SCEA^E QUATRIEME ADMÈTE. LE CHOEUR
LE CHŒUR
Maître! A quoi songeais-tu? Quand l'angoisse nous serre, Le sens nous fuit !
ADMÈTE
Ami ! Je fis le nécessaire !
Que l'hôte aux pieds poudreux eût dû quitter d'ici. Phères, ma ville en deuil, se récusait aussi; Et devais-tu, pour lors, m'approuver davantage? Des chemins de l'épreuve où me mit ce veuvage Pas un tranchant cruel ne me serait ôté; Mais j'aurais fait insulte à l'hospitalité; Mais j'irais, appointant mes maux d'un mal plus rare, M'investir des renoms et de piètre et d'avare ! Moi-même, au temps passé que je foulais les os Cyclopèens aux tonds désertiques d'Argos, — 6S —
due j'errais, talonné par les cliacals obscènes, Vers ce val fromenteux que surveille Mycènes, J'éprouvai pleinement l'accueil Héracléen.
LE CHŒUR
Pourquoi ruser? Pourquoi fermer ce cœur trop plein Quand la force Alcménide est ton appui sincère?
A DM K TE
S'il fallait, ô vieillard ! qu'il connût ma misère,
Hercule, je le dis, fuirait cette maison !
Que je sois, dès demain, taxé de déraison,
Qu'un héros abusé me gourmande, peut-être,
J'y consens; mais mon toit, sûr complice du maître
Qu'on va désavouer et non pas outrager,
Offre à jamais l'asile au marcheur passager !
Admète rentre dans le palais.
SCÈXE CINQUIÈME
LE CHiJLUR
Triple Strophe I Hospitalier séjour! Libérale demeure
D'Admète Phérécn ! Tu reçois le héros; tu gardais tout à l'heure Le Dieu de qui la lyre harmonieuse pleure :
Apollon Pythien!
Oui ! L'exclu d'OlympoS; prenant parmi la terre
^Y'ture de berger, Élut ce Ueu bénit pour chartre volontaire, Puis soumit nos béliers à son lent ministère
Par le val herbager.
Dans Toblique pâtis cerné de bètes graves Il tirait des pipeaux
Ces airs prompts et criards qui font les mâles braves. Qui déchirent i'écorce et chassent les entraves Sous l'ongle des troupeaux !
Triple ^nti-Strophe I.
Sensible à ces accords, le peuple de Lvncéc
Aux fanons ocellés Broutait après nos bœufs l'airelle ou la pensée ; QjLielque fauve d'Othrys, de croupe ramassée,
Sillonnait l'or des blés.
Mais que l'Aède rare eût ébranlé sa lyre
Des jeux du plectre lourd, Le faon, strié de roux, se prenait d'un délire Et, balançant un front anse tel qu'une buire
D'où l'arbre double sourd,
A galops compassés franchissait la vernée
Dont les pins chevelus Piquent de dés obscurs les masses de Formée, Puis le daim joint le cerf; puis, la timide armée
Ne se déharde plus!
Triple Sîroph' Il .
Depuis ce haut parvis, ombon de Tliessnlie,
Le Maître voit d'abord Ses parcs garnis d'agneaux que le cornet rallie, Son lac onde d'azur par les dons de la pluie,
Lité de chanvres d'or ;
Quand le soleil pourprin quitte ce grand domaine,
Il effleure en son vol Qiiatre Pindes trapus on les fonts d'Hippocrène Assurent au Molosse et la vigueur du frêne.
Et la verdeur du sol ;
Vers le côté d'Eôs ce règne enfin s'achève
Quand la terre finit; Nous ne cédons qu'aux Dieux l'inabordable grève Que ferme Pélion, dont l'Atlante soulève
Les barres de granit !
Triple Antislrophe II.
Vantez un lieu réal, une large contrée!
J'exalte en ses soucis L'époux qui se refuse à l'épouse expirée, Qui, rendu sous le porche, en assure l'entrée
Au passant indécis !
Qu'importe si des pleurs gonflent vers ta paupière,
Si ta gorge est en feu !
La sainte loi d'honneur force toute âme fière ! Eh! Quitte-t-on du droit chemin pour quelque pierre
Qui vous lapide un peu?
Si tu pourvus en sage au malheur qui t'accable,
Je prédis, je réponds Que les dons d'Estia cherchent ta haute table, Que le moût d'Iacchos, de fumet délectable,
Fuit vers tes chais profonds 1