ACTE I, SCENE II, ti
BLAVEAU
Il n'est point fait ?
ANDRÉ
C'est pour demain.
MADAME BLAVEAU.
Eh bien! voyez, M. Blaveau : si nous avions pris la diligence au lieu de la malle-poste , nous arrivions trop tard.
BLAVEAU.
C'eût été un grand malheur pour nous.
MADAME BLAVEAU.
C'est demain ?
ANDRÉ
Oui, Madame. Les billets de part sont en route • tout est prêt : les bijoux, les cadeaux, la corbeille!.. Aujourd'hui , avant le diner , la signature du contrat j et puisque vous voilà, vous signerez aussi ?
Certainement ! ce cher oncle ! Nous aurions pourtant sujet de lui en vouloir.
ANDRÉ
Et pourquoi donc , Monsieur ?
BLAVEAU.
Comment ! il se marie , et il se contente de nous en prévenir par un petit mot de lettre !
MADAME BLAVEAU.
Et il ne nous engage pas à venir assister à son bonheur.
ANDRÉ
Ecoutez donc : on dit que Bayonne n'est pas près d'ici... Monsieur aura craint de vous déranger.
MADAME BLAVEAU.
Nous déranger, quand il s'agit d'une cérémonie solennelle !
blavf.au.
Si importante pour un homme respectable ! un oncle à qui nous avons déjà tant d'obligations.
ANDBÉ.
C'est vrai ! vous lui devez beaucoup.
BLAVEAU.
Si je lui dois ! je lui dois la tendresse la plus vive. . . et mon cautionnement y c'est lui qui a eu la bonté de le faire : je ne lui en ai pas encore payé les intérêts, mais je ne l'oublie pas.
MADAME BLAVEAU.
Nous nous sommes permis de regarder sa lettre comme une invitation, et nous sommes partis.
BLAVEAU.
Tout de suite, sans congé.
ANDRÉ
Sans congé? un fonctionnaire public! un entreposeur des tabacs ! Vous ne craignez pas?...
BLAVEAU.
Est-ce qu'on le saura ? d'ailleurs l'entrepôt ira sans
nous.
MADAME BLAVEAU.
Et il ira bien. Grâce à Dieu , Bayonne est une bonne ville ! ces vieux commerçans , ils prennent tous du tabac matin et soir.
BLAVEA.U.
Et puis la garnison est excellente : généraux , officiers, soldats , ils fument tous... 5 et la marine ! quelle consommation î Je ne crains rien 5 je peux faire marcher de front mes devoirs de neveu et ceux d'entreposeur.
MADAME BLAVEAU.
Dites-nous , mon cher André j sommes-nous indiscrets de descendre rlnsi chez mon oncle ?