TABLEAUX
PEINTURES
Ce qu elle offre de plus curieux, ce sont quelques attributs entièrement nouveaux. Nous ne parlons pas des couronnes de fleurs qui retiennent ces belles chevelures élégamment relevées : cetfe parure est commune à une foule de divinités. Mais les objets que les Charités tiennent à la main, et qui paraissent fixer leur attention,
rappellent d’une manière fort piquante le groupe de
marbre quePausanias vit en Elidé (i), et qui représentait ces mêmes déesses, l’une ayant entre les doigts une rose, la seconde un osselet, et la troisième une petite branche de myrte. Dans notre peinture, celle-ci tient des fleurs, l’autre quelque feuillage, et la dernière, au lieu d’osselet, a une pomme. Le premier attribut se rapporte bien à ce qu’Ànacréon dit des Grâces : po£a Ppuoudv, « elles font sourdre les roses autour d’elies; » le deuxième convient au nom de Thalie, formé de ûa)âa, rameau; le troisième enfin s’appliqueencore mieux à celui de Carpo, Kapirw, la Fructification, nom que les Athéniens donnaient à Lune des deux anciennes Charités ou Heures, en appelant sa compagne Thalio , 0aXu6, la Floraison (2). Pourcompléter ce groupe attique, il faudrait voir dans celle qui tient les feuillages Auxo , -aù£io, la Croissance (3), autre nom d’une des Heures-Saisons, les mêmes au fond que les Charités : et l’on aurait ainsi la tige, la fleur et le fruit, Auxo, Thalio et Carpo, réunies dans un chaste embras-
(1) Paus., VI, 24. (3) Id., ibid.
(2) Palis., IX, 3:">.
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DEUXIÈME SÉRIE
sement, comme pour peindre l'enchaînement des saisons et l’harmonie non interrompue delà nature.
Au lieu des rameaux de feuillages, quelques critiques ont voulu voir, dans la main d’une des Eurynomides, des lis, qu’ils opposent sans doute aux roses de sa sœur : rapprochement tout à fait étranger à l’esprit de l’antiquité, et beaucoup plus digne du siècle de Louis XV que de celui d’Auguste.
Le torse de nos trois déesses, surtout dans la partie inférieure, est tout à fait juvénile et même presque enfant : voilà peut-être encore une idée qui se rapporte à cette merveilleuse et bonne nature, toujours mère et toujours vierge.
Deux ministres des autels ont saisi la victime; l’un la tient par les épaules, et l’autre par la ceinture : ils l’emportent à l’autel; et elle, la victime, la hile d’Agamemnon, Iphigénie, vous l’avez reconnue, elle élève au ciel ses yeux, et ses bras, et ses cris. Car elle n’est pas résignée : la résignation n’est pas de cet âge-là. Calchas marche le premier vers l’autel, ét tient en main le glaive déjà tiré du fourreau. Son costume de grand prêtre est nouveau et pittoresque : il est revêtu de deux tuniques; mais, de l’intérieure, qui est verte, on ne voit que les manches; l’autre, violette, retombe sur ses pieds : une ceinture d’or attache autour de ses flancs et fait croiser
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sur le devant une draperie blanche bordée de pourpre. Son attitude et son geste indiquent un temps d’arrêt et de réflexion : peut-être a-t-il un pressentiment soudain du dénouaient heureux decette terrible tragédie. Car derrière lui, sur les nuages,, paraît Diane, qui, le diadème en tête et l’arc à la main, ordonne à une de ses nymphes de substituer à l’horrible offrande qui se prépare une biche que celle-ci tient par les cornes. A l’opposite de l’autel s’élève, sur une colonne tronquée, la statue de cette même déesse dont les Grecs veulent fléchir le cour-! roux. Cette petite statue d’or tient deux flambeaux, qui sont les attributs de Diane Lucifère ou Phascélide (i); et à ses côtés on voit deux chiens. Près de là, enfin, se trouve le dernier ou le premier personnage de cette tragédie, le père ambitieux, le monarque parricide, trop roi pour reculer devant un crime utile, trop père pour envisager son crime de sang-froid : que de pensées, que de sentiments, que d’enseignements dans cet homme !
Désespérant de rendre tant de choses, le peintre a enveloppé son Agamemnondans un manteau depourprequi lui couvre la moitié de la figure, et il a caché le reste en
1 u i fa i sa n t p o r t e r 1 a m a i n d e va n t ses y e u x . C’ est 1 e m ê m e a r-
tifice dont avait usé auparavant Timante le Samien : mais, là s’arrête la ressemblance entre l’artiste grec et le faiseur de fresques de la maison dite d’Homère à Pompéi. Ce n’est pas que celui-ci paraisse dépourvu de talent : mais
p) Serv., in Æ'n -, II, 116.
DEUXIÈME SERIE
cet ouvrage est le plus faible et le plus inégal de tous ceux qu’on a trouvés dans le même endroit. Le groupe principal pyramide assez bien; la figure d’Iphigénie est expressive, ses bras ont du mouvement : mais quelles incorrections ! quelle froideur dans tout le reste !
On se demande si, l’idée principale étant évidemment empruntée à Timante, tout le tableau ne serait pas une copie comme tant d’autres morceaux déjà signalés, et si les défauts de l’exécution ne viendraient pas de la froideur qui se glisse toujours dans un travail d’imitation. Sur cela, des critiques font observer qu’au contraire, si l’ensemble manque d’harmonie, du moins le feu et l’inspiration, caractères d’une œuvre originale, brillent dans certaines parties essentielles ; et qu’il ne faut, par conséquent, attribuer les vices des autres parties qu’à la rapidité forcée du faire de la fresque. Ces deux opinions ne nous paraissent pas inconciliables : le peintre à fresque ne copiait pas, c’est-à-dire qu’il ne travaillait pas avec le modèle sous les yeux ; mais il s’inspirait du souvenir d’un chef-d’œuvre, souvenir qui lui suggérait l’ordonnance du tableau, et lui donnait, pour l’exécution d’une de ses figures, un feu bientôt étouffé sous la fatigue de l’exécution matérielle. Là, comme il arrive très-souvent* l’art apparaissait d’abord; mais le métier tuait l’art.
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Nous avons trouvé à Pompéi plusieurs tableaux dont Méléagre a fourni le sujet. Ici, le peintre ne s’est point inspiré de la tradition homérique placée dans la bouche de Phénix (i); mais il a suivi évidemment la version plus moderne qui a été recueillie par Ovide (2). D’après le récit de ce poète, Méléagre, fds d’OEnée, roi des Cal y doniens, commandait les chasseurs qui s’étaient réunis afin de détruire un sanglier terrible envoyé par Diane pour ravager la contrée. La belle et courageuse Atalante se joignit à l’expédition, et porta de sa main le premier coup au monstre. Epris de tant d’intrépidité jointe à tant de grâce, Méléagre, après avoir tué le sanglier, voulut offrir à la belle chasseresse la hure et la dépouille de l’animal ; mais cet hommage excita la jalousie de tons ses compagnons, et particulièrement des deux frères d’Althée, mère de Méléagre, lesquels osèrent arracher à Atalante le don qu’elle avait reçu, et disputer au vainqueur le droit d’en disposer. Furieux de cet outrage, le jeune héros attaqua ses deux oncles et les tua; et alors Althée, pour venger ses frères, jeta au feu le tison fatal auquel les Parques avaient attaché l’existence de son fils.
Le peintre a choisi le moment où le fils d’OEnée offre
(») lUeul.y IX, 539 et sfjrj. (2) Met., VIII, 270 et sq<j.
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