‹ Hérédité Syphilitique Et EczémaChapitre 14 sur 23 · TRAITEMENT · texte numérisé non relu

TRAITEMENT

Nous venons de voir l'intérêt qui s'attache, dans l’étiologie de leczéma, à la recherche d’un terrain particulier qui nous paraît pouvoir être conditionné souvent par la syphilis héréditaire. Nous avons vu encore que celte syphilis héréditaire n’était pas la syphilis active que l’on considère à l’habitude, mais qu’il s'agissait plutôt dans ces cas d’une syphilis ancienne créatrice de dystrophies multiples. S ù

Si nous envisageons maintenant le traitement de ce terrain eczémateux en nous adressant à son étiologie, nous allons, de toute évidence, avoir recours, pour ce traitement à des agents médicamenteux présentant une action spécifique indubitable, tels que le mercure, l’arsenic, le bismuth.

Mais à propos de leur emploi, un gros écueil est à éviter. Nous avons insisté, en effet, quand nous avons envisagé le mode spécial héréditaire de Paffection, sur le fait que la syphilis pouvait intervenir en modifiant l'équilibre humoral, en créant une instabilité glandulaire ou neuro-végétative. À cause de cette viciation profonde, de cette sensibilité spéciale de leur organisme,nos

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malades seront donc logiquement plus aptes que quiconque à réaliser des accidents d’intolérance médicamenteuse. Si chez eux on emploie des doses massives de médicaments antisyphilitiques, on produira presqu’à coup sûr, des désastres cutanés liés à leur sensibilité excessive. Aptes à réagir à cause de leur terrain, à la moindre irritation, ils profiteront de l’occasion qui leur est fournie par une injection intraveineuse d’arsénobenzol, par exemple, pour donner libre cours aux manifestations de leur instabilité humorale.

Si l’on envisageait l’eczéma comme la conséquence d’une syphilis-virulente (mais nous sommes loin de là), nous n’hésiterions pas à avoir recours aux doses thérapeutiques ordinaires... et nous serions engagé dans une impasse. Ce qui importe en effet avant tout chez de tels malades, c'est de ne pas brutaliser un organisme dont nous connaissons le déséquilibre, par une thérapeutique d’une part trop active, et d’autre part mal tolérée en conséquence.

Il y a lieu au contraire de modifier peu à peu par des doses extrêmement faibles d’un médicament actif, un terrain hypersensible. Nous avons dit plus haut que depuis fort longtemps l’arsenic était en faveur dans l’eczéma, mais à litre de tonique général, sous forme de liqueur de Fowler, d’arséniate de soude,de cacodylate de soude. M. Ravaut (1) a signalé les bons résultats qu’il

(1) P, Ravaurt. — L'importance des traitements internes en Dermatologle. L'emploi du cacodylate de soude à hautes doses et de l’hyposulfite de soude, La Presse Médicale, 28 janvier 1920.

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avait obtenus du cacodylate &e soude par voie intraveineuse, à fortes doses.

D'autre part, à cause de son action élective sur le foie, sur lequel il paraît avoir une action stimulante, le calomel à été employé, mais il ne semble pas que jusqu’à présent, on ait songé à mettre l'emploi du mercure et de Parsenic sur le compte d’une action quasi spécifique de ces médicaments.

Pour M. Ravaut au contraire, ces deux médicaments, arsenic et mercure, paraissent agir de façon particulièrement spécifique «en modifiant un terrain entaché de syphilis ou surtout d’hérédité syphilitique ».

Employés à faible dose continue, avec quelques intervalles dont on profitera pour donner au malade des médicaments désensibilisateurs, c’est-à-dire destinés à éviter une réaction néfaste, quand sera reprise la première

thérapeutique, ils doivent amener un résultat convenable. Nous ne craindrons pas chez nos malades, par cette médicalion soutenue, mais à faibles doses, de créer des accidents d’intolérance. Au contraire nous réaliserons en quelque sorte une véritable mithridatisation de l’organisme qui fera tolérer au fur et à mesure des besoins des doses plus fortes de médicament actif.

C’est ainsi que M. Ravaut a judicieusement réglé les bases du traitement de l’eczéma en prenant comme directives.

1° la nécessité de traiter le terrain eczémateux ;

2° la nécessité d'employer des agents thérapeutiques ayant une action spécifique ;

3° Ja nécessité aussi de donner ces médicaments à telle

dose qu’ils ne puissent avoir sur un organisme fragile une action défavorable.

Les voies sous-cutanées, intramusculaires, intraveineuses d'introduction médicamenteuse lui ayant paru trop brutales, c’est à la voie buccale que M. Ravaut s’est adressé pour administrer mercure et arsenic.

