‹ Herculanum et PompéiChapitre 24 sur 30 · IX · texte numérisé non relu

IX

(3) Servius, JEneid., XI, 7iO.

(4) Philostrat. , Im., I, 28; Liban., Orat. de Templ.

(5) Apollon., IV, 17 J 4 ; Dionys., Perieget., v. 820 ; scoliaste d'Aris-

topliane , Plittus , 944 ; Callini. , Hynm.ad Dian., 38 et 239.

(6) Plin., Xll,j ;Théocr., XVIII, -48 ; Callini., Hymn. ad Cerer., M.

(7) Apul., Flor., l;Ainob., I, 41.

(8) Hensius, Arist. Sacr., p. 710.

(9) Deuler., XVI, 21.

PRE.MIErxE PARTIE. 99

que sévèrement condamnée par les Pères, les conciles et les léi^islateurs du moyen âge (i).

La construction de Tédicnle ini-méme révèle encore une recherche, soit d'archaïsme, soit de rusticité; il n'est couronné que par un demi-fronton, et le toit, s'il y en a un , n'a de pentf^ que d'un seul coté : il lui manque ce que les anciens appelaient le/a^^/^''/^///^, le fronton, disposition architecturale (|ui , selon eux , donnait tant de dignité aux tenq:)les des dieux, que, fussent-ils placés dans le ciel même, on ne poui'rait s'empêcher de se les représenter avec un pareil ornement [ii). Le peintre a donc voulu figurer un édifice antérieur à l'invention du fastiiiium, ou une construction rustique, qui n'avait pu se soumettre aux lois d'une architecture élégante et sévère.

Le cymbalutn et peut-être le tympaniun, qui se retrouvent cinq fois dans cette conq:)osition, étaient des attributs de Cyl)èle, appelée dans les vers orphiques (3) Turx- 77avoT£p-/;';. Néanmoins l'invention et l'usage àwtympanum étaient également assignés à Bacchus, comme ce dieu le dit lui-même dans Euripide (j). Maïs on sait que les mystères étaient à la fois consacrés à Cvbèle et à Bacchus (">) ; on sait enfin qu'Isis elle-même se confond avec la Grande- Alère des dieux ; et qu'on la voit souvent représentée avec

(1)D. Greg., VII, 20 ; Can. 84, (3) Hymne à la mère des dieux,

Cod. afr.; Capifulaires des rois de v. 1 1 .

France, I, tit. 6i, et Vil, tit. 236 ; (4) Bacch., 58 et I2i.

Lois des Lombards, I, tit. 38. (5) Euripid., Bacch,, '156 et 513;

(2) Cic, Orat., 3, -i6. Strab., X, 469 et 719.

100 PELMURES.

le cvmbalum (i). Or c'est précisément cette confusion de plusieurs divinités en une. seule qui nous paraît l'idée dominante de l'artiste.

Nous en trouvons un nouvel indice dans le sceptre, la lance, le thyrse, qui appartiennent à Cybèle, à Cérès, à Isis, à Bacchus.

C'est à tort évidemment que quelques antiquaires ont voulu voir un livre dans l'objet qui se trouve appu}é contre le siège : on v reconnaît bien distinctement un de ces instruments de percussion dont parle le scoliaste de Théocrite {'2), quand il rapporte, sur la foi d'Apollodore , qu'à Athènes , dans les fêtes de la déesse Kopvi (Proserpine, fdle de Cérès), l'hiérophante faisait retentir un instrument de bronze appelé r./srov. L'échéion était employé dans les fêtes de Cybèle, de Bacchus, delà déesse svrienne ou Vénus Uranie, et généralement dans toutes les orgies sacrées. Cet instrument est une tablette de bois ou de l)ronze, à laquelle sont attachés des anneaux de fer : on peut l'assimiler à celui que les Tosct'ins appellent tabella (3) o\\ scrandola (4), à la crécelle , crécerelle ou tartcirelle des Français (5), et enfin ausémantérion des Grecs (G). L'usage du sémantério/i est très-ancien dans l'Église orientale, qui n'a point adopté les cloches avant

{[) Don'i, InscripL, I, 30; Mu- romain.

ratori, LXXII, i. (5) De Vert, Cércm. de VÉgL,

(2) IdylL, II, 36. tom. I, p. 440.

