ACTE I, SCENE V
DUBOURG
Pourquoi pas? cette petite Pauline est un ange.
MADAME BLAVEAU, à part.
Elle les a tous ensorcelés.
BLAVEAU.
Oui, c'est un ange... , mais on a vu des anges devenir des démons. Là, en conscience, est-ce qu'elle ne fait pas une folie d'épouser mon oncle?
DUBOURG
Point du tout : elle est pauvre, il est riche.
Alors n'est-ce pas mon oncle qui fait une folie d'é^ pouser cette jeune fille?
DUBOURG
Point du tout : il trouve une jolie femme qui veut bien de lui , il la prend.
MADAME BLAVEAU.
Mais, à soixante ans...
DUBOURG
Il est mon cadet, et je me crois jeune encore... quelquefois. Allez, il sera heureux, j'en réponds... Tandis que nous sommes seuls , Monsieur et Madame , il faut que vous me fassiez l'amitié de me donner une petite consultation... Vous savez que j'ai toujours cultivé la littérature ?
MADAME BLAVEAU.
Vous, Monsieur Dubourg?
DUBOURG
Oui, Madame, je l'ai cultivée en amateur : je n'ai jamais rien fait , mais j'avais en moi tout ce qu'il faut pour bien faire. J'aime le théâtre, j'ai de l'imagination, je suis observateur, rien ne m'échappe, et je suis presque auteur comique. Dans toutes les pièces
iS HERITAGE ET MARIAGE,
que je vois, je trouve toujours toutes mes idées; je pourrais peut-être citer cent pièces qu'ils m'ont volées.
BLAVEAU.
Et le mariage de mon oncle vous a inspiré une comédie ?
DUBOURG
Non , mais une chanson pour notre grand dîner.
BLAVEAU.
Une chanson! y pensez-vous? Les chansons de table sont passées de mode , comme la bouillote et le menuet. On ne chante plus au dessert, même en province , même à Bajonne.
DUBOURG
Oui , mais nous chantons encore dans le quartier du Luxembourg... D'ailleurs ma chanson n'est pas longue, elle n'a que douze couplets.
BLAVEAU.
Merci! et vous voulez notre avis?
DUBOURG
Certainement! je ne repousse pas les conseils , je suis modeste.
BLAVEAU.
C'est juste : un auteur comique...
DUBOURG
Ecoutez! c'est sur l'air : Il faut des époux assortis, (Il chante. ) Le dieu d'hymen, le dieu d'amour... Ah, mon Dieu! voilà madame Frémin et sa fille. Je trouverai un moment dans la journée pour vous les lire... Mais surtout point de complimens ! je veux qu'on soit franc.
BLAVEAU.
Vous savez si je le suis.