‹ Hermann et DorothéeChapitre 138 sur 138 · FAL'ST · texte numérisé non relu

FAL'ST

C'est moi ! oui ! viens ! idfa>f donc !

MARGOERITE.

Tu as détaché mes chaînes, tu me prenda dans tes bras. Comment se fait-il que tu ne me repousses pas avec horreur? Mon ami, sais-tu bien qui tu délivres?

Viens, viens! déjà le jour commence è poindre.

MARGUERITE

J'ai tué ma mère, j'ai noyé mon enfant. Il était à toi comme à moi, cet enfant !... Mais c'est bien toi ! je le crois à peine : donne-moi ta main!... N'estr<;e pas un songe? Ta main

Bi chère Ah! elle est humide! essuie ta

main ; il me semble qu'il v a du sang. Dieu ! qu'as-tu fait ? Cache cette épée, je t'en conjure.

FAUST

Laisse là le passé; il est bien passé! Tu me fais mourir.

Non, tu dois demeurer après moi! Demain matin tu feras ainsi disposer nos tombes.

Î82 rAlST

Ecoute : tu mettras ma mère à la meilleure

f)lace, mon frère tout prés d'elle, moi un peu oin, sur le côté, mais cependant pas trop loin. Tu placeras mon enfant sur mon sein droit.^ Pei-sonne ne reposera donc près de moi!... Reposer pour toujours à tes cotés serait un doux, un ineffable bonheur; mais je ne dois plus y prétendre. Quand je me serre contre toi, il me semble que tu me repousses, et cependant c'est bien toi ; et tes regards sont si bons, si pleins de tendresse!

FACSl.

Puisque tu me reconnais, viens açec moi.

MAKCCERITE.

Hors d'ici î En liberté!

FADST.

MARGUERITE

Dehors! c'est mon tombeau! la mort m'y attend. Si tu veux rester avec moi, allons a notre dernier asile, pas im pas plus loin... Mais tu veux partir, Henri ! Si je pouvais te suivre.

Tu le peux si tu le veux, la porte est auverte.

MARfiOERlTE.

Je n'ose pas sortir- je n'ai rien à espérei sur la terre ; à quoi Don la fuite t Ils épient mon passage! Puis, il est si misérable de se voir réduite à mendier son pain, *it encore avec une mauvaise conscience? Cest si triste,

rADST 1S3

l'exil! Et qui sait? ils me reprendraient encore !

FAUST

Eh bien ! je reste avec toL

HARGin:RITE.

Hâte-toi, hâte-toi ! sauve ton pauvre enfant. Cours, suis le chemin le long du ruisseau, passe le pont, eutre dans la forêt à gauche, au bord de l'étang, prés de l'écluse, plonge vite, tu le retireras. U remue encore, il se débat! Sauve-le, sauve-le!

FAUST

Rappelle tes esprits ! Un seul pas, et tu es libre!

UARGDERITE.

Encore si nous avions passé la montagne Ma mère est là, assise sur une pierre ; elle branle la tète ; elle ne me reconnaît pas, elle ne me fait pas de signes ; elle paraît abattue, elle a dormi longtemps, elle ne se réveillera

glus! Jadis elle donnait quand nous veillions, ans notre bonheur!... C'était le bon temps alors!

FAUST

Si mes larmes, si mes prières sont inutiles Je t'entraînerai de force.

MARGUERITE

Laisse-moi, je ne soiiffrirai pas de violence Quoi ! tu me serres pour m'etouffer î Je na veux pas! je ne veux pas! Je n'ai que trop fait pour te plaire!

FAUST

Le jour paraît. Mon amie! ma bien-aiméol

MARGUERITE

Le jour! oui, le jour paraît; j'aperçois se» rayons pour la dernière fois : il devait éclai* rermou jour de noces. Ne dis à personne que Marguerite t'avait reçu si matin ! Adieu ma couronne ! c'en est fail de toi ; nous nous reverrons mais non pas dans une lète. Déjà la foule s assemble, se presse en silence : la K^k l^^ ^^? ^® peuvent la contenir ; la 2 i^l'^f ^m""^^' le signal est donné. Ils me sat sissent Ils me lient, ils me hissent sur l'ét chafaucl. Deja la hache est levée sur nTa tête; chacun sent le coup qui va me frap-

FAUST

Oh! maudit soit le jour où je suis né! MÉPHiSTOPHiîLÈs, $e montrant à la porte.

Hâtez-vous, ou vous êtes perdus. Pourquoi ces terreurs, ces hésitations, ces bavardages mutiles? Mes chevaux henmssent, l'aurore parait.

MARGUERITE, daiu la plus grande agitation.

Quel est celui qui s'élève ainsi de la terre? Ç est lui, lui ! chasse-le vite ! Que vient-il faire dans le saint lieu?... Il veut me prendre.

FAUST

Tu vivras, il le faut !

MARGUERITE

Justice de Dieu, je me livre à toi.

MÉPHisTOPHÉLÈs, à Faust.

Viens, suis-moi, ou je vous abandonne tous deux sous la hache.

FAUST 183

MARGUERITE

p mon père, je suis à toi, sauve-moi ! Anees puissances célestes, rangez-vous autour de moi pour me défendre !... Henri, tu me fais torreur !

MÉPHISTOPflÉLÈS.

Elle est jugée.

VOIX d'ïn haut.

Elle est sauvée !

MÉPHISTOPHÉLÈS, à FailSt.

Viens avec moi. {n disparaît avec Faust,) VOIX DU FOND, sa/faiblissant par degrés. Henri! Heari!

Page 1