‹ Hercule et Cacus; étude de mythologie comparéeChapitre 4 sur 19 · COMPARÉE A LA MYTHOLOGIE GRECQUE. S · texte numérisé non relu

COMPARÉE A LA MYTHOLOGIE GRECQUE. S

sont l'unique sujet de leurs pensées et la seule cause de leurs actes. Ne faut-il pas que de longs siècles se soient écoulés pour permettre aux dieux homériques de se dé: gager de la sorte du phénomène naturel où ils étaient enveloppés, et pour les désintéresser à ce point de leur nature première?

Il n’est pas malaisé de voir que chez les Grecs, à l’époque dont nous parlons, la réflexion s’était déjà appli: quée aux croyances religieuses. Une certaine chronologie avait été introduite, et plaçait les mythes, suivant l’ancienneté qu’on leur attribuait, sur des plans plus ou moins éloignés. Un effort avait été tenté pour rattacher tous les dieux entre eux par des liens généalogiques : on voit déjà ébauchée la théogonie d’'Hésiode. On rencontre des identifications naïves comme celle-ci : Briarée est le même personnage qu’Ægæon (1); il porte l’un de ces noms chez les dieux, l’autre est celui que lui donnent les hommes. Les dieux sont classés ; une division de l’univers en trois parties a fait imaginer le mythe de Jupiter partageant l'empire du monde avec Pluton et Neptune, ses frères et ses égaux : toutes les autres divinités sont dans un rang inférieur. D’après une autre classification qui trahit des visées astronomiques, il y a douze grands dieux, six de chaque sexe. On a déjà cherché un em— placement sur la terre pour chaque mythe : suivant Homère, Vulcain, précipité du ciel, a été recueilli à Lem-

(1) LE, 1, v. 408.

nos ; Typhon, tué par Jupiter, a son tombeau chez les Arimes (1). Enfin, comme. ces dieux qui se combattent et.se limitent les uns les autres, ne satisfont plus la réflexion naissante, il commence à être question d’une puissance supérieure à laquelle Jupiter même obéit, le Destin.

Rien de pareil dans les védas : au lieu d’une Organisation régulière, on y trouve l’anarchie féconde d’une époque où tout est encore à créer. Les dieux. n’ont ni demeure, ni généalogie, ni hiérarchie déterminées. Ils vivent dans la. lumière ou dans l'atmosphère, poussent leurs chevaux à travers les airs pour goûter au sacrifice de l’homme, et s’en retournent vaquer, avec une nouvelle vigueur, au gouvernement des forces de la nature. Les dieux védiques n’ont pas d'histoire : le pouvoir qu'ils ont exercé, ils l'exercent encore ; les combats qu’ils ont soutenus, ils les recommenceront sans fin. Certaines actions leur sont attribuées, mais elles n’appartiennent à aucun en particulier ; tous puisent à un fonds commun de légendes qui passent incessamment d’une divinité à l’autre. Ils n’ont pas d’ancêtres ; ils sont tous éternels, ou plutôt ils naissent chaque jour.

Quelquefois l'on nomme le père de l’un d’eux ; mais rien n’est plus changeant que les généalogies védiques : tel dieu est le père dans un hymne, le frère ou le fils dans un autre. Point de mariage ; il y a peu de déesses

(1) Iiade, 1, 590, II, 782.

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