‹ Hérédité et alcoolisme: résumé analytique et critique des étudesChapitre 5 sur 7 · C. Discussion · texte numérisé non relu

C. Discussion

Nous devons avouer que l'auteur nous paraît mettre trop de réserves dans l'énoncé de ses conclusions, lorsqu'il prétend que des expériences définitives et bien contrôlées sur l'action de l'alcool sur la descendance des mammifères n'ont pas encore été étudiées avec une rigueur suffisante ! Vis-à-vis de la quantité de faits cliniques que nous connaissons maintenant, en nous basant sur nos propres constatations anatomo-pathologiques sur l'homme nous ne pouvons en toute conscience souscrire à de telles restrictions qui semblent de plus méconnaître les résultats des recherches de von Bunge et Laitinen^ pour ne citer que les plus importantes.

Au reste nous croyons utile de citer le passage incriminé dans son texte oriî?inal : « Dejînite and well controlled expêrinients iritli alcohol and other substances

on the mammàllan offspring hâve not been sufîiciently ^tudied, The work is really in its beginning, and while therè is much évidence to shoiv that varions toxic agents do éffect and modify the offsprings, facts are bodly needed to demonstraie the regnlarity and manner of this modification ».

Nous croyons encore devoir émettre quelques critiques ou restrictions qui nous sont venues à la lecture des différents travaux de Stockard.

Tout d'abord l'auteur nous paraît trop pressé de conclure à l'action de l'alcool sur les cellules reproductrices au point de vue fonctionnel seul et cela pour la raison que ses animaux en expériences n'ont pas paru présenter des altérations organiques visibles ou des lésions cellulaires structurales. Il ne nous indique du resle pas la technique employée pour en arriver à ces constatations. Nous ferons la même remarque au sujet de l'action à peu près nulle, d'après Stockard, de l'alcool sur les autres org-anes de l'économie animale.

Or l'observation sur l'homme, l'expérience sur l'animal nous paraissent avoir jusqu'à présent démontré tout le contraire, c'est-à-dire que l'alcool avait une action nuisible nette sur les différents organes de l'économie, qui sont altérés tant dans leurs fonctions physiologiques que dans leur structure morphologique ; mes constatations anatomo-pathologiques en constituent une preuve évidente. Pour être juste nous devons reconnaître que dans son dernier travail *) l'auteur abandonne un peu cette idée par trop absolue de l'innocuité de l'alcool sur la

*) The efFect on the offspring, etc. Amer. nat. 1913, p. 675.

structure des cellules et des org^anes. Il considère les org-anes des animaux alcoolisés comme sous-normaux (below normal).

Nous croyons pouvoir expliquer ce manque relatif de lésions organiques observées par Stockard; en effet il nous dit lui-même que ses animaux étaient tous de souche vig-oureuse et que l'alcoolisation était d'une heure par jour, mais sans que les animaux eussent jamais été complètement intoxiqués, ivres. En employant des doses plus fortes, comme nous l'avons fait, c'est-à-dire en poussant l'intoxication plus avant jusqu'à l'ivresse complète, nous ne doutons pas qu'il eût obtenu les mêmes altérations des org"anes que ceux que nous avons pu observer dans nos expériences sur le rat blanc. Nous savons aussi que les hommes de souches robustes non encore alcoolisées sont moins sensibles à l'action de l'alcool; il n'est pas étonnant qu'il en soit de même pour l'animal qui ne compte naturellement dans ses ancêtres aucune tare alcoolique.

Par contre si l'on prend des animaux provenant de parents déjà alcooliques et qu'on les soumette au traitement par l'alcool on peut être sûr d'obtenir des résultats beaucoup plus mauvais ; c'est l'indication qui nous a paru découler de nos études malheureusement trop peu nombreuses faute de matériel expérimental et c'est aussi la conclusion à laquelle Stockard arrive dans son dernier travail ^). De plus la non-existence de lésions organiques,

') Cette analyse était déjà terminée lorsque nous pûmes nous convaincre de la réalité de notre affirmation. Dans une lettre personnelle, M. le prof. Stockard nous apprend qu*il a obtenu des résultats plus concluants encore avec les animaux de la troisième et quatrième génération et qui confirment une fois de plus la valeur de la notion de la blastophthorie alcoolique. Ces dernières expériences seront publiées sous peu.

en admettant qu'elle puisse être prouvée, n'exclurait pas encore la présence de désordres fonctionnels, physioloofiques, qui pourraient déjà retentir comme tels sur les cellules reproductrices par suite du trouble apporté de ce fait dans les échanges organiques généraux.

