette déesse, sans doute d'origine étrns([ne, est représentée ici dans son costume national. I^'lle porte le tutulus (3), c'est-à-dire les cheveux rassend)lés au sommet de la tête en forme de cône, et, par-dessus, un voile disposé commel'est encore celui des femmes de la campagne dans plusieurs parties de l'Italie. Son collier est formé de petits morceaux de métal ohlongs suspendus à une chaînette, genre d'ornement qui ne se trouve que dans les monuments étrusques. Joignez à cela un travail achevé , d'une simplicité bien entendue, et oii l'on reconnaît facilement la main d'un artiste toscan. Les yeux et le collier sont d'argent. A la vérité, Ihionarroti donne une statuette dont les yeux sont de ce liK'tal, mais non pas le collier (i). En un mot, il n'existe aucun monument qui l'éunisse toutes les particidai'ités curieuses (jui sont rasseiiddées dans notre petit b roi r/.e.

(1) Odyss., t,v.î>00;l'rm.,XIV,.i. (i) Buonarroti, de Etr. rcg.A. I,

(2) Ovid. , 31et. , XIV, 02-2. p. 282 , pi. ï l .

(3) \i\n\,deIJn[/. lat.,\l, p. 7-i.

BRON^kES

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