‹ Hermann et DorothéeChapitre 137 sur 138 · UNE PRISON · texte numérisé non relu

UNE PRISON

FAUST. {Il est devant une porte de fer; il tient à la main un paquet de clefs et une lampe.)

Un frisson d'horreur me saisit, je ne me souviens pas d'avoir rien éprouvé de pareil : toutes les douleurs de l'humanité semblent s'appesantir sur moi. Elle est là, derrière ces murailles humides, et son crime fut une douce erreur ? Je n'ose approcher davantage, je crains de rencontrer ses yeux ; avançons cependant; chaque instant- de retard et 'de peur ajoute à son supplice. (Il porte sa main à la serrure. On entend chanter dans Vit iérieur du •4ichot :

Ma mère la catin

Qui m'a tuée;

Mon père, le coquin

Qui m'a mangée;

Ma petite sœur, la folle,

A jeté mes os

nS FAUST

Dans un lieu froid.

U, je devins petit oiseaa des bditi Vole I vole I vole t

FAUST, ouvrant la porte.

Elle ne soupçonne pas que son bien-aîmô l'écoute. J'entends le cliquetis des chaînes, 1$ froissement de la paille. {Il entre.)

MARGUERITE, se cachant dans son lit.

Malheur! malheur! ils viennent. 0 mort! que tu es amère !

TAUST, doucement.

Silence ! je viens te délivrer,

MARGUERITE, *e traînant vers lui»

Si tu es homme, prends pitié de ma détresse.

FAUST

Prends garde, tes cris vont réveiller la garde, {il prend les chaînes pour les détacher.'^

MARGUERITE

Bourreau! qui t'a donné ce pouvoir sur moi ? Tu viens me chercher, il n est que minuit : demain, ne sera-ce pas assez tôt? Prends pitié, laisse-moi vivre encore. {Elle se lève.) Je suis si jeune, si jeune ! et je dois déjà mourir ! J'étais belle autrefois, c'est ce qui a causé

ma perte Mon bien-aimé était près de

moi ; maintenant ilm'a quittée... Ma couronne est arrachée, ses fleurs sont flétries et dispersées. Ne me touche donc pas si brusquement ! épargne-moi ! Que t'ai-je fa't? je ne t'ai jamais vu de ma vie. Ah ! ne sois pas insensible à mes pleurs I

FAHST

FAUST

PoTurai-je résister à ce dotaoureux spectacle?

Je suis en ta puissance, je la '8; mais »ls8e-moi encore une fois allait) non enfant : toute la nuit, je Vai serré contre mon sein Ils me l'ont enlevé pour me desesjperer. et ils disent maintenant que je l'ai tue. Ah! Il n'y a plus de joie pour moi dans la vie. Ils chantent des chansons sur moi ! Ces gens-là Bont bien méchants! C'est le refrain dune neille chanson. Qui leur a dit queues applique à moi f

FAUST, se jetant à ses genoux.

Ton amant est à tes pieds; il vient détsp cher tes chaînes.

uARCDERiTE, s' agenouillunt aum.

Oh '.prions les saints à genoux! Vois-tu, au bas de ces degrés, derrière cette porte, ce senