U NOTICE
(■(Mnniinii(|nait (Ml oiitro avccNola, parinic routeqiii passait [)i('s (In Vcsiivc. l^nis, après avoir franchi l'ancien lit (In Sarnns, rpii anjourd'lnii a deux eniboiichiires beancotip ])liis an sncl, on laissait encore àganche un embranchement (le ronte (lirig('' snr Nncérie, et l'on arrivait enfin à Stabies. Mais tonte cette ligne dn rivage, couverte de maisons decamp;igne et deconstructions de tonte espèce, ne formait à proprement parîer qn'nne seule ville, depuis Naples jnsrprà Stabies. I^a montagne elleiiUMue, dont lesancienneseiiiptionsn'avaient laissé (pi'nn souvenir confus (i), marqué par la dénomination de Champs phlégréens donnée au pays ; la terrible montagne était hal)itée, et plus d'une villa se montrait suspendue sur les bords du gouffre éteint.
Jetons un coup d'œil ra])ide sur l'histoire de ces localités; car nous y puiserons des indications précieuses pour l'histoire de leurs monuments.
L'origine d'Herculannni et de Pompéi se perd dans la nuit des tem[)s; on attribuait leur fondation à Hercide, (jui avait donné son nom à la première cité ; l'autre avait tiré le sien de la longue troupe de bœufs [pompa) , que ce héros avait amenée d'Espagne en Italie (2). A l'aide de pareilles fables, les perq^lesanciensse dissimulaient qu'un voile impénétrable leur dérobait leur propre berceau : l'enfance est d'autant ])lus curieuse et crédule, rpi'elle est [)lus ignorante.
(i)Diod. Sir.; Stial)., V et VI; (2) Soliii., 2.
TMin..llI, 5, 9.
NOTICE m
Ces villes appartinrent d'ahoid aux Pélasi^es et aux Opiqiies : un grand nombre d'inseriptioiis osqiies prouvent qu'à travers toutes les vieissitudes |)oliti(pies, lapopidatiou conserva toujours un souvenir de sa langue {primitive. Elles furent concpiises ensuite par les Grecs, qui vinrent de lEolie et de l'Iùdjée aboider sur le rivage de Cumes. Ceu\-ei à leur tour lurent chassés par les Etrusques, qui donnèrent |)Our ca[)itale à toute la Campanie et au.\ cités du ^ ésuve, Cajioue, a[)pelée alors Vulturnum, et adjointe aux. douze villes de la confédération toscane.
A partir de là, llerculanum et Pompéi suivirent le sort comnuui de la Cafnj)anie : elles se donnèrent aux. Romains, pour échapper aux Samnites; puis, elles acceptèrent momentanément le joug d'Annibal , et enfin elles prirent part à la guerre sociale. Alors Stables fut détruiteparSylla, à lavue mcmedeshabitantsdePompéi; et depuis ce ne fut plus qu'une réunion de quelques maisons des champs, m villas ahiiti^i). Les Ponq^éiens, non intimidés, fermèrent leurs portes an vainqueur; ils ne capitulèrent qu'après la triple lutte connnencée sous leurs nnns par l'armée italiote, et terminée enfin, à Nola, par la mort du chef samnite Cluentius ou Cbiventius.
Ees cités de la Canq)anie qui se soumirent alors aux armes romaines furent traitées avec douceur. Pompéi garda ses droits de municipe, et |)ut même opposer un refus aux.
(i) Plin., Htst. /tat., 111, 5, <).
TV jSotici:.
colons oiîvovcs de Uonie ])Oiir' partiii^cr ces droits ; setdeiiiciit, SCS niiiiaillcs turent déinaiitelées, eonirne le prouve leur ctat actuel. Pendant les gueri'es civiles, on fit, en (juclcjues endroits de ces iortidcations, des i'C|)arations dont les traces existentencore aujourd'hui. Sous Au<^uste, culin, (le Ioniques courtines de ces nunailles (iis[)aiurent entièrement, de soite que des constructions privées s'élevèrentsur leur eniplacenient; et ce fut alors seulement (]ue la cité sans défense devint une colonie romaine, ainsi (pie le prouve une ifisciiplion trouvée au lluatre. On n a pas de rens<'ignements particuliers stii- le sort d Ilerculanum : il est probable (pie cette ville éprouva des vicissitudes toutes pareilles.
On sait (pie Pompéi fut la résidence de (iicéron et de sa famille, résidence constatée par- des monuments et des inscriptions. Un des fils de l'empereur Claude y motirut, étouffé par un fruit ([u'il avait avalé.
En l'an 5(), pendant un combat de gladiateurs , (pie donnait un homme chassé du sénat et nommé [.ivineins llegulus, une cpieielle s'éleva entre les Pompéiens et les Nucériens, cpii assistaient aux jeux, de lamphithéâtre ; des mots injurieux on en vint aux.cou])s; le sang coula, et les Pom]>éiensdemeurèrent vainqueurs. Leur triomphe est rappelé non-seulement par le passage deTacite, qui raconte cette espèce de sédition (i), mais encore par une espèce de caricature politicpie, (pie l'on a trouvée sur
'» /tlIlKlf ,\\\ . 17,
NorrcK. V
les murs extérieurs de la rue de Mercure, et (jui est aceompai^née de cette iucriptiou : ('diupdiii ., Victoria iiiia cuni Nucerinis pcriistis. « Caïupanleus, nue victoire (c sur les Nucérieus vous a tués. »
Iji elïet, cet avautai^e leur coûta cher : Nérou cl le seuat coiulaiinièreiit les vainqueurs à se passer de spectacle pendant di\ années.
r.e i() février de l'anGS (i), un tremblement de terre, précurseui- (jui seize années d'avance annonçait la catastroj)he finale, vint renverser une partie des édifices de Poinpéi, et causer éi;alenient des ravaii^es dans les inins (riJciculainnn. L'aimée suivante , un antre tremblement de terre épouvanta la jcontrée , au moment même où iNéron chantait sur le théâtre de iSapIes; et cet édili<'e s'écroula aussitôt que l'empereur l'eut < pi il té.
I".ufin, le 2*3 août 79, éclata la terrible érujition (]ui causa la ruine de cin(| cités opulentes, la désolation de la contrée la plus riche du monde, et en même temj)s le trépas non moins regrettable du grand naturaliste romain. Le neveu de celui-ci, Pline le Jeune, nous a conservé le récit de cette catastrophe , dans deux lettres à Tacite , son ami ; lettres ([ui sont des modèles de narration , et par cela tiop connues pour (pie nous les re[)roduisions ici.
r.a j)osition élevée et assez éloignée de Ponqxi mil
(i) Scufc, (Ji/n\(. liât , "NI, I ft 26.
VI NOTICK.
cette ville à labri des torrents de lave ; mais elle fut couverte triine eoiielie de eeiulres et de petits cailloux, qui atteii^nit une hauteur de i5 à 18 pieds , et dans laquelle ou trouve ([ue](|ues sphéroïdes (1), parfaitement cristallises , sendjlables à des aérolilhes. Cette espèce de déluge (le matières volcaniques ne dépassa nulle part la liautein- du premier étage des édifices; mais les toits et les terrasses s'affaissèrent sous son poids, et dans les endroits où les voûtes et les murs offraient une résistance suffisante, comme à ranq)hilhéàtre, il se forma des monticules lie cendres. Une partie des habitants [)arvint sans doute à s'échapper; mais, d'a])rès les cent soixante squelettes trouvés dans les parties déblayées, c'est-à-dire dans la huitième partie de la ville, on peut conjecturer qu'il n'y eut pas moins de treize cents personnes qui périrent étouffées dans l'enceinte des murs.
La double cité d'Herculanum et de Retina , située plus près du volcan , dans le bas du rivage et sur la route des laves à la mer, ne put échapper à ce fléau; elle fut recouverte de couches successives de matières en fusion et de petits cailloux [hipilli), (jui se sont amoncelées en (pielques endroits jusqu'à la ha4iteur de soixante-dix pieds au-dessus du sol de l'ancienne ville.
Un étrange paradoxe a été soutenu par quekpies anti- (juaires à l'égard des villes campaniennes ; on a prétendu (I abord distinguer, et môme séparer par plusieurs siècles
\\) Mazois, Ruines de Pompci, loin. I, IS'otirc historique, p. 18.
