‹ Hercule et Cacus; étude de mythologie comparéeChapitre 2 sur 19 · LA FABLE GRECQUE: HÉRACLÈS ET GÉRYON · texte numérisé non relu

LA FABLE GRECQUE: HÉRACLÈS ET GÉRYON

On pourrait croire que l’histoire d'Hercule et de Cacus, unie d’une façon si intime aux origines de Rome, ne remonte pés plus haut que cette ville. Il n’en est rien: l'homme éprouve le besoin de rapprocher de lui les traditions qui lui sont transmises par ses pères, et il transplante sur la terre où il se trouve les légendes qu’il y a apportées. Les récits fabuleux dont la scène est placée au loin sont à l’ordinaire des emprunts de date relativement récente : au contraire, ceux qui SeMblent enracinés dans le sol se retrouvent sur toutes les stations que la race à parcourus, et ont autant de lieux d'adoption différents qu’il y a eu d'étapes depuis le point de départ. On à constaté que les peuples portent leur géographie avec eux, el que les mêmes noms de

HÉRACLES ET GÉRYON. 65 fleuves et de montagnes se retrouvent à des distances considérables : il en est de même des légendes qu’on appelle locales. L'histoire de Romulus exposé par ses parents, nourri par un dieu, recueilli par des étrangers, reprenant, les armes à la main, le trône qui lui a été pris injustement, était attribuée en Perse à Cyrus, au temps de Xénophon, et plus tard, du temps de Firdousi, à Keï Khosrou (1); on la raconte encore aujourd’hui dans l’Inde, ainsi que dans toutes les contrées où le bouddhisme a répandu les traditions indiennes, du roi Candragupta, le fondateur de la dynastie des Mauryas (2). 11 en est de même du mythe qui nous occupe : il fait partie du patrimoine religieux de la race arienne, et il appartient à la Grèce, où nous allons le suivre, au même titre qu’à l'Italie.

Quand on passe de la mythologie romaine à celle de la Grèce, on sent qu’on pénètre dans un monde nouveau. À la précision un peu sèche de l'esprit latin succède l’éclat et la richesse, aux traditions pieusement conservées les inventions poétiques : la même imagination qui a fourni à la Grèce la matière de deux épopées, a créé une profusion de récits fabuleux qui font de la religion hellénique le spectacle le plus brillant et le plus varié. Si le nom de mythologie ne doit être donné qu’à un ensemble de conceptions écloses spontanément et

(1) Schäh-Namèh, éd. Mobl, II, p. 419.

(2) Küppen, die Religion des Buddha, p. 161. Turnour, Epitome of the history of Ceylan, LXXVI.

librement transformées, à un monde surnaturel organisé comme la terre, non moins peuplé et non moins agissant, on peut dire que les Grecs, les Indous et les Scandinaves sont les seuls peuples ariens qui aient eu une mythologie. Le premier caractère qui distingue les Hellènes des Romains, c’est la fécondité : la fable de Cacus qui, sur le sol latin, reste isolée et comme sans rejetons, devient chez les Grecs la souche d’ane quantité de mythes qui semblent naître les uns des autres, s’enlacent, se croisent et se renouvellent en se multipliant. Chaque cuntrée de la Grèce et de l'Asie Mineure représente à sa facon le combat du dieu contre le monstre : mais toutes les légendes, malgré leur diversité, ont conservé un air de famille.

Non-seulement l’idée première, en se fécondant, s’est répandue dans un grand nombre de mythes, mais elle se présente à nous à ses différents degrés de développement. Nous trouvons d’abord que le combat soutenu par le seul Jupiter chez les Latins se renouvelle en Grèce pour chacune des divinités qui personnifient la lumière. Zeus, qui, en secouant l'égide, c’est-à-dire les nuages, fait gronder le tonnerre, et que la foudre, son épée, a fait surnommer Chrysaor (1), lutte contre Typhon, le fils de l’atmosphère (Héra). Le monstre dresse “en vain ses cent têtes de dragon qui font entendre tantôt

(1) Preller, Mythologie grecque, 1, p. 78 et 91, note. Welcker, la Trilogie de Promélhée, p. 153.

