‹ Hercule et Cacus; étude de mythologie comparéeChapitre 18 sur 19 · LA FABLE D'HERCULE ET DE CACUS DANS L'ÉNÉIDE · texte numérisé non relu

LA FABLE D'HERCULE ET DE CACUS DANS L'ÉNÉIDE

Ossa super recubans antro semnesa cruento ; Nec te ullæ facies, non terruit ipse Typhœus Arduus, arma tenens; non te rationis egentem Lernæus turba capitum cireumstetit anguis.

Salve, vera Jovis proles, decus addite divis, Et nos et tua dexter adi pede sacra secundo.

Rien ne peut donner une idée plus exacte de la poésie védique que ce morceau. Il n'est pas jusqu’au mot dexter, qui se trouve dans le dernier vers, qui n'ait son équivalent dans l'Inde. Ce mot doit être pris dans le sens propre : les poëtes. védiques invitent les dieux à venir du côté droit, dakshinatas, dakshinit (À).

N'’est-il pas intéressant de trouver, dans le chef-d’œuvre de l'épopée savante, un fragment qui tiendrait sa place parmi les créations de la poésie la plus spontanée qui ait jamais été ? C’est le privilége du génie : il peut réveiller des échos endormis depuis des siècles. La Muse qui a inspiré les premiers chants de l'humanité fait encore entendre de loin en loin ses accents.

(1) Atharva-véda, IV, 32, 7.

Il ne sera peut-être pas inutile de rassembler en quel ques pages les résultats auxquels cette étude nous a conduits : nous laisserons de-côté les circonstances secondaires et les hypothèses, ou du moins nous séparerons avec soin ce qui est conjectural des faits que nous pouvons regarder comme acquis.

Le mythe d’'Hercule et de Cacus; l'un des plus anciens, sinon le plus ancien, de la race indo-européenne, s’est conservé avec une rare fidélité, quoique avec les changements accessoires qu’y a apportés le génie différent de chaque peuple, en Italie, en Grèce, dans l’Inde, dans la Perse et dans la Germanie.

Ce n’est pas par l’uniformité des lois de Pesprithumain, encore moins par le hasard, qu’on peut expliquer la ressemblance des récits que nous avons comparés, car

l'analyse philologique nous a fait constater partout la présence de certains noms qui attestent une filiation commune. Sans le secours de la philologie, les recherches de mythologie comparée courent risque d’aller à l’aveugle, car le champ de l'interprétation est illimité ; mais, avec l’aide des noms, qui sont comme la marque attachée à la fable et attestant son origine, les chances d'erreur se trouvent singulièrement diminuées. Une seule preuve grammaticale parle plus haut que les ressemblances les plus frappantes dans l'idée générale d’un mythe, et les récits les mieux concordants prouvent moins pour l'identité primitive, qu’un seul nom mythique comme Fritra, Opôpoc, Carvara, KépGepos, Sdrameya, Eouesiac, Käuxtlas, Cæcius, conservé dans les diverses langues, et transformé, comme on devait s’y attendre, suivant les lois phonétiques qui ont présidé à leur formation. En effet, la mythologie comparée n’a pas pour but de rechercher dans les religions de tous les peuples les croyances qui peuventleur être communes : cette étude, qui a sans doute son utilité, doit rester réservée à la philosophie. Mais la mythologie comparée est avant tout une science historique, et c’est l’origine et le développement des conceptions religieuses, et non leur plus où moins de ressemblance, qu'elle se propose d'observer.

Dirigée d’après ce principe, la mythologie comparée ne doit pas étendre ses recherches au-delà des croyances d’une seule race : car elle écartera, comme

une hypothèse qu’elle est dans l'impossibilité de vérifier, l’idée d’une religion primordiale commune à tous les peuples. Si pourtant, comme cela nous est arrivé, elle croit rencontrer dans une autre race des traces évidentes de croyances identiques, elle devra rechercher si ce n’est pas par un emprunt qu’elles ont passé d'une religion à une autre.

