Notamment Clarel, II, p
Les premiers blancs qui s’établirent à demeure en Polynésie furent les envoyés de la « Société des Missions de Londres », fondée en 1795 dans le dessein d’arracher les insulaires « à leur ignorance intellectuelle et à leur dépravation morale ». Le navire le Duff, qui emmenait avec lui trente missionnaires, quitta Spithead en 1795, au chant des hymnes. L’année suivante, il déposait des évangélistes à travers les archipels. L'entreprise eut des fortunes diverses. Aux Marquises, les missionnaires durent se rembarquer promptement. Mais ailleurs, à Tahiti notamment, l’opération fut, après quelques traverses, plus fructueuses qu’on aurait pu le penser’. Vingt ans plus tard, plusieurs îles connaissaient le travail, la décence et l’ennui des dimanches anglais. Ce que des Anglicans avaient réussi à Tahiti fut accompli avec encore plus de bonheur aux îles Sandwich, à partir de 1820, par des Puritains d’Amérique?. Les Catholiques français, qui s'étaient laissé distancer, entreprirent, à partir de 1833, un vigoureux effort. Les Pères de Picpus s’installèrent aux îles Gambier, prirent pied aux Marquises où les Protestants avaient échoué, et finalement entreprirent de déloger leurs riveaux des archipels déjà conquis *. Il en résulta des querelles de prêtres et de pasteurs si envenimées, que les gouvernements durent intervenir : déjà d’ailleurs, ceux-ci manifestaient leur intérêt à des archipels qu’on disait pleins d’avenir. L'occasion fut saisie avec empressement. En 1842, quand Melville visita les archipels, les Marquises d’abord, puis Tahiti, venaient d’être placées sous le protectorat de la France ‘ tandis qu’un officier anglais essayait de s’emparer des Hawaïi°. Le partage de la Polynésie était commencé, partage qui n’était d’ailleurs qu’une conséquence inévitabie, car depuis longtemps déjà, certains archipels n'étaient plus qu’en théorie la possession de leurs habitants. °
Melville alla d’abord aux Marquises, où les Européens commençaient à peine à s'installer : il put y avoir « les derniers sauvages » © que la civilisation n’avait pas encore changés. Ensuite il gagna Tahiti, et sentit amèrement la différence. Le troisième archipel qu’il visita
1. Voir À Missionary Voyage, I vol in-49°, C-420 p., Londres, 1799. 2. Voir de Varigny (C.). L’Océan Pacifique, 386, p. in-12, Paris, 4880.
3. Voir Delmas (R. P. Siméon). Essai d'Histoire de la Mission des Iles Marquises, Braine le Comte, 358 p. in-80, 1929.
4. Voir Sasportas (Dr). Les établissements français de l'Océanie, 1 vol. 22 cm., ‘Paris, 1931.