SCÈNE CINQUIÈME ADMÈTE {au fond du théâtre). LE CHOEUR
Strophô 1.
Llî CHŒUR
Mortel, j'ai fait séjour aux lieux aethéréens
Où m'emportait la Muse ailée Ht, nos labeurs aidant, j'y reconnus d'emblée Ces Puissances de qui les doigts marmoréens Gravent d'augustes lois aux obliques merrains Sur la conque étoilée.
Rien, là-haut, n'est plus grand que la grande Anankè
Rien, ici-bas, ne la balance :
Ni ces philtres sauveurs dictés par 1 Excellence Orphique, à nous transmis sur le cèdre marqué, Ni du Phoibos le don paternel impliqué
Aux deux fleurs de la lance.
Antistrophi 1.
Très hautaine, elle seule entre nos Déités,
N'accepte adyton ni statue.
O ! Je t'adjure ! Esprit dont la présence tue Ne joins pas ton aspect à mes calamités! La race des anciens, tant chenus que voûtés,
Fut de reste abattue !
Tout ce que Dzeus exige est clamé par ta voix ;
C'est par ton bras qu'il fait les choses. Ta force rompt le fer des Chalybes moroses ; Le lingot, dans Tharsis, se modèle à ton choix Ton homihe éclate aux oreilles des Rois
Après leurs portes closes!
Strophe II
L'Immortelle a sévi ! Mon Chef reste enlacé
Du nœud de ses mains violentes.
Chef! reprends-toi! Jamais au fond des tristes pentes Tes pleurs n'iront ravir un fantôme glacé Quand l'Homme issu des Dieux, lui-même, a dépassé
La douve aux lames lentes !
O Peuple ! Alors qu'Alceste existait entre nous, Tu la servis d'amour sincère;
Encor que disparue, elle te reste chère; Ta passion la suit du dessus au dessous. Nos femmes se haussaient, affrontant tes genoux, Gigantesque étrangère !
Antistrophi II.
Toi qui, scellant ta morte au secret du tombeau,
Fouissais ta rare aventure, N'y cherche pas quelque vulgaire sépulture ; Mais révère des sanctuaires le plus beau ! Là tout passant remplit d'un florissant rameau
Sa dîme de Nature.
« Peu m'importe, a-t-il dit, de doubler mon chemin
Parmi la poudre mal aisée.
Si j'honore, premier, l'impassible épousée Que je pose en exemple à l'Olympe inhumain ! Bienheureuse! O ! Que ma guirlande de jasmin
Point ne soit refusée ! »