Prenant pour point de départ le récit de Virgile, nous avons reconnu dans la fable de Cacus une légende italique, ayant ses racines dans le sol du Latium, sur le terrain même où la Rome des rois était assise. À ce signe, nous avons présumé son antiquité, car les peuples ont l’habitade de placer tout près d'eux la scène des actions mythiques qui composent le fond de leurs croyances. Les cérémonies qui se rattachent à cette histoire, telles que les sacrifices qui se célébraient tous les dix jours à l’ara maxima, dans les premiers temps de Rome, la présence des prêtres Saliens à l'autel, les noms du forum boartum, de la porte Trigemina, du temple de Jupiter Inventor, de la maison et de lescalier de Cacus, le caractère archaïque du rite, enfin l'union intime qui existe entre la victoire du dieu et la cérémonie si romaine du triomphe, nous ont confirmé le caractère latin de la légende.

Le mouvement d'esprit qui, à parür du quatrième siècle de Rome, a eu pour but de transformer la religion italique d’après le modèle de la mythologie grecque, et de chercher des rapports, la plupart du temps ficufs,

entre les dieux du Latium et les divinités ou les héros helléniques, n’a pas épargné la légende de Cacus. Les noms des personnages ont été changés ; mais On respecta l'ordonnance du récit et l'aspect général de la fable. D’après un ensemble de circonstances que nous ne pouvons rappeler ici, nous avons reconnu dans Hercule le dieu Sancus, c’est-à-dire Jupiter, qui portait à l’Autel Maxime le surnom de Recaranus, c’est-à-dire Recuperator. Quant au brigand vaincu par le dieu, son nom était d’abord Cæcius. Les hellénistes de Rome en firent plus tard Cacus, c’est-à-dire le Méchant ; on l’opposa à Évandre, le Bon, personnage complétement apocryphe, inventé de toutes pièces par les mythologues. Sous ce vêtement grec, la fable s’est conservée, et les cérémonies auxquelles elle donnait lieu en perpétuèrent le souvenir.

Tandis que la domination romaine, qui passa son niveau sur la province, étouffa ou empêcha d'arriver jusqu’à nous les légendes probablement bien variées des diverses cités de l'Italie, la Grèce, libre et divisée, conserva presque autant de formes différentes du mythe hellénique, qu’elle comptait de peuplades. Par une fiction qui leur appartient en propre, les Grecs placèrent audessous des dieux et comme procédant d’eux, un monde de héros qui répètent leurs hauts faits sur la terre. La légende latine se trouve donc reflétée chez eux dans une infinité de fables semblables par le fond, variées dans le détail, rapportant aux noms les plus divers un exploit

toujours le même. Le combat des Dieux contre les Géants, celui de Jupiter contre Typhon, d’Apollon contre le serpent Python, de Persée contre la Gorgone, de Bellérophon contre la Chimère, d’Héraclès contre Géryon, sont autant de variétés locales de la même donnée mythique. Grâce à un esprit plus poétique et plus riant que celui des Latins, les Grecs conservent une partie des circonstances purement fabuleuses : la lutte se passe ordinairement dans le ciel ou dans des contrées imaginaires; les noms sont restés plus transparents et laissent entrevoir, sans autre secours que la langue grecque, qu’il est question d’un combat entre des forces de la nature.

Non-seulement chaque tribu hellénique modifia le mythe à son gré, mais il changea de caractère à mesure que le peuple grec avança en àge. L'expédition des Argonautes nous représente la fable de Géryon à une époque où commencent les aventures lointaines et les expéditions maritimes : peut-être faut-il voir aussi quelques traits de notre mythe, mêlés sans doute à des événements historiques, dans l’enlèvement d'Hélène et la guerre de Troie.