HÉRACLÉS ET GÉRYON. 67 le mugissement du lion, tantôt les aboiements des chiens, tantôt des sifflements sinistres : Zeus le frappe de la fou dre et le précipite dans le Tartare (1). A côté de Jupiter, la divinité qui règne sur les espaces lumineux, c’est Apollon (Aÿxewç, Auxnyevie). La poésie et lés arts ont célébré à l’envi son double combat contre le géant Tityos qui avait osé porter une main impure sur sa mère Latone, et contre le serpent Python qui, du fond de la vallée de Delphes, s’avançait en dévastant les campagnes, desséchant les rivières et faisant périr les hommes et les troupeaux (2). De leur côté, les deux déesses qui représentent, l’une Ja pureté d’un ciel serein, l’autre la clarté dela lune, Athéné et Artémis, ne restent pas étrangères à ces luttes : elles assistent les dieux ou les héros aux prises avec les puissances infernales. Enfin l'imagination grecque, non contente de ces combats isolés, a réuni dans une mélée générale les dieux armés contre les Titans. Si ce dernier épisode s’est compliqué d'éléments étrangers à la conception primitive, s’il a reçu des développements qui appartiennent plutôt à la réflexion philosophique qu’à la mythologie, il n’en est pas moins sorti du même fonds d'idées, et nous montre, dans un cadre plus imposant, la même guerre entre deux forces ennemies.

Mais le mythe a fait un pas de plus : les Grecs, obéis- (1) Hésiode, Théog., v. 820. Pindare, Olymp., IV, 6; Pyth., I, 21. Eschyle, Prom., 353; .

(2) Odyssée, NII, 324. Pind., Pyth., IV, 46. Lenormant et de Witte, Élile céramographique, 1. I, planches LV-LVIII.

sant au désir naturel chez l’homme de se retracer ses origines, et voulant faire revivre dans leur mémoire un temps dont le souvenir s'était évanoui, ont emprunté à Jeurs dieux une partie de leurs exploits, et les ont attribués aux héros. Pour se donner des aïeux, ils n’eurent pas besoin, comme les Romains, de faire descendre leurs divinités sur la terre : leur imagination était assez riche pour tirer des figures nouvelles des types déjà créés, et pour placer à mi-chemin entre la terre et le ciel des êtres merveilleux, formés comme à souhait pour l'épopée et le théâtre, et dont la poésie devait s'emparer d'autant plus aisément qu’ils semblaient appartenir à l’histoire, quoiqu’ils fussent le pur produit de la fantaisie. Héraclès, Bellérophon , Persée, Cadmus, sont de véritables dieux de seconde formation, renouvelant parmi les hommes les hauts faits que les divinités dont ils sont sortis accomplissent dans les espaces célestes. Il ne faut pas chercher des traditions historiques ou le souvenir de phénomènes locaux dans l'épisode de la Gorgone, de la Chimère ou du dragon de Béotie ; la ressemblance même de ces récits atteste leur origine commune. C’est l’antique combat de Zeus qui recommence sur la terre, et que chaque peuplade de la Grèce transforme à son gré, en en faisant honneur à son héros de prédilection. Nulle part cette identité ne paraît mieux que dans l’histoire d'Héraclès. Ce fils de Jupiter, entre les mains duquel la massue remplace la foudre, semble avoir été, de préférence à tous les autres héros, l'héritier de Zeus.

