‹ Hercule, vainqueur de la mort; suivant l'Alceste d'Euripide par interprétation intégrale; tragédie en quatre parties, dont un prologueChapitre 12 sur 24 · AU -M ETE · texte numérisé non relu

AU -M ETE

Le sort de mes enfants ne trouble pas leur mère.

HERCULE

Ton père végétait, chenu, tout chargé d'ans; II a passé, peut-être?

ADMÈTE

Il triomphe du temps; Sa Reine aussi demeure.

Hé ! Faut-il que l'on couse Les lames du suaire aux flancs de ton épouse?

ADMÈTE

Sur Alceste je puis répondre doublement.

HERCULE

Pour la vie ou la mort traduis ton sentiment!

ADMÈTE

Elle est ; elle n'est plus. Elle exerce mon âme.

HERCULE

C'est porter dans ma nuit une torche sans flamme ! Je n'entends point cela!

ADMETS

Sais-tu pas ses destins?

HERCULE

Tes midis, je le sais, raviront ses matins.

AD.MÈTE

Engagée à ce point, comment vit-elle encore ?

HERCULE

Tes pleurs suivront aux pleurs de la fatale aurore ; Contiens-les, cependant !

ADMÈTE

Qui va mourir, est mort: Qui mourut fut biffé des arcanes du sort!

HERCULE

Être, ou bien n'être pas, ce sont diverses choses!

ADMÈTE

Tes gloses, à ce point, divergent de mes gloses.

HERCULE

Au fait, qui pleures-tu? tes frères ? des amis?

ADMÈTE

Il s'agit d'une femme. Hercule! Je gémis Au sujet d'une femme éteinte en ma demeure; C'est d'une femme enfin que j'ai dit tout à l'heure !

IIEKCULF.

Mais fut-elle ctrangcrc ou fille de ton sang ?

AD.AIÙTE

Étrangère égalée aux nôtres par le rang!

HERCULE

Et souillant de sa mort la royale colline?...

ADMÈTE

... Où, dès le plus bas âge, elle vint orpheline.

HERCULE

Hélas ! J'ai bien regret pour t' avoir rencontré Tant gievé de chagrins et tellement outré !

ADAIHTE

Çà! Qu'imagine Hercule ? Où prétend ce langage ?

HERCULE

A conclure que de tous soins on te dégage ; Je vais loger ailleurs.

AD.MÈTE

Cela ne sera pas !

Je dois à tout venant et couvert et repas t

HERCULE

Siéger ainsi de tiers entre l'homme et ses peines,

C'est s'imposer aux gens; c'est les rendre aux géhennes 1

J'ai des hôtes partout.

AD.METE

Je n'entends point raison !

Viens çà ! Les morts sont morts! Honore ma maison!

HERCULE

Par ce, si je festine, Admète se lamente ?

ADMÈTE

Viens, t'ai-je dit ! S'il faut qu'un zeste te tourmente, Séjourne en lieu discret, dans cet appartement Bon pour vivre à fracas et tout doux, mèmement !

HERCULE

Admète ! oh ! souffre-moi d'éviter ta présence ! Et conserve un plein droit à ma reconnaissance !

AD. M ETE

Je t'interdis de l'huis et du foyer d'autrui !

Va délier la barre et la chasser du fruit,

Esclave ! et disposer cette chambre isolée

Où les gens passagers mènent leur assemblée !

Ceux du dedans! Veillez aux apprêts d'un festin !

Depuis ce lieu banal à mon logis lointain

Fermez d'un double trait les porches! puis, qu'on couvre

De nattes et de peaux tous parements de rouvre !

Q.u'entre nos cris de deuil et ses fredons joj^eux

Tout se conforme aux lois du Silence pieux !

Hercule entre au palais.

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