Un peuple qui aimait autant le merveilleux devait choisir avec joie tous les prétextes pour orner et varier la narration primitive : il en trouva l’occasion dans les homonymes qui se présentaient dans le cours du récit, et: qui, invitant le conteur à sortir de la route habituelle, le mettaient sur la voie d’aventures nouvelles et extraor-

dinaires. En suivant ces sentiers de traverse, on ren-

coutra la fable des Pommes d’or du jardin des Hespérides: celle de la Toison d’or et de l’Égide, celles d’Andromède, d'Ariane et de Pasiphaé. Une fois que l’on connait le point de rencontre par où ces fables aboutissent à la donnée première, elles s'expliquent d’elles-mèmes, car elles reproduisent fidèlement dans le détail toutes les circonstances du thème primitif.

Si de la Grèce nous passons dans l’Inde, où des monuments littéraires incomparablement plus anciens permettent de remonter bien au-delà des temps homériques , nous retrouvons notre mythe, avec toutes les circonstances et le plus grand nombre des noms qui S'y rattachent, parfaitement raconté dans les védas. Seulement, au lieu d’une aventure fabuleuse, nous sommes en présence d’un fait naturel; au lieu d’un événement une fois arrivé, nous voyons un phénomène périodique. Il n’est pas question d’une lutte entre des héros imaginaires : c’est /Jyaus, c'est-à-dire le ciel, et après lui Indra, qui déchire Fritra, c’est-à-dire le nuage : en le frappant de sa foudre, il en fait jaillir des flammes, et 1l délivre les eaux que le monstre tient enfermées. Au lieu de J’ritra, nous trouvons aussi, pour désigner le nuage, le nom d’4hi, c'est-à-dire le serpent : soit qu’en effet le peuple ait cru voir l’image d’un serpent dans les replis du nuage, et qu'il ait pris le iard de la foudre pour la triple langue du monstre, soit plutôt que le mot ai ait signifié d’abord l’erxnemk, et qu'il faille attribuer à une confusion occasionnée par le langage la forme de dra-

gon donnée par tous les peuples à l'ennemi du dieu suprême. Quant aux vaches volées par le démon, elles sont certainement une création de l’idiome primitif, qui, désignant chaque objet d’après sa qualité la plus saillante, avait choisi l’idée de mouvement (gu, gam), pour nommer le bœuf d’une part, la nuée qui s’en va dans le ciel de l’autre. Ainsi, dans le même instant où le mythe s'explique, il s'évanouit : on peut dire qu'il existe qu'à condition de n'être pas compris.

Les auteurs des plus anciens chants védiques ne se laissent pas duper par le double sens des mots qu'ils emploient : ils s'amusent des images que leur idiome leur fournit de lui-même, mais ils font cesser l'illusion quand il leur plaît, et à la peinture fantastique font succéder tout à coup la réalité nue. Après avoir dépeint les vaches volées par le brigand, ils montrent l’eau qui tombe sur la terre, et, après avoir appelé Fritra le plus méchant et le plus lâche des êtres, ils emploient son nom dans le sens ordinaire de nuage.

Dans l’Inde comme dans la Grèce, la langue finit par s'obscurcir, et le fait naturel se change en une scène fabuleuse, le phénomène périodique en une ancienne tradition. De même encore que chez les Grecs, des équi- . voques de détail produisent de nouvelles formes mythiques ; le double sens de devi (nuée brillante, déesse), fit supposer que /‘ritra enlevait les nymphes célestes; peut-être le poëme du Rémdyana repose-t-il sur cette

donnée. Les mots parvata (nuage, montagne), pur

(nuage, ville), transformèrent /Zrdfa en destructeur de montagnes et en preneur de villes.