NOTICK VII
de distance, l'époque de rciisevelissemciit d I lei'eidaiiiim et celle de la riiiiie de Pompci. ('epeiidaiit on ne parait guère avoir eu de meilleure raison pour établir cette distinction, (pic la (lilTcrence des coiiclics (\v terrain (jiii recouvrent les deux cités. On n a pas voulu voir que cette difïérence tenait uni(pien)ent à la situation des villes, lîàties dans les lieux élevés , mais placées sous le vent , (pii soufflait du sud-est, et qui a porté les cendres juscpTen Egypte, Poi)q)éi et Stahia ne pouvaient recevoir (pie les matières les plus subtiles de l'éruption. IJciciilanum et lletina , gisant au bas de la plus grande déclivité de la montagne , devaient être écrasées sous les plus gros dé- I)ris que lançait le cratère, brûlées et erisevelies par les torrents de substances qui se frayaient un chemin vers la mer. Les partisansde l'opinion (pic nous combattons sont tombés dans une étrange erreur en s'appuyant du silence de Sénèque (i), et en faisant observer (pie cet écrivain , après avoir parlé de l'ébranlement des édifices des deux villes par le treml)lement de 63 (2), n'a point mentionné leur destruction complète en jij ; ces critiques ne se sont donc point rappelé que Sétièque est mort en l'an 65!
Un argument plus sérieux des antiquaires qui ont rapproché de nous la ruine d'IIerculanum , iiis(prà en assigner la cause à l'éruption de 471 7 repose sur la table
(i) Edinl^. Renen', tom. XVI, (2) Quœst. nat,, loc. citât,
MU NOTir.K.
peutiiii^érienne , nioiimneiit (\\n date du règne de Théodose , et qui signale eiieore ITerculamini nu iioiuhre des lieii\ (le la Canipanie.
Fil effet , eette tahle porle ees iiulieatioiis : « De Naples « à llejciilamiin G;()|)loiilis (> ; Pompéi 3. » Mais, en jiaitant delà, M. Laporte-Oullieil, le plus lKd)ile défenseur tlu paradoxe eu cpiestion (i), a bien senti (pie, si rari;nnient est valable poni' Hererdannni, il s'applicpic également à Opionte , à Pompéi et à Stabies, et il en a eonclu (jne « tontes ces villes ont survécu à Téiiiption « de 79 et aux suivantes; qu'elles sont sorties de leuis « ruines sous le règne même de Titus; qu'elles eurent « encore un reste de splendeur sous Adrien, et qu'on les (c retrouve dans le règne d'Antonin (a). »
Voilà (]ui simplifie la question ; et il s'agit maintenant de savoir si Pompéi, comme les autres cités, a été détruite en 79 ou eu ^y\ .
A ce point de la discussion, il suffira de remarquer d'abord que la table peutingérienne pourrait bien être, surtout en ce qui concerne l'Italie , la copie d'une suite de monuments du même genre, dont l'original serait antérieur à l'an 79; c[ue d'ailleurs ces endroits peuvent y avoirété indi(jués, soit à causede leur ancienne célébrité, causée par le désastre même dont ils ont été le théâtre, soit peut-être parce (pie de nouvelles habitations, en ])ctit
(i) Magasin Encyclopédique. Qnincy, Dict.d'arc/itt. , Ail\v]e Hercu-
{1] Cité par M. (^tialremère (!<• lanum.
NOnCK. IX
noinljre, s'y soiaiciit clcvt't's sur l;i l.ixc , (Irpins l()iii;t{'iiij)s refroidie, roniinc y ont été coMStrnits, dans les temps tout à fait modernes, les palais et les édifiées de Portiei et de Résina.
Nous disons cjue cette reinarcjne sul'lit, et (jn'il est iiMitile de réfuter les antres raisonnt;ments de nos modeinistes : c'est (|n'en eltét nous avons j)oni' nous des ])icuves d'un ordre supérieur à toutes les inductions tirées des moinnnents étrangers, des preuves cpie nous poinrions appeler intrinsè(jues, et qui noussont fournies j)ar les ruines mêmes qui forment l'objet de la contestation. En effet, nous voyons, tant à Herculanum qu'a Pompéi, nomlire de monuments et d'inscriptions qui sijiçnalent des faits encore récents au moment de l'éruption de 7(), et qui se raj)])ortent à des personnaj^es contenq>orains ou à peine antérieurs; tandis (pjc personne n'a vu, ni à Pompéi, ni à Herculanum , aucun témoignage postérieur à la catastrophe décrite ])ar Pline.
On y rencontre presque vivant le souvenir des Cicérons, de Caligula enfant, des Agrippines et de Néron, de toute la famille des premiers Césars, et rien au delà. On \oit les théâtres, les temjiles fraîchement réparés a[)iès le désastre de l'an ()3, et couverts d'inscriptions dictées par la reconnaissance, en faveur des citoyens qui ont contribué de leurs deniers à cette restauration. On lit sur les murs des phrases tracées au pinceau , qui parlent de la lutte avec les Nucériens, par exenq:)le(i), comme d'un
(i) Voyez ci-(K'ssiis, |). V.