LES ANIMAUX
Et si la chose Nous réussit, Tout se dispose :
C'est de l'esprit.
FAUST, comme plus haut.
Mon cœur commence à s'enflammer!.^ Sortons bien vite...
MÉPHISTOPHÉLÈS, dans la même position.
Convenez au moins que ce sont de franci poètes.
',La marmite, que la Guenon a oublie d'écumer " commence à déborder; il s'élève une grand
flamme, qui monte violemment dans lu. ehem-.
née. La Sorcière descend à travers la flamme, e
poussant d'horribles cris.)
LA SORCIÈRE
Au! au! au! au!
Damné chien, race de pourceaal Tu perds la soupe et tu rôtis ma peeit
Crains ma vengeance,
Maudite engeance I
rUBST 93
{Apei'cevant Faust et Méphistophélès.)
Et qu'est cela ?
Que voi8-je là?
Que vois-je ici ?
Qui m'entre aiusiP Restez un peu I Vos os, corbleu!
Verront beau jeu:
A vous le feu I
{Elle plonge Vécumoire dam la marmite et a»perge de flammes FauM, Méphistophélès et le* animaux ; les animavix hurlent.)
MÉPHISTOPHÉLÈS, Icvaut le goupillon quHl tient à la main et frappant à droite et à gauche sur les verres et les pots.
En deux I en deaxi A bas la soupe!
A bas la coupe I Ce n'est que jeux.
Non, sceptre étique, Rien qu'un bàlon Bcgianl le ton De ta musique.
{Pendant que la sorcière recule pâle de fureur el d'effroi ;)
Me roconnais-tu maintenant, squelette, épouvantail ■? Reconnais-tu ton sei"-neur et maître ? Je ne sais qui me retient de mettre en pièces toi et tes esprits singes ! N'as-tu plus de respect pour le pourpoint rouge? Méconnais-tu la plunie de coq? Et ce visage, i'ai-je caché? Faut-il donc que je me nomme moi-même ?
LA SORCIÈRE
0 seigneur, pardonnez mon accueil un peu rude ! Je n'ai point vu cependant le pied cornu... Qu'avez- vous fait de vos deux corbeaux ?
94 FADST
MéPHISTOPHÉLÈS.
Tu t'en tireras cette fois, car, en vérité, fl y a bien du tempe que nous ne nous sommes vus. La civilisation, qui polit le monde entier, s'est étendue jusqu'au diable: on ne voit plus maintenant de fantôme du Nord, plus de cornes, plus de queue et de grififes. Quant à ce pied dont je ne puis me passer, il me nuirait dans le monde ; aussi, depuis nombre d'années, comme tant de jeunes gens, j'ai adopté la mode des faux molleta.
LA soBciÈRE, Jansant.
Uonsienr Satan dans ma maison, Ten perds le sens et la raison.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Femme, pas de nom pareil, je te le dé* fbnds.
LA SORCIÈRE
Pourquoi donc? Que vous a-t-il fait?
HÉPHISTOPHÉLÈS.
Depuis longtemps, il est inscrit au livre des fables ; mais les hommes n'en sont çaa pour cela devenus meilleurs j Us sont délivrés du Malin, mais les malms sont restés. Tu feras aussi bien de m' appeler M. le bar ron; je suis gentilbomme comme un autre t tu ne doutes pas de ma noblesse. Tiens I voici l'écusson que .je porte. {Il (ait un gesU indécent.)
LA so:xciÈRK, riant immodérément.
Ah! ab! C'est bien là votre genre! Voua êtes un coquin comme vous l'avez toujours été!
FAUST 95
KiPHisTOPHâLÈs, à Faust.
Mon ami , fais-en ton profit. C'est là la façon dont on en use avec les sorcières.
LA SORCIÈRK.
Dites maintenant, messieurs, ce qu'il y a pour votre service.
HÉPHlSTOPHéLÈS.
Un bon verre de la liqueur que tu sais, mais de la plus vieille : les années doublent Ba force.
LA SORCIÈRE
Très- volontiers ! Ten ai im flacon dont je goûte de temps à autre ; elle n'a plus la moindre puanteur, je vous en donnerai im petit verre, (Bas, à Méphistophélès.) Mais si cet nomme en Doit sans être préparé, il n'a pas, vous le savez, ime heure à vivre.