Si l’on donne par conséquent à un eczémalteux, un jour du calomel à la dose de 1 à 10 centigr., un jour de l’arsenic par la bouche sous forme de pilules de novarsénobenzol, dosées à dix centigrammes, on évitera par ce procédé les ennuis dont nous avons parlé. Après des périodes de traitement actif durant de 15 à 20 jours, le malade sera mis au repos, et l’on pourra pendant ces périodes employer les agents désensibilisants du type hyposulfite de soude. Ce médicament aura pour but d’empêcher l'apparition d'accidents qui pourraient- être dus à l’accumulation d’un certain nombre de doses d’un agent thérapeutique actif.

Au point de vue pratique, nous nous sommes adressé, chez l'adulte, au traitement suivant : Un jour sur deux nous avons donné cinq cachets ou cinq comprimés contenant chacun un centigramme de calomel ; chaque.jour intermédiaire, nous avons donné deux pilules de novarsénobenzol dosées à dix centigrammes.

Chez le nourrisson, nous nous sommes fort bien trouvé de l'alternance de la liqueur de Van Swieten, et des gouttes d’hectine, à des doses fixées par l’âge.

Cette médication a loujours été fort bien tolérée, et cerlains de nos malades ont augmenté les doses sans le moindre inconvénient.

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Après 15 ou 20 jours de traitement actif, le malade élait mis au repos ou à l’hyposulfite de soude par voie buccale à la dose de 3 grammes par jour, cela pendant dix jours. Le traitement actif était ensuite repris.

Nous nous sommes abstenu d'agir directement sur les lésions cutanées par une médication externe, sauf dans quelques eas où son emploi (prurit intense) paraissait indiqué.

Par ce procédé nous paraissons avoir une action élective sur le terrain particulier de leczémateux, et cette thérapeutique qui s’adresse, non plus aux troubles physiologiques de l’eczéma, mais à la base même de l’eczéma, nous a donné souvent des résultats intéressants.

Il ne faut pas croire d’ailleurs que ces résultats seront oblenus en quelques jours. Ce n’est pas en quelques jours, en effet, que l’on peut transformer un terrain altéré par des années d’hérédité. Mais si, persévérant, l'on continue pendant longtemps ce mode de traitement, on arrive ainsi à des résultats remarquablement encourageants.

Dans l’ensemble, après une première série du traite-

ment novar calomel, des malades qui, depuis des années, présentaient des accidents pénibles, des démangeaisons intolérables, se sont trouvés à un tel point soulagés, leur satisfaction a été telle qu’il fut rare qu’un malade ayant entrepris ce traitement, nait pas demandé de lui-même à le reprendre. Cette amélioration, immédiatement évidente dans beaucoup de cas, et qui modifie complètement l’état moral d’un malade, ainsi que nous le signalons dans notre observation n° a! :

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Roger B... (obs. n° 24) qui présentait une dermite très prurigineuse du pli interfessier, avec un placard au niveau du creux poplité droit depuis une douzaine d'années, passait ses nuits à se gratter, par la cause d'intolérables démangeaisons. Après 8 jours seulement de novar calomel, le malade passe des nuits tranquilles et estime que depuis 12 ans il n’a jamais été aussi bien.

ne va pas malheureusement jusqu’à réaliser aussi vite une sédation complète des accidents, et c’est non seulement après des séries répélées de traitement, mais encore après une série de rechutes que l’on pourra voir le malade définitivement guéri.

Dans quelques cas d’ailleurs, nous avons administré plus tard le bismuth par voie intramusculaire, avec des

résultats significatifs :

Céline S... (obs. n° 23) chez laquelle le novar calomel n'avait donné que des résultats insuffisants, est très améliorée après un séjour à l'hôpital où elle a reçu une série de piqüres de bismuth Elle sort de l'hôpital guérie en apparence.

Félicie P... (obs. n° 19) qui avait déjà présenté après plusieurs séries dé novar calomel une grosse amélioration, a vu après une série de piqûres de bismuth, disparaitre des lésions eczémateuses périombilicales, axillaires, avec seulement persistance de quelques éléments vésiculeux au niveau des bras et des avant-bras.

Le traitement dont nous venons de parler s’applique au lerrain eczémateux. Il n’en reste cependant pas moins acquis que les troubles physiologiques auxquels paraît lié l’eczéma, doivent être eux aussi traités, et

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c'est ainsi que nous avons eu recours, dans l'intervalle des séries de novar calomel, non seulement à l’hyposulfile de soude, à l’autohémothérapie, dans le but de lutter contre le trouble humoral, mais encore à des traitements opothérapiques glandulaires, quand il nous était possible de soupçonner un trouble endocrinien.

