D. C. Evert Duyckinck à sa femme, 9 août
&, M. P. Lettre de Lemuel Shaw à Herman Melville, 15 mai 1860, citée par Waever, p. 366 sqq.
la route qui mène à Lenox. Quand on quitte la petite ville, on parcourt d’abord une campagne plantée de grands arbres. On franchit deux ruisseaux sur de petits ponts. On laisse à gauche Holmesdale, la grande demeure de l « Autocrate », et on atteint à droite la maison Brewster, qu’en l’honneur, dit-on, de souvenirs indiens trouvés aux environs, Melville a nommée Arrowhead. Aujourd’hui, presque après un siècle, la maison, déjà ancienne au temps de Melville, n’a pas beaucoup changé. Ses propriétaires actuels l’ont parée avec un goût charmant. On en retrouve les classiques détails, évoqués par Melville dans ses lettres et dans ses contes. Au rez-de-chaussée, face à Greylock, qu'on ne voit plus guère, maintenant qu'ont grandi les arbres plantés par Melville, est la véranda de bois, exposée au Nord, qu'il fit bâtir en dépit des critiques, et où il aimait fumer sa pipe Île soir : il l’a décrite dans The Piazza’. A l’intérieur, dans la grande salle aux panneaux d’érable, se voit la fameuse et gigantesque cheminée, héroïne de l’essai 1 and my Chimney *.
« Tout le reste de la maison », disait Melville, « est adapté, non « pas à mes besoins, mais à ceux de ma cheminée qui, entre autres, « garde pour soi le centre de la maison, ne me laissant que les coins « et les recoins ÿ. »
On retrouve le petit escalier biscornu où s’ouvre le placard incommode, désespoir de Mrs Melville. Et à l’étage, on voit l’ancien bureau de Melville, éclairé au Nord par deux toutes petites fenêtres, et d’où la vue s'étend à l'horizon, jusqu’à Greylock. Un beau jardin, maintenant, entoure la maison, et une plaque de bronze rappelle que Melville y vécut. Mais, en 1850, le jardin n’était qu’une prairie. Un clos planté de pommiers, une baraque baptisée « grange » complétaient les dépendances de la « ferme ». Celle-ci ne pouvait, évidemment, suffire à faire vivre une famille. M. Mumford, cependant, explique ingénieusement les projets matériels de Melville, et ses eSpOIrs :
« Il comptait sans nul doute, par une culture intermittente et de « proportions modestes, avec un potager, des prés, un petit bois, une « vache et un cheval, allonger le mince revenu qu’il tirait de ses « livres. Ce projet n’avait rien d’absurde : l'hiver, la culture laisse des « loisirs considérables, et, se fût-il fait seulement quelques centaines
1. The Piazza Tales, St. Ed., t. X, pp. 1-18. 2. St. Ed., t. XIII, pp. 276-311.
dd, D.12778
« de dollars d'argent comptant chaque année, Melville aurait pu tirer < un assez bon parti de son entreprise !, »
Malgré l’incompétence ménagère d’Elizabeth Melville, la première année sembla entretenir des espoirs. Les témoignages sont unanimes à nous montrer Melville optimiste et joyeux, menant de front, avec entrain, les tâches les plus accablantes.
Melville nous apparaît, pendant l'hiver de 1850, et presque toute lPannée 1851, comme le même compagnon plein de jeunesse et de flamme qui, s’il hait l’ennui poli des sociétés conventionnelles, est par contre un animateur étonnant dans les cercles où il se plaît.
D'abord, les lettres assez fréquentes écrites à Evert Duyckinck pendant cette période témoignent d’une remarquable activité physique. Le 1” octobre, il parle d’installation, de travail forcené dans la maison, et de coups de marteau reçus sur les doigts. Il est plein de joyeux projets.
« Jusqu’aujourd’hui, j’ai été l’homme le plus occupé qui soit. Tout « est à faire, et je n’ai à peu près personne pour m'aider. Mais je « compte qu'avant longtemps, nous serons « à jour », et que je « prendrai mes aises dans « ma » montagne. D'ici un mois, je pense « vivre en plein air toute la journée, sauf quand je devrai aider à « déplacer un lit ou une commode?. »
La lettre célèbre, reçue par Duyckinck le 12 décembre, et où Melville parle de sa prodigieuse activité intellectuelle, est bien malheureusement tronquée dans l’édition de M. Minnigerode. En fait, plus de la moitié en est consacrée à l’activité de Melville fermier. Ne juge-t-il pas un vrai plaisir d’aller le matin, dans « sa grange », porter le déjeuner de son cheval et de sa vache * ?
Puis le travail ne l’empêche pas d’avoir des amis. Il se joint volontiers au petit clan des Morewood et des Lathers, familles alliées que le second mariage d’Allan, frère de Melville, en 1853, rapprochera encore des hôtes d’Arrowhead :. « Ma voisine et amie Mrs More- « wood », dit-il le 12 décembre. Le colonel Lathers témoigne, de son