Weaver, p
En mai 1839, nous trouvons ‘deux articles écrits par lui dans le jour-
nal local de Lansingburgh. Et le 1* janvier 1841, il reprit la: mer. Quelques faits seulement, on le voit, sont établis. Et, jusqu'ici, les efforts qu’on a tentés pour les relier autrement que par des conjectures ont échoué. Force nous est donc d’accepter certaines lacunes, et de ne suivre la carrière de Melville que d’assez loin.
Dès les premiers articles parus à la mort de Melville, et dont certains, tels ceux de Stedman et de Smith, furent en partie inspirés par sa veuve, il fut question des expériences pédagogiques du jeune homme. On n’était pas bien d’accord sur les dates, mais on précisait les lieux où Melville avait enseigné : un hameau du « Sykes District >, près de Pittsfield, d’abord ; East Albany ensuite. Et on ne manquait pas de rapporter le grand événement qui aurait marqué cet apostolat temporaire : la mutinerie des élèves et sa prompte répression par le jeune et vigoureux instituteur. Incident pittoresque, sans doute, mais un peu mince. Aujourd’hui, heureusement, la récente découverte d’une lettre, écrite par Melville lui-même à son oncle Peter Gansevoort, le 31 décembre 1837, nous permet de mieux connaître les conditions dans lesquelles il vécut à Sykes :
< J'aurais pris la plume en un jour moins tardif, n’étaient la variété « et l'importance des devoirs incombant à ma vocation, qui ont été « si multiples et si urgents qu’ils ont absorbé une large part de mon « temps.
« Mais maintenant, m'étant quelque peu accoutumé à la routine de ce travail, ayant mis sur pied un système dams ma méthode d’enseignement, et m’étant familiarisé avec le caractère «et la disposition de mes élèves ; bref, ayant amené mon école à un degré convenable d’organisation, quelques intervalles de loisir s’offrent à moi, que je mets à profit en écrivant et en lisant de manière occasionnelle.
« Mes élèves sont au nombre de trente environ, de tous âges, de toute taille, de tout rang social, caractère, éducation ; certains d’entre eux, qui ont atteint leurs dix-huit ans, ne peuvent faire une addition, tandis que d’autres ont parcouru larithmétique tout entière ; mais à une telle allure qu’ils ne peuvent, dans un
« second voyage, reconnaître les objets sur leur chemin, et les ignorent « à peu près autant que si jamais encore ils n'étaient passés par ia.
« Mon école est située dans une partie écartée et solitaire de la commune, à quelque cinq milles du village, et la maison où je prends maintenant pension est éloignée d’un mille et demi de toute autre demeure, quelle qu’elle soit, bâtie qu’elle est au sommet de la montagne la plus sauvage et la plus solitaire que j'aie jamais escaladée. Le paysage, pourtant, est absolument splendide et peu banal, embrassant une vaste étendue en forme d’amphithéätre qui se prolonge pendant des milles à la ronde et renferme toute une