HÉRACLÈS ET GÉRYON. 69 Non-seulement il renouvelle ses exploits, mais iloccupe exactement dans l'Olympe la même place que Jupiter. De même que dans sa lutte contre les Titans Zeus est secouru par Athéné, Héraclès est partout suivi par la déesse qui l’encourage au combat et lui sourit après la victoire. De même encore que Zeus est sans cesse en guerre avec Héra, qu'il va jusqu’à fouetter dans sa colère et jusqu’à suspendre dans le ciel les mains enchaïnées, les pieds retenus par deux enclumes (1), Héraclès doit lutter toute sa vie contre la colère de la puissante Héra. C'est elle qui suscite contre lui des monstres, de même que par colère contre Zeus elle a enfanté Typhon, en s’unissant aux puissances de lenfer (2). Lorsque le héros sort vainqueur d’une de ses épreuves, il semble que Zeus, que l’'Olympe entier, aient vaincu avec lui : tous les dieux viennent à sa rencontre et célèbrent son triomphe.

Ce qui donne à la vie d'Héraclès un caractère à part, c'est le nombre considérable de ses combats : tandis que Zeus, Apollon, ne remportent qu'une victoire, la vie du fils d’Alemène est une suite interminable de hauts faits. Mais toute la Grèce parait avoir adopté Héraclès comme un de sestypes favoris, et chaque contrée a fourni un épisode à son histoire. À une époque où les Grecs commencèrent à ordonner leur mythologie en système et à y voir des allégories, ses #ravaux furent classés sa-

(1) Iliade, 1. 586, XV, 18.

(2) Lliade, |. 396, XIV, 270.

vamment-et arbitrairement réduits à dix ou douze. En les comparant entre eux, on reconnait que la plupart de ces exploits sont conformes à un modèle unique ; que l’hydre de Lerne, le lion de Némée, Cerbère, Géryon et tant d’autres monstres ou géants sont des figures différentes d’un même être fabuleux, et que c'est le même combat qu’Héraclès livre toute sa vie.

Entre tous les faits de la vie du héros, nous choisissons l’histoire de Géryon, où les contours de la donnée première et la signification primitive du mythe ressortent le plus clairement. Géryon, fils de Chrysaor et de Kallirhoé, possède de riches troupeaux de bœufs et de vaclies, de nature fabuleuse, comme l’indique la couleur de pourpre de leur peau (4). Sa demeure est placée au loin, près de l'Océan, dans l'ile d'Érythie, que baignent les fleuves Anthémoëis et Aoos (2). Si l'on rapproche de l’histoire de Géryon celle du géant Alcyonée, qui enleva, de cette mêmeîle d'Érythie, les bœufs du Soleil, et qui fut également tué par Héraclès, et si l’on fait attention au secours qu'Apollon prête au héros dans

(1) Pouuxûs Boxe, Apollodore, 11, 5, 10. Les vases grecs, qui sont souvent plus fidèles et plus complets que les mythographes, n'ont pas manqué d’exprimer cette circonstance. Voy. Gerhard, Vases, CV, CVI.

(2) C’est à une époque où l’on voulut reconnaître dans les travaux d’Héraclès l'image de la révolution annuelle du soleil, qu ’on placa le séjour de Géryon le plus loin qu'on put au couchant. Suivant d’autres traditions, Géryon était roi de la contrée située entre Argos, Amphilcch‘um et Ambracie (Hécatée, fr. 343). on montrait ses ossements et son trône en Lydie ainsi qu’à Olympie. Il était honoré comme héros en Sicile et en Épire (Gerhard, Vases grecs, t. Il, p. 30. Strabon prend même soin de dire que Géryon n'était pas adoré à la pointe méridionale de l'Espagne, et que c’est là une invention d’'Éphore (II, 1).

