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Ce que fut Melville lui-même au cours de la campagne, le début de Typee et, dans une certaine mesure, Moby-Dick nous permettent de nous le figurer. L’Ismael de Moby-Dick n’est pas tout Melville : pourtant c’est bien un peu ce jeune homme « tourmenté par l’éternelle démangeaison des choses lointaines : », qui s'étant lancé dans les plus effrayantes aventures, est porté ailleurs par d’autres rêves plus lointains encore ; qui dans le nid de pie, médite le Phédon au lieu de sonder l’horizon?, l'homme qui, au fond, sera toujours un peu étranger dans le milieu où il vit, et toujours se sentira seul. À maintes reprises, dans d’autres livres, Melville rappellera le mythe biblique d’Ismael abandonné au désert *. Jamais peut-être il ne l’évoqua avec plus de raison que dans le début tragique de Moby-Dick : &« Call me Ishmael ! > Nul doute n’est possible en tout cas, quand on a lu Typee. Le recul, dans la suite, A pu grandir dans l'esprit de Melville la rude vie du baleïnier, que Moby-Dick décrit sur un ton vraiment épique. Mais à bord, Melville abomina franchement l'existence qu’il avait imprudemment choisie. Sur « le vieux vaisseau détesté », il est douteux qu'il ait été populaire. Quant à lui, au bout de dix-huit mois, il n’y put tenir et déserta.