‹ Hérétiques et révolutionnairesChapitre 2 sur 8 · PRÉFACE · texte numérisé non relu

PRÉFACE

On ne peut faire de Thistoire qu'à la condition de défaire la légende. Dès qu'on aborde sérieusement Tétude de ce qui s'est passé dans le monde, non seulement à des époques lointaines, mais de notre temps, à côté de nous, on s'aperçoit de la difficulté que présente la constatation de la vérité. Dès l'abord on se trouve aux prises avec les adulations intéressées, les inventions de Tesprit de parti, les imaginations de la haine ou de la peur. M. Ernest Renan a dit, un jour, qu'il avait vainement cherché à se rendre un compte exact et définitif des événements qui ont ensanglanté Paris durant les journées de juin 1848. A qui revient la responsabilité de la lutte? Quels partis s'y sont engagés? Quels mobiles ont poussé dans la rue la plupart des combattants? A ces questions on ne saurait faire que des réponses contradictoires*

Parfois, cependant, les indications paraissent plus concordantes et plus précises; plusieurs témoins affirment avec ensemble. Faut-il se hâter de conclure? Le plus sûr est de ne pas trop se fier à de telles apparences. Que de fois, par exemple, on a répété que Napoléon I" avait rétabli la religion en France, qu'il avait rendu Texercice des cultes complètement libre, qu'il avait été le sauveur de l'idée religieuse dans notre patrie, et que le christianisme, en particulier, lui devait d'éternelles actions de grâce? Cette assertion répétée par un grand nombre d'historiens, soutenue par M. Thiers, qui félicite Bonaparte d'avoir été fidèle « au vrai rôle que lui assignait la Providence en relevant de ses mains victorieuses l'autel vénérable du catholicisme, » passe auprès de la plupart des lecteurs pour une irréfragable vérité. On la fait précéder, d'ordinaire, d'appréciations défavorables à là Révolution française. Celle-ci, dit-on, avait placé les prêtres entre l'exil et l'échafaud, mais Bonaparte vint, par son autorité, mettre fin à ces persécutions et rétablir les autels sur les ruines qu'avait faites la Révolution.

Pure légende que tout cela! Non seulement la Convention nationale, par son décret du 3 nivôse n,n III, avait affirmé le respect dû à la religion.

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