En comparant entre elles la fable de l'Inde, celle de la Grèce et celle de l'Italie, beaucoup de circonstances jusque-là. inexplicables s’éclaircissent d’elles-mêmes. Plusieurs des malentendus qui ont donné lieu à des mythes nouveaux doivent être rapportés à un idiome antérieur au grec, au latin et au sanscrit; mais la langue des védas, la plus rapprochée de cet idiome, nous permet souvent de deviner quel est le nœud de l'erreur. D'autre part, des divinités ou des êtres fabuleux se montrent dans les védas sous leur première forme : c’est ainsi que nous avons reconnu dans Cerbère (Car-. vara) le chien qui hurle dans la tempête et qui emporte sur l’aile des vents les âmes des morts. Sérameya est un autre nom du même être : mais les Grecs, en faisant de Ini leur Hermès (Epueiac), lui firent don de 14 forme humaine. C’est ce même amour de: l'art qui les porta à représenter Géryon comme un guerrier grec, tandis qu’ils cachent le monstre Fritra sous la figure du chien à deux têtes, Orthros. La comparaison du mythe indien nous permet aussi de reconnaître d’où vient l’idée des bœufs tirés à reculons vers l’antre de Cacus : c’est l’image des nuées qui, par un effet physique aisé à expliquer, ont l’air de marcher contre le vent, et qui parurentattirées par l’haleine embrasée du serpent, une fois qu'on fut convenu de représenter sous cette forme le ravisseur des nuages.

La nature de l’homme est complexe, et il lui serait impossible de ne pas mettre quelque chose de son être moral dans les mythes qui occupent son imagination. Le démon qui retient les eaux du ciel fut regardé comme un type de méchanceté et de perversité, le dieu qui le foudroie, comme le vengeur de la justice. C’est ce côté religieux, déjà indiqué chez les Romains et chez les Grecs, très-visible dans certains hymnes védiques, qui frappa surtout les Perses ; donnant au mythe de Fritra un développement extraordinaire, ils en firent le cadre de leur religion. Le /‘ritra védique devint chez eux Ahriman, et la lutte des deux êtres merveilleux se prolongea pour les Perses à travers l’immensité du temps et de l’espace : lutte morale avant tout, où chaque homme doit prendre parti, et dont l'avenir de tous et de chacun est le prix. Cette conception gigantesque n'empêche pas la légende primitive de survivre dans sa forme plus restreinte et plus modeste ; tous les saints du Parsisme livrent pour leur compte le combat qu'Ormuzd soutient contre 4hriman, et le dragon lançant des flammes, attirant à lui sa proie, se rencontre sous les pas de tous les prophètes de l’Avesta et de tous les rois du Schdh-namèk.

La Judée appropria au monothéisme, et transforma en apologue la légende de la Perse : le serpent tentateur du troisième chapitre de la Genèse rappelle trop directement 4hrünan, pour ne pas être une importation de l'Iran. La même croyance reparaît d’une façon encore

plus distincte dans l’Apocalypse, ét se répandit de là dans le monde chrétien : les traditions locales sur des monstres vaincus par des héros purent continuer de vivre, en s’autorisant du récit sacré, et en substituant aux anciens vainqueurs les saints de la religion chrétienne.

La Germanie enfin a reçu, et conserve encore aujourd'hui sa part des croyances primitives : une quantité de locutions, de noms et d’usages se rapportent au mythe de fritra. D'un autre côté l’ancienne littérature de la Germanie est pleine du souvenir de ce mythe. Le poëme des Wibelungen célèbre la victoire de Szegfried sur le serpent qui gardait les trésors du roi Wifling (roi des nuages). Les chants scandinaves rapportent au dieu Donar (le Tonnerre) le même exploit, et le racontent en le dégageant des éléments étrangers que le poëme germanique y à mêlés.

Nous avons essayé de montrer ce que deviennent les mythes quand l’âge de foi est, passé, et que la religion qui les soutenait commence à se dissoudre. [ls sont exposés à se survivre à eux-mêmes, au milieu de générations nouvelles qui tantôt les tournent en moquerie et tantôt les interprètent de la façon la plus arbitraire. S'ils servent de thème à la poésie, celle-ci en les embellissant les dénature : s’ils subsistent dans la mémoire du peuple et les écrits des compilateurs, ils se perpétuent avec un mélange singulier de fidélité dans les circonstances secondaires, et d'erreurs dans l'aspect général. Eschyle

