ADMETE ET LE CHOEUR
Anlïsirophe. 1.
LE CHŒUR
Tyché l'Irréductible t'a frappé!
Hélas!
LE CHŒUR
Reprends souffle ! ô! sois calme!
ADMÈTE
Hé!
LE CHŒUR
Oui, ta croix te pèse; et, pourtant,...
ADMÈTE
O ! rage !
LE CHŒUR
... Bien d'autres veufs ont lutté de courage...
ADMÈTE
Misère à moi !
LE CHŒUR
. . . Dans un tout môme cas; C'est que de cent façons la gueuse nous outrage; Et ses méfiiits ne se répondent pas.
ADMÈTE
O deuil sans fin! larmes inextinguibles Pour l'Être cher, le Spectre souterrain! Quand au versant des caves accessibles Ton corps fuyait sur les rouleaux d'airain. Du pavement comme sonnait le cuivre,
Ils m'ont, ma Morte! interdit de te suivre! C'est là, rangeant mes os contre tes os, Q.UC, dès l'abord, j'obtenais le repos; Au lieu d'un seul, incomparable femme!
Hadès, ainsi, gagnait deux souffles d'âme Et, te joignant, j'otfrais, du bord fatal, La double obole au passeur infernal !
Slrophe IL
LE CHŒUR
11 fut un mien parent dont l'unique garçon,
Digne de tous regrets, mourut en sa maison. Ce père éprouvé de la sorte, Fit montre d'une âme assez forte ;
Recrû, blanchi, certain d'achever sans enfant Une existence déjà mûre,
L'Homme inclina le chef et, matant un murmure, Chemina de l'avant.
AL..MÈTE
Murs palatins ! — Puis-je y rentrer? — Comment M'y retrouver sur un tel changement Quand ce seul jour me fit la différence Du plein bonheur à l'entière souffrance? Moment nuptial! alors que j'allais, - io6 —
Pur envers nos Dieux, du temple au palais, Que d'un bras flammé l'urgente Ménade Nous secouait le pin Pélionade, Que l'air se gonflait des chants rituels ! Je maniais la main de mon épouse.
Et, proférant leur répons mutuels.
Nos conviés semaient le vin d'arbouse D'abord empreint des jus essentiels ; Les cris joyeux, en cette troupe leste, Envieux d'Admète, animés d'Alceste, Aff"ectaient d'honneur, d'illustration, Notre cher, tranquille et simple hyniénée Pourtant qu'Érôs, immortel alcyon.
Tressait au ciel nos lacs de destinée.
Suivez aux chansons, plaintes et sanglots ! Foin des lins lustrés; place aux noirs péplos! Compagnons! Voilés des chanvres funèbres Guidez ma démarche au sein des ténèbres; Puis, d'un eff"et de votre piété, Posez ma joue au chevet déserté !
LE CHŒUR
^ntislrophe II.
Oui, Tychè t'éprouve, homme ignorant du malheur; Oui, ta chance célèbre est tranchée en sa fleur!
Mais tu survis, de corps et d"âme ;
Mais tu conserves pour dictame La tendresse d'Alceste expirée ! Eii bien ! Quoi?
Il a péri plus d'une épouse ; Et d'innombrables veufs, grevés d'humeur jalouse,
Ont langui devant toi !
AD.MÈTE
Amis ! Le son d'Alceste est plus beau que le mien : Quoique prétende autrui, cela, je le soutien ! Désormais, en effet, nul mal ne la rapproche Elle qui, loin des traits que l'Anankè décoche. Gît sous le nimbe épais d'un faisceau glorieux; Tandis que moi qui dus quitter des justes cieux La douce ferveur, moi qui dépassai mon terme, Du malheur en ce for je sens poindre le germe. Car faut-il me contraindre et hanter ma maison? Q.ui vais-je interpeller ? Qui me rendra raison ? Où flotte encor l'écho des chères causeries? Où diriger mes pas ? Bâtarde des tueries, La Solitude ici régnante m'enverra Reviser les lieux nus où la ALiîtresse erra : La couche abandonnée, et le coffre, et les sièges, En quoi des lys grillé> l'odeur fouit ses pièges, Et l'écœurant désordre, et les planchers salis ; J'évitais ces horreurs quand deux enfants pâlis — io8 —
Volent à mon giron vagir après leur mère;
Pais tout barbon d'entre nos gens, toute commère
Me sert l'afFreux régal des regrets discordants;
Du silence ou des cris!
Voilà pour le dedans!
lit peste du dehors! Là, l'insigne assemblée
Des vierges d'alentour par la flûte réglée.
Versant au large asther l'onde de ses chansons,
Semble à l'âme broyée un gros de charançons.
Irai-je confirmer de la voix et du geste
La jeune théorie où présidait Alceste?
— « Ardez l'être honteux, diront mes ennemis,
Tyrannisant les siens à la mort insoumis,
Durant ses jours d'empiunt étaler cette tare,
Époux, d'avoir vendu son épouse au Tartare!
Cela se juge un homme; oui, cela se permet
D'entacher sa famille en lissant son plumet;
Du cadavre asséché quand le sang le ranime.
Tout un semble, à son prix, pingre ou pusillanime! » —
Tel mon renom se fonde; et plus rien je n'attends,
Amis! qu'aigre teneur ou brocards irritants!
Le cortège funèbre a délilé ; Admète restant prosterné devar t le seuil de son palais, le Chœur se groupe f:ice au Roi et s'adresse à lui dep-iis l'Orchestre .