L'auteur nous paraît parfois un peu trop préoccupé de vouloir ramener tous les troubles dus à l'alcool à des lésions des organes des sens et du système nerveux comme il Ta décrit avec beaucoup de détails chez les poissons.

Résumé de mes expériences personnelles.

Comme complément à cette étude nous voulons ei» quelques mots résumer les trouvailles (jue nous avons faites à l'examen anatomo-pathologique de nos rats blancs alcoolisés par les vapeurs d'alcool durant une semaine à une année et demie.

Nous avons alcoolisé nos animaux sous une cloche en verre bien aérée et chargée de vapeurs d'alcool et hylique en moyenne 5 jours par semaine ; 3 à 4 fois par semaine nous avons poussé l'alcoolisation jusqu'à l'ivresse profonde ; de temps en temps certains animaux furent retirés complètement ivres-morts. La durée de l'alcoolisation a varié de 30 minutes à 1 heure ou 1 heure 30, voire même dans certains cas exceptionnels 2 lieures ; ceci afin de se rapprocher le plus du mode d'alcoolisation de l'homme qui varie les quantités d'alcool absorbé chaque jour.

Il fallait en moyenne environ 4 à 5 heures aux animaux ivres-morts pour se remettre apparemment de leur ivresse et pour pouvoir circuler dans leur cage sans présenter de l'incoordination motrice. Il faut noter du reste que Ton peut observer, comme chez l'homme, de grandes

variations individuelles dans la façon dont les animaux soumis à Texpérience supportent l'intoxication par Falcôol.

Mes animaux loin d'augmenter en poids comme ceux <ie Stockard sont plutôt restés stationnaires après avoir présenté au début du traitement une diminution de jioids très caractéristique. Cette alcoolisation intensive a eu pour effet de rendre la plupart des animaux stériles. . A l'autopsie, j'ai pu remarquer après un empoisonnement aij^u de 3 à 5 jours tout d'abord une forte vasodilatation avec stase sang-uine dans tous les organes et ensuite une surcharge graisseuse très nette du foie qui était très légèrement agrandi et un peu plus pâle qu'à l'ordinaire.

Chez les animaux sacrifiés après une alcoolisation prolongée et au moment où leur santé paraissait ébranlée par l'empoisonnement chronique, j'ai trouvé à l'autopsie une stase veineuse du foie avec infiltration cellulaire, les reins un peu agrandis et hyperhémiés. Les testicules fortement atrophiés, les spermatozoïdes ayant presque totalement disparu ; enfin dans tous les cas une altération très nette du cœur consistant en atrophie brune chez certains sujets et hypertrophie chez d'autres (fig. 3, 4, 5 et 6). A l'examen microscopique sur chaque coupe j'ai pu découvrir des foyers très nets et parfois très étendus de myocardite fibreuse {fig. 7, 8) *).

11 paraît plus que probable que les mêmes lésions pourraient être aussi reproduites sur le cobaye en suivant la même technique expérimentale que celle que j'ai employée pour les rats blancs, et il faut bien retenir que :

') Les figures 3 à 8 sont extraites de mon « Petit Atlas-Manue) >, p. 22, 23.

Fig. 3. — Cœup nopmal de rat blanc non alcoolisé.

Fig. 4. — Cœur agrandi de rat blanc alcoolisé pendant 1 'i année, atteint d'hypertrophie et de myocardite (ibi-eii!=e; 0- Oreillette gauche très dilatée.

C Artère coronaire épaissie, sinueuse et ililatée. Fig. S. — Cœur de rat blanc normal.

Fig. 6. — Cœur liypertropliié de rat blanc alcoolisé 1 ' i an-

Flg, 7. — Cœur de rat blanc normal, non-aicoolisé.

Coupe microscopique de la paroi antérieure du ventricule gauche.

F. M. Les fibres musculaires sont normales et leurs noyaux bien visibles.

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