immorlalise la fable des Titans en la défigurant ; Denys d’'Halicarnasse, au contraire, raconte avec une grande exactitude le mythe de Cacus tout en faisant d’Hercule un prince grec, et de Cacus un roi du Latium. Dans les poëmes modernes de l'Inde, /adra et Fritra sont dépeints comme deux adeptes du panthéisme brahmanique : pour obéir à Brahma, ils se livrent combat, bien qu’ils sachent que le monde et eux-mêmes ne sont qu’apparence ; mais les circonstances de la lutte sont exactement celles du mythe védique. Livrés à des mains d'ouvriers, ces blocs de marbre passent obscurément d’une construction dans une autre; s’ils tombent aux mains de quelque sculpteur de génie, ils deviennent célèbres, mais ils cessent d’être reconnaissables.

Il y a toutefois d’heureuses rencontres dans l’histoire des mythes : un esprit poétique, amoureux du passé, peut rendre la vie à ces créations du premier âge de l'humanité. Pour les ranimer , il n’est pas nécessaire qu'il les comprenne : il suffit qu’il suive exactement les contours de la narration populaire, et qu’il y mette quelque chose de la foi et de la naïveté des croyances primitives. Virgile a raconté l’histoire d’Hercule et de Cacus comme l'aurait pu faire un poële des temps védiques, et les vers qu’il met dans la bouche des prêtres Saliens ne seraient pas déplacés dans le plus ancien des hymnes de la race arienne.

La longue suite des aventures de notre fable nous mon-

tre avec quelle persistance une conception se maintient

dans le souvenir des peuples ; persistance qui n’est pas plus étonnante, après tout, pour la mythologie que pour la langue, car on peut dire que nous répétons encore dans les mêmes termes les fables qui ont charmé nos premiers pères. Mais ce qui, à nos yeux, n ’est pas moins remarquable que cette durée qui ressemble presque à l'immortalité, c'est l’usage bien différent qu'ont fait du même mythe les diverses fractions de la race indo-européenne. Chez les Grecs, il est réservé à la poésie ; chez les Romains, il est une tradition nationale, et entre dans la vie religieuse et politique du peuple ; les Indous, devenus étrangers à leur mythologie, en font le texte des interprétations les plus forcées, et y cherchent la confirmation de leurs spéculations philosophiques. Les Jraniens, donnant un tour métaphysique à la fable, y trouvent la matière d’une religion.

Mais partout, quel que soit le sort réservé au mythe, les plus anciennes institutions, les usages les plus vénérés s'y rapportent et le rappellent. Les dieux de la Grèce, les oracles de Delphes, les premiers sacrifices et le plus grand autel de Rome nous ramènent à cette tradition : le Péan retentit pour la première fois en l’honneur de la victoire que l'Inde et la Perse ont prise pour type de toute victoire. Peut-être faut-il voir dans cette conception, qui occupe une si haute place dans les religions et dans les usages de la race indo-européenne, le premier fait de sa vie intellectuelle.

Partout aussi la poésie s’en empare : elle retourne

constamment à ces récits qu'elle ne peut oublier. Le drame joué tous les cinq ans à Delphes, et les chœurs des frères Saliens, les odes chantées à Olympie et :les chandas de YInde, célèbrent un thème unique. Ce n’est pas seulement la communauté du langage et des croyances qui fait que les peuples ariens peuvent se regarder comme frères : leur poésie s’abreuve aux mêmes sources. L’épopée surtout, cette fleur de l’esprit indo-européen, s’est instinctivement nourrie de ces idées, et les a mêlées aux grands événements qu’elle représente. Le Rémdyana et ’Iliade reposent peut-être sur la même donnée, et l'Odyssée, l'Énéide, les Vibelungen et le Schdh-naméh contiennent certainement des épisodes qui, sous des noms différents, retracent un seul et même fait. Tel est l'attrait invincible des fables : l’épopée, qu’elle soit l’œuvre collective d’une nation ou le fruit du génie poétique d’un seul homme, s’est partout complu à fixer les images qui se sont réfléchies les premières dans l'esprit de la race.

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