PREMIÈRE PARTIS
J'ai recueilli avec soin tout ce que j'ai pu trouver des mémoires du malheureux Werther; je le mets sous vos yeux; je sais que voxis m'en saurez gré. Vous ne pouvez retuler votre admiration à son génie , votre tendresse à son caractère, l; vos larmes à sod. sort.
Et toi , âme douce et sensible , qui souffres les mêmes peines , que ce livre soit tou ami , si, par la rigneur du sort, ou par ta propre faute, tu ne peux en trouver un meilleur à ta portée.
LETTRE PREîaiERE
Le 4 mai 1774.
Que je suis content d'être parti ! 0 le meilleur de mes amis, qu'est-ce donc que le cœur de l'homme? Je t'ai quitté, toi que j'aime, toi dont j'étais inséparable , je t'ai quitté , et j'éj>rouve du plaisir ! Mais je sais que tu me pardonnes. Mes autres liaisons, le sort ne semblait-il pas me les avoir fait contracter de nature à inquiéter, à tourmenter un cœur comme le mien? La pauvre Léonorel Et pourtant j'étais innocent. Etait-ce ma faute si une trop vive tendresse ^'allumait dans son coeur malheureux, tandis que ie ne songeais qu'à admirer la beauté piquante de sa sœur ? Cependant suis-je tout a fait innocent ? N'ai-j8 pas entretenu sa passion'^ Ne me suis-je pas souvent amusé de ces expressions dictées par la natiire et la vérité, et qui nous ont fait rire tant de fois , bien qu'elles ne fussent rien
moins que risibles? N'ai-je pas? Qu'est-ce
donc que l'homme, et comment ose-t-il se lamenter! Je me corrigerai, oui, mon ami, je te le promets. Je ne veux plus retourner en arri^ire et m'appesantir sur le souvenir douloureux des chagrins que le sort mêle dans la coupe de 1<* vie. Je jouirai du présent, et le lassé sera passé pour moi. Certes, tu as raison, cher
ami la dose de tristesse serait moindre parmi îes hommes ^Dieu snit pourg-.oi ils sont ainsi raits; s Ils exaltaient moins leur imagination pour se retracer le souvenir de leurs maux S-frold! ''''' '^^ supporter le présent aveo
t.£'f ^^ ^"^ ™^''^ J^ *^ P"® ' q"e je m'acquitterai de mon mieux de sa commission, et que je lui en donnerai des nouvelles au premier jour J ai parlé à ma tante ; ce n'est point la méchante nature qu'on m'avait dépeinte • c'est une femme gaie, vive jusqu'à l'emportement mais son cœur est excellent. Je h i a expSsé les gnefs de ma mère à propos de la poXn 2eritag-e qu'on lui retient. Elle m'a montré ses titres, exposé ses raisons, ainsi que es conditions auxquelles elle est prête à nous rendre même plus que nous ne demandons.-Mais bnsons le. Dis à ma n.ére que tout ira bien Eh I mon am. j ai ti'ouvé, dans cette chétive affaire que la tedeur et la mésintelliLrence causent plus de désordres dans ce monde que la ruse et la méchanceté; du moins les deux dernières sont-elles plus rares
Au reste, je me trouve bien ici. La solitude dans ce paradis terrestre e^t un baume pour mon cœur, qui se .sent ranimer, réchauffer par les charmes de la saison. Pas une haie pas un arbre qui ne .soit un bouquet de fleurs et 1 on voudrait être papillon (i), pour nager dans cette mer de parfums, et pouvoir f trouve? toute sa nourriture. j vu ver
duuilrf '^''"' '''^'•'«i^^l- hanneton. (Note du ira-
La ville est désagréable , mais la nature brille aux environs dans toute sa beauté. C'est ce qui a engagé le feu comte de M*** à faire planter un jardin sur l'une des collines , où la nature répand ses trésors avec une profusion et une variété incroyables , qui forment un si agréable paysage. Ce jardin est simple, et l'on sent en y entrant que celui qui en a tracé le plan était moins un jardinier esclave des règles qu'un honune sensible , qui voulait y jouir de lui-même. J'ai déjà donné plusieurs fois des larmes à sa mémoire dans le bosquet qui tombe en ruines, dont il faisait sa retraite favorite, et dont je fais la mienne. Je serai bientôt maître du jardin. Depuis le peu de jours que je suis ici, j'ai mis le jardinier dans mes intérêts, et il n'aura pas lieu de s'en repentir.