(3) La Crusca, sub verbo Jrt&e^/a. (6) Du Gange, Glossar. grxc, (4)Biancbini, deJnstr. mus., tab. s. v. SviuLavrpov.

VII, n° 10, dans le tome II du 3Jusée

PP.EMIERE SERIE. 101

le septième siècle : il est encore désiij^iié, sous le nom de bois sacrés, (cpà ;0a7., dans les canons du concile de Nicée (i) , et Ton peut, non sans quekpie probabilité, en rapporter Torigine à Véchéion dont il s"aj;it.

Le sphinx à tète d homme ou Aiidrosphinx (2) se rencontre sur la taljle isiaque. On en voyait plusieurs à l'entrée du temple de la Abner\ e Saitide, où, connue devant les autres temples égyptiens, ils semblaient commander le silence. Celui-ci unit les attrijjuts du sphinx égvptien, qui portait une espèce de voile, mais qui n'avait pas d'ailes (3), à ceux du sphinx grec, qui était ailé , mais entièrement nu. Quant au boisseau qu'il porte sur la tête, cet emblème de l'abondance (3) appartient encore à Sérapis et à Isis, aussi bien qu'à Cérès.

La corbeille, le ceste mystique, est un attribut de Cérès, de Bacchus, de Cybèle et même de Vénus; mais la figure qui le porte est toute bachique : cest, d'après la couleur de sa peau et d'après la nudité de son torse, un Bacchant égyptien. Donc, ce qu'il faut voir dans le sphinx à tète d'homme barbu surmontée du boisseau, c'est un buste de Bacchus le vieux, de Bacchus 1 Indien, de Bacchus-Osiris ou plutôt de Bacchus-Sérapis. Car les R.omains, avant lait une seule divinité d Osiris et de Sérapis (5), ces deux emblèmes primitifs du Nil et

(1) 11^ Concile, oa??. 3; Cardin. {^)U\AQ,xvi\:\,Vanil\.JEg.,W\'i.2.

Bona. I. 22. n. -2. (5) Tibull.. EL, L 8. 29 ; Rutil.

(2^ Herodot. . IL ITo. Uin.. \. 375.

(3) Th. Br.. tom. I. p. 419-

102 PKIINTURES.

(lii SoK'il, préférèrent niéiiu' le nom de Sérapis et cont'oiulircMit ce personnai^c avec Haccljiis (i). Le culte de lîaeeliiis l)arl)u, sons le noui de Sérapis, était répandu sui'tout dans la Canipanie (n).

Cette e\pliealion du buste étant établie, passons à la petite statue de femme.

Otte fiiiure est debout sur une coloiniette dont les bords retroussés pourraient imiter une fleur de lotus, aulreeiuhlèiiie isia(|ue bien connu. L'ombre qu'elle porte sur le tem})le incbrpie qu'elle est placée au milieu de l'aréa, sans aucun lapportavec la construction du fond. Laeouleni- brune de ses cheveux n'implique pas nécessairement ([ue le peintre ait YouUi représenter un personnai>e vivant; car on voit au musée royal de Naples une statue de marbre l)lanc dont la clievelure est blonde. Nous remarquerons seulement que les cheveux châtains ne conviennent pointa \AfIava Ceres Ae^ Latins (3), mais plutôt à Proserpine, ou mieux encore à la déesse du Nil, qui est une Cérès égyptienne.

Rappelons-nous l'étroite liaison des cultes de Bacchus et de Cérès, d'une part. Liber et aima Ceres (4), d'Osiris (ou Sérapis) et d'Jsis de l'autre. Kappelons-nous surtout cette inscription fameuse :

SERAPini. îSim. LTBERO. LIBERE (5).

(1) Jablonski, II, i, C. ihid.; Cic, A^ B., II, 24.

(2) Macrobo, Sal., I, 18. (r)) Boni, I, 80; Muratori, LXXIV, (3)0vid., Amor., III, 10, 3. 5.

(i) Virg., Georg., I, 7, etServius,

Xoiis en coiicliiron» ii\ec pleine certitude que cette statue représente Isis. qui est la Cérès égAptienne, appelée Libéra, selon Macrobe (i). Alors ces bandelettes, qui Tont du sphinx à l'arbre, de l'arbre à la statue, sont im nouvel emblème du lien qui unit entiv elles les deux di^initès de la t'écondité. de l'abondance, de 1^ We, et qui les nnit toutes deux à la nature.