HÉRACLES ET GÉRYON,. il

l'épisode qui nous occupe, on estamnené à supposer que les bœufs de Géryon ont été ravis par lui à Hélios (4). 11 les fait garder par le berger Eurytion et le chien Orthros, à deux têtes; lui-même est appelé rhioéuaros et rouxdonvos, etil est représenté d’une taille gigantesque, ailé et armé de toules pièces. Pour aborder dans son ile, Héraclès emprunte au Soleil la coupe d’or sur laquelle le dieu parcourt sa carrière; il arrive et passe la nuit sur la montagne Abas. Le chien du géant remarque sa présence et se précipite sur lui: 1l est tué. Le berger Eurytion accourt et tombe à son tour. Déjà le héros emmène les troupeaux, quand Géryon vient les lui disputer : mais il succombe sous les flèches du demi-dieu qui embarque avec lui le troupeau, prix de sa victoire. Une tradition ajoute qu'il fat suivi par Érythie, fille de Géryon (2).

Les vases grecs, qui forment à la mythologie un poétique et fidèle commentaire, ont souvent représenté l'épisode de Géryon : ils nous montrent Héraclès endormi dans la coupe quile conduit vers Érythie ou aux prises avec le monstre. L’un d’entre eux (3) peint Géryon sous la figure de trois guerriers, dont le premier, déjà frappé, est renversé à terre; le second, blessé à mort, va tomber, tandis que le dernier résiste encore au demidieu. Athéné est debout auprès d'Hereule; aux deux

{(t) Apollodore, I, 6, {.

° (2) Welker, Sylloge epigr., 203.

(3) Voy. de Witte, Hercule el Géryon. Bulletin de L'Académie royale de Bruxelles, &. VIT.

côtés sont placés la nymphe Érythie et les bœufs que le héros va conquérir.

Ce n’est pas ici le lieu d'expliquer les noms qui paraissent dans ce mythe : ils sont si transparents, ils indiquent si clairement qu’il est question d’un combat livré dans les airs entre des forces de la nature, lutte dont le prix est l’abondance et la fécondité, que le scholiaste d’Hésiode a pu deviner le véritable sens du récit et en essayer l'interprétation. Remarquons seulement comment l’imagination de la Grèce a su conserver au mythe son aspect merveilleux, quoiqu'elle eût cessé d'en comprendre le sens : le vague où est laissé le lieu de l’action, les circonstances fabuleuses dont elle est entourée, contrastent avec la sécheresse et la précision topographique du récit latin, qui a laissé tomber tous les éléments mythiques dont la signification était perdue.

Nous venons de voir comment la même donnée a servi à l’histoire des dieux et à celle des héros. Là ne s'arrête pas le développement d’une conception qui, faisant partie de la mythologie grecque, a suivi toutes ses transformations et n’a cessé de se renouveler qu’au jour où la Grèce, prenant possession du monde réel, a laissé se tarir les sources de l'imagination religieuse. L'expédition des Argonautes à la recherche d’une toison fabuleuse, emblème de la richesse (1), nous montre ce que celte même conception, rendue de plus en plus

(1) Preller, Myth. grecque, XL, p. 211.

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terrestre et humaine, devient dans un temps où, avec le progrès de la navigation, commencent les expéditions guerrières et les aventures maritimes. On pourrait enfin signaler un dernier terme auquel la fable est arrivée, après que la vie intérieure s’en fut déjà retirée et qu’il n’en resta plus, pour ainsi dire, que l’enveloppe : si, comme nous le pensons, cette image tant aimée des poëtes et si souvent figurée sur les monuments, d’un aigle enlevant et déchirant un serpent, n’est qu’un souvenir du combat de Jupiter contre son ennemi à forme de dragon, le mythe aurait fini à peu près comme ces antiques croyances qui, après s'être éteintes dans l’esprit d'un peuple et effacées de sa mémoire, subsistent encore dans son langage sous la forme d’une métaphore.