MÉPHISTOPHÉLÈS
C'est un bon ami, à qui elle ne peut faire que du bien. Je ne crains pas pour lui la meilleure liqueur de ta cuisine. Trace ton cercle, dis tes paroles et donne-lui une tasse pleine. ( La sorcière trace, en faisant des gestes bizarres, un cercle où elle place mille objets singuliers. Pendant l'opération, les verres rendent un son aigu, la marmite tonne sourdement, et ils font ensemble de la musique. Enfin, elle apporte un grand livre, place au milieu du cercle les animaux, qui lui servent de / upitre ettiennent les flambeaux. Elle fait signe à Faust de venir à eUe.)
FÀ08T, à Méphistophélès.
Non 1 dis-moi comment tout cela va fln:r ! Cette foUe engeance, ces gestes .extravagants, cette dégoûtante sorcellerie, me sont assez connus et me font horreur.
96 FAUST
MÉPHISTOPHÉLÈS
Chansons! ce n'est que pour rire; ne fais donc pas l'homme grave mal à propos ! Tu es médecin; pouf que la liqueur te profite comme il faut, la sorcière doit faire un hocuspocm. {Il contraint Faust à entrer dans le cercle^
Ui SORCIÈRE, lisant dans son grimoire et déclamant emphatiquement.
Oui, je le dis, IVun fais-en dix, Oles-en six, ' Puis trois jaicor, Et c'estiieTor.
Le reste suit :
A sept erhuit Vingt se réduit, Car la sorcière Ainsi l'a dit.
Ainsi finit Le grand mystère.
El neuf est ua, Dix est aucun.
De la sorcière
Tel est L'infaillible livret.
FAOST.
n me semble que la vieille parle dans la aévre.
MÉPHISTOPHÉLÈS
Tu n'es pas au bout ; je connais bien tout cela , son livre est rempli de ces sornettesî'y ai perdu mon temps, car une contradiction parfaite est aussi inintelligible pour les sages que pour les fous. Mon ami, l'art est vieux et nouveau. De tout temps, ce fut la mode de propager Terreur au lieu de la vérité, en posant trois et un un et trois. On disserte sur ce texte, on aporend cela comme autre chose. Folie, tout ceia ! Et aui se toui:-
FAD8T W
menterait pour les comprendre? Quand l'homme entend des mots, il croit qu'il faut absolument <iu'ils contiennent- une idée.
LA SORCIÈRE, continuant. .
L'admirable pouvoir
Du savoir Ne réside en personne ;
S'il est un point Qui parfois vous le donne.
C'est de n'y songer point.
fadst/.
Quel non -sens! tttle^minute de plus, ma 'tête se brise; il me;,s.emble entendre un chœur de cent mille fous !
MÉPHISTOPHÉLÈS
Assez! assez, très-excellente sibylle! Donna ta potion et remplis le verre jusqu'au bord : le breuvage ne saurait nuire à mon ami ; c'est un homme qui a passé par plusieurs grades et qui n'en est pas à ses premiers coups d'essai. {La Sorcière verse la potion dans le verre avec force cérémonies; au moment où Faust y porte les lèvres, on voit s'élever une légère flamme.) Courage ! allons ! encore une gorgée, cela va te mettre la joie au cœur." Comment ! tu es avec le diable à tu et à toi, et la flamme te fait peur? lia Sorcière efface le cercle, Faust en iort.) Maintenant, partons ! il te faut du mouvement.
LA SORCIÈRE
Puisse ce petit coup vous faire du bien I
MÉPHISTOPHÉLÈS, à la Sorcièrc.
Et toi, si je puis t'être agréable, tu me J^ diras au sabbat.
rADST 4
W rADST
LA SORCIÈRE
Voici iine chanson, cbantez-la de temps en temps ; vous en éprouverez des effets tout particuliers.
uÉPHisïOPHÉLÈs, à Favut.
Viens vite, et laisse-toi conduire- il est bon que tu transpires pour que la vertu de la liqueur agisse à l'intérieur et à l'extérieur. Je te ferai ensuite apprécier le charme d'une molle oisiveté, et à tes transports secrets tu reconnaîtras l'influence de Cupidon, qui voltige dans l'azur des cieux en secouant Boa flambeau d'amour sur le monde.
FADST.
Oh l laisse-moi jeter encore un coup d'oeil sur le miroir : cette image de femme était si belle!
HÉPHISTOPQÉLÈS.
Non ! non ! tu vas voir tout à l'heure devant toi le modèle vivant de toutes les femmes. (À part.) Avec cette "boisson dans le corps, tu .verras Hélène dans cha(iue femme!