Reste il expliquer la ligure iissise : dans le doute où nous laisse la perte des traits de son visiige . nous conjecturons que c est une pi^èti^esse d Isis-Libera qui sentivtient avec le pi^tin? de Liber-Sérapis. Que si Ton V vouliût voir encore ime statue, ce seniit Rhéa, la Grande-Mèi^ des dieux . ou Cêrès même; et la petite idole ne serait plus aloi^ que Pivserpine . appelée aussi Libéra. La couleur de la robe de cette lisiiu^ et Lensemble de la composition laissent peu de probabilité à cette opinion.

PL\NCHE 59.

Cette décoration de mur et de lambris n'a de ivraarquid^Ie que la biziirrerie des deux cariatides ailées qui piiraissent supporter le plafond. On peut y voir deux sirènes, car on sait que ces monstres, suivant la Fable antique, étaient primitivement des oiseaux à tète de fem-

(I) Macrobe, loc. ciiat.

me (i). Ce fut seulement après leur défiilte par Ulysse (12) , que, s'étant préeipitées dans la mer , les Acliéloïdes devinrent à moitié poissons. Les aneiens ne les représentaient ordinairement((uesousleurpremièrefbrme(3), afin qu'on ne les eonfondit pas avee les néréides. On ne eonnaît qu'une seule exeeption : elle se trouve dans les médailles de Cumes, où Parthénope est figurée avec une queue de poisson.

Les deux têtes de Gori^one, ou les deux masques, sont dessinés avec ii;oiit, ainsi que les canards et le cygne du milieu et les deux paons de la partie inférieure du lambris.

La fresque ([ui forme la partie supérieure de cette planche a été trouvée dans les fouilles de Ci\ita. Le premier compartiment, en commençant par le haut, a le fond jaune ainsi que la dernière ligne du troisième. Les parties et les lignes les plus ol)scures sont noires, et les clairs sont en blanc. Les sphinx paraissent gris, et la tète de VjElurus^ du chat sacré des Egyptiens, qui se trouve dans le petit carré, est d'un ton blanchâtre. On a donné

(1) Ovide., Melam., V, 554; Ser- (2) Homer., Odyss., XII, 173.

vins. Georg., ï, 9, et yC«., V, 864 ; (3)Spanheim, de Vet. nvm., diss.

Fulgent., Mfjthol., II, ii- III; Montfaucon, liv. IV, ch. 9.

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aux paonsdu deuxième compartiment leurs couleurs naturelles, et au masque qui est entre ces deux oiseaux, des teintes d'une grande vivacité. T/autre masque offre, sur un fond cendré et dans un cercle d'or, un visage pâle dont le front et le menton sont entourés d'ornements du même métal. La colonne est marbrée. Peut-être cette peinture murale et plusieurs autres du même gerne ontelles été faites à l'imitation de certaines tapisseries dont parle Pline (i).

Le lambris inférieur, trouvé à Civita, le 19 avril lybS, offre, sur un fond noir, entouré d'ornements de couleurs variées, des oiseaux peints au naturel.

Cette fresque a été trouvée dans les fouilles de Civita, en 1764. Au milieu d'un rectangle blanc, encadré de rouge, surmonté d'un entablement cendré et de quelques arabesques rouges , se trouve un hippogriffe de cette dernière couleur, avec les ailes grisâtres.

JjC lambris inférieur représente, sur un fond noir, deux oiseaux qui semblent becqueter des cerises.

(1) Wsl. Nat., XXXVl, i5, et XXX VII, i.

!•* Série. — Peintures. 14

106 PKIMURFS.

Pl.ANCHK 62.

Cette peinture nuirale, trouvée à Portici, ne manque j3as d'intérêt. Itl le offre de chaque côté un autel carré, dont la base est ornée de feuillaiçes et d'arabesques; au milieu , dans une niche fermée par un balustre, est une cjrande vasque de couleur jaune, deirière laquelle se tient unefigurenue qui porte ses deux mains surles bords; de chaque côté delà niche, nu candélabre orné d'arabesques formées de rameaux et de feuilles découpées comme celles du chêne; et sur chaque candélabre, une colombe de couleur noirâtre, les ailes déployées, et regardant le ciel. On soupçonne que l'artiste a voulu représenter, ou au moins rappeler symboliquement, le fameux vase de Dodone et les deux colombes posées sur les chênes fatidiques. A la vérité, jjlusieurs auteurs ont cru qu'il y avait à Dodone un grand nombre de vases d'airaui, qui retentissaient tous quand on en frappait un seul (i), d'où était venue l'expression proverbiale, « Airaii] de Dodone )) , XaV/tsîov Acof^covaiov, [)0»ir désigner « un grand parleur ». Néanmoins Etienne de Byzance (2) a démontré la fausseté de cette opinion ; et,ai)puyé sur l'autorité de Polémou et d'Aiistide, il a établi qu'il se trouvait à Dodone deux piliers, sur l'un desquels était la statue d'un jeune