De même que l’histoire de Jupiter Récaranus et de Cæcius était perpétuée à Rome par quelques-unes des plus anciennes cérémonies de la ville, le triomphe, le sacrifice de l'aura maxima et les chants des frères Saliens, la victoire des dieux et des héros avait donné naissance, chez les Grecs, à des fêtes de même origine, quoique portant la marque du génie particulier à la race hellénique. Les jeux, ces antiques institutions destinées à renouveler chez tous les peuples grecs le souvenir de leur descendance et de leurs traditions communes, se rattachent au mythe que nous étudions. Héraclès passait pour avoir fondé en l'honneur de Japiter ceux d’Olympie et de Némée : ceux de Delphes étaient consacrés à Apollon Pythien. Les joutes qui s’y livraient rappe-

laient la victoire de la divinité protectrice, et la poésie ne manquait pas d'associer Îles exploits des combattants à ceux du dieu qui présidait à la fête. Non-seulement, à Delphes, la poésie, la musique, la danse, concouraient à glorifier le haut fait d'Apollon : tous les neuf ans, on y jouait une sorte de drame qui représentait aux yeux les principales circonstances du combat (1). On figurait d’abord la lutte et la fuite du serpent vers la vallée de Tempé : puis on voyait Apollon, à la poursuite du monstre, s’élancer sur la ronte qui, au temps de Plutarque, portait encore le nom de vore sacrée. Mais il ne trouve plus son ennemi, déjà mort: et enseveli : il revient et l’on entonne alors le Péan, devenu le chant national de la Grèce, et qui avait retenti pour la première fois lors du triomphe du dieu (2); on se couvre de laurier, comme pour la première fois aussi avait fait Apollon, après avoir immolé le monstre. Ainsi, en Grèce comme dans le Latium, des cérémonies patriotiques, des usages populaires de la plus haute antiquité consacrent la même victoire, etchez les deux peuples les plusanciens souvenirs de poésie nous ramènent au même mythe.

Il nous reste à examiner sila signification morale, que les Latins avaient reconnue à celte fable, dans laquelle ils voyaient le triomphe remporté par la justice sur l’iniquité, se retrouve aussi chez les Grecs. Plus curieux d'inventer des explications nouvelles que de s’en

(1) Plutarque, Questions grecques, 12.

(2) Callimaque, Hymne à Apollon, 102.

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tenir au sens traditionnel, portés d’ailleurs à altérer la signification de leur mythologie en lui donnant une apparence de système, les Grecs ont laissé dans l’ombre ou ont dénaturé ce côté du mythe. Pour ne parler que de la lutte des Titans contre les dieux, cet épisode montre bien le remaniement que l'esprit hellénique a fait subir à la religion, et la substitution d’idées nouvelles aux simples croyances d’une époque plus ancienne. En cherchant à composer une histoire de l’Olympe, les Grecs ont été amenés à faire des Titans les ancêtres de Jupiter, dieux d’un âge antérieur, vaincus et jetés par lui dans le Tartare. Sans doute ils les dépeignent comme impies et malfaisants; mais cette guerre civile entre dieux, ce combat à outrance d’un fils contre son père, avait néanmoins quelque chose de choquant qui fit hésiter les plus nobles esprits de la Grèce. Pythagore, Xénophane, Héraclite, reprochent violemment à Homère et à Hésiode d’avoir calomnié les dieux; Pindare annonce qu'un jour Jupiter se réconciliera avec les Titans ; enfin Eschyle prend parti pour l’un d’entre eux, s’indigne contre son supplice et, renversant hardiment les termes de la donnée, fait de la victoire de Jupiter le triomphe injuste et momentané de la violence ; il viendra un jour où il sera défait à son tour s’il n’invoque l’aide de sa victime. Ainsi la réflexion, en s’exerçant sur un mythe déjà altéré et mêlé d'éléments étrangers, a fini par le dissoudre. Par une coïncidence remarquable, la Grèce inaugurait son libre génie en contredi-

sant hautement, au nom de la justice, les conceptions des premiers âges, au moment même où elle refoulait vers l’Asie le peuple perse, dont la mythologie, sortie des mêmes sources que la sienne et conservant également la tradition d’une guerre que se livrent dans le ciel deux puissances ennemies, ne put jamais s'élever au-dessus du dualisme, dont l’idée de cette lutte avait été le point de départ.

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