C'est ainsi que Louise S... (obs. n° 18) s’est trouvée fort bien de l'alternance du novar calomel et des extraits pluriglandulaires.

C’est, à notre avis, en nous entourant de toutes les garanties cliniques, par un examen approfondi du malade que nous devons, d’une part en traitant le terrain, d’autre part en traitant les troubles physiologiques, obtenir les meilleurs résultats. | |

Il est remarquable d’ailleurs de constater que certains malades, chez lesquels les traitements externes ou les traitements opothérapiques n’avaient donné que des résultats médiocres, ont paru réagir beaucoup plus vite dans un sens favorable, soit au traitement externe, soit au traitement des troubles physiologiques, après qu’on eut traité chez eux un terrain suspect par des séries de novar calomel.

La même Félicie P... (obs. n° 19) dont nous avons rapporté plus haut le traitement par le bismuth, a vu disparaître les quelques lésions persistantes des avant-bras par quelques applications de goudron.

Nous ne voulons cependant point aller jusqu’à dire que si l’on obtient par le mercure, l’arsenie, le bismuth,

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des résultats favorables, ces résultats seraient dus uniquement à une action spécifique de ces médicaments.

Ilest trop facile de nous objecter que le calomel agit par stimulation hépatique, par désinfection intestinale, que l’arsenic agit comme stimulant général, mais il est curieux cependant de constater que c’est précisément lorsque l’on associé ces trois m“dicaments que l'on obtient les meilleurs résultats.

Ce que demande d’ailleurs avant tout un malade, c’est d’être sinon guéri, du moins soulagé par le traitement que lui ordonne son médecin. Peu lui importe l’esprit avec lequel! ce médecin prescrit sa thérapeutique, et il est fort utile, nous devons d'ailleurs le signaler, de pouvoir faire admettre à nos malades l'idée del'administration du mercure ou celle de l’arsenic, en invoquant d’une part une action hépalo-intestinale, d'autre part une action fonique générale.

La plupart des malades admettraient en effet difficilement que lon soulevät à propos d'une manifestation eczémateuse la question de syphilis. C’est un écueil que doit éviter le médecin dans ces recherches héréditaires, écueil qui nous a empêché dans plusieurs cas de faire ou de répéter un examen du sang de nos malades, examen qui éveille toujours, surtout à Saint-Louis, l’idée de la syphilis.

Mais qu'importe aux malades la pathogénie des troubles dont ils souffrent, si grâce à cette pathogénie qui pourra paraître quelquefois discutable, nous arrivons à

produire chez eux une amélioration qu'ils n'avaient pas encore connue. :

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Nous ne voulons pas insister plus longuement sur ces différentes notions. Nous préférons livrer telles que nous les avons suivies, un certain nombre d'observations où l’on pourra retrouver les différents éléments qui ont fait les fondements de cette étude...

Nous avons envisagé pour expliquer les modifications du terrain sur lequel survenait l’eczéma, l'existence possible d’une syphilis héréditaire agissant comme facteur de dystrophies polymorphes, humorale ou autres. Nous nous sommes aidé des différents arguments cliniques qui seront retrouvés dans nos observations pour tenterd’asseoir une conviction.

Nous n'avons pas voulu dire par là que seule la syphilis soit susceptible de réaliser ces modifications de terrain transmissibles héréditairement. Il est possible et quelques-unes de nos observations tendraient à le montrer que d’autres infections, telles que la tuberculose par exemple, que des infections aiguës telle que la fièvre typhoïde, qu'une intoxication chronique telle que Palcoolisme ou le saturnisme, puissent réaliser dans les antécédents des eczémateux des altérations pathologiques ancestrales ensuite transmises.

Louise D..., 10 mois (obs. 30) qui présente un eczéma de la face et des avant-bras depuis l’âge de 3 mois, a une mère qui tousse depuis 2 ans. Le père a de la pleurite. Après une légère amélioration, les lésions cutanées ne se sont ensuite nullement modifiées par la continuation du traitement.

Nous ne voulons pas généraliser les faits. Il n’y a pas comme maladies infectieuses que la syphilis, Dans un

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certain nombre de cas d’autres infections peuvent certainement être invoquées, mais si nous partons du principe que la syphilis est l'infection dont la transmission héréditaire n'est plus à discuter, et que d’autre part sa connaissance implique une sanction thérapeutique utile el facile à réaliser, il ne nous a pas paru dénué d’intérêt de discuter un peu longuement cette recherche.

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