[i] Auson., ^/j/.sY., XXV, 23 et licarn., I, 19; Servius, /E"//., III, 466. Sfi]. ; Asioii., /)/i7W. ; in Dionys. Il.i- (2) Fragm. deDod., t. VII, p. 1 1/|.

!>fl .

i>arcoii tenant en main mi Fouet tloiit les courroies mo-

Il >

biles étaient agitées par le vent et allaient frapper nn vase de broir/e placé snr l'antre pilier. Strabon (i) donne nne description semblable, sant'qn'il ne parle pas des piliers, et qn'il place la statne an-dessus dn vase. Lefbnet, ajoute cet auteur, avait été donné par les liabitants de (]orc\re; d'où cette autre expression proverbiale, « l^'ouetdes ('orcyréens, )) Kopx.'jpauov [v.acTi^, cpii s'employait coin me la première. D'autres auteurs (.'^) parlent aussi d'un seul \ase; mais, parmi eux, Plnlostrate remplace la statue de l'enfaut par celle d'Echo.

Quant aux colombes, cpielcpies-nns pensent f[u elles étaient au nombre de trois; d antres n'en comj^tent (pie deux; d'autres enfin prétendent qu'il n'y en avait ([u'une (')). Sophocle est parmi les seconds; ïîérodote dit ([ue les colombes étaient noires. JNous n'invotpierons pas d'autres autorités à l'apj^ui d'une explication f|ue nous ne donnons pourtant c[ue comme une ingénieuse hvpothèse.

Le compartiment intérieur de cette planche représente un soffite , c'est-à-dire , la décoration d'un dessons de corniche on d'un lambris, Ibriiiée par des bandes qui s'entrelacent à angles droits, de manière à tracer une sorte de labyrinthe. C'est ce que les architectes modernes appellent une greccjue. Les Latins nommaient cette

(1) Lil). VII, p. l^.xi, in excerpt. (.'3) Scholiast.Sophocl.. Trachiu.,

(2) Philostrat. , Imnç/., U, 3A ; I7i. Callini., Hijmn. in Del.,^S6.

108 PEINTURKS.

sorte tie dessin lacunar on Uicidatum , ])arce ([iie les interstiees fini y sont fii^nrés forment comme de petits lacs (]). Les (jrees l'appelaient (paTvtoaa, de oarv/i, alvéole. Dn reste, Grecs et Latins employaient fréqnemment cet ornement dans les pavés de mosaiqne : on voit an musée royal de Naples nn lacunar dont le dessin est presque semblable à celni-ci.

PLANCHES 63 à 94.

Les décorations d'appartement ([ne conq^rend cette série de planches ont été publiées à Naples, dans nn recueil intitulé (5») : les Ornements des mars et les Pavés des salles de F antique Pompéi. Un second ouvrage , qui n'est en partie que la reproduction du premier (3), en donne anssi ([nelqnes-unes. Mais ces deux collections ne contiennent cpie des gravures; et les éditeurs de la première, en la livrant au public, ont déclaré eux-mêmes, dans \\\\ court avertissement, qu'ils renonçaient à y joindre aucun texte explicatif. Kn effet, l'Académie royale Herculanieinie, consultée sur ce point, avait déclaré qu'il serait siq^erfln et même puéril d'ap]^li([uer à ces jK'intnres

(1) Vossius, in Laciis ; Isidor., délia staniptMMii regale, 1700.

XIX, 22. (3) Atlas de 100 planclies, publié

[i) Gli Omati délie pareil cd i par l'Académie de Naples en 1808;

Pavimenti- délie slanze dell' aniicu mentionné par Mazoisdans sos,Rm-

Pompei, incisi in rame. Napoli , «e.s(/e Pom/?p7, part. Il, p. 02.

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