Redburn, chap. vint, IX, X
liale. Mais il se dit que l’enthousiasme de son père pour Liverpool, même si l’on tenait compte des changements survenus, reflétait ur jugement peu sûr, ou une sincérité douteuse. Sa fierté familiale s’effondra quand ses allusions à l’oncle sénateur lui eurent valu des railleries répétées. Son abstinence et sa piété furent entamées quand il eut pris l’habitude de voir fumer, boire et sacrer autour de lui, et qu’il eut compris la répugnance des matelots, après des journées de dur labeur, à venir passer leurs maigres loisirs dans des temples peu hospitaliers. Si l’exaltation éprouvée dans la mâture et l’émerveillement ressenti devant certains spectacles d'Angleterre lui montrèrent que la mer et le voyage n'étaient pas tout à fait sans attraits, les corvées répugnantes du bord et la vue des slums de Liverpool lui firent voir que les heaux rêves sont mêlés à une triste réalité. Et il comprit que la méchanceté, qu’elle atteignit le grandiose chez un Jackson, fût seulement rampante et venimeuse, comme chez un capitaine Riga, ou teintât tout un système social comme elle le faisait à Liverpool, était au fond presque partout, et risquait toujours de faire souffrir les cœurs aimants. Melville se sentit seul, et c’est pourquoi, si aisément, il s’enticha de ceux qui ne le repoussaient pas. A première vue, il aima (toutes à la fois !) les trois beiles Anglaises. qui lui offrirent le thé. À première vue aussi, il rechercha l’amitié de cet Harry Bolton, dont après douze ans, il ne parle pas sans émo-. tion. En somme ce voyage porta le premier coup vraiment décisif aux illusions de Melville. Et il développa au contraire en lui ce désir presque maladif d'affection, qui devait à son tour lui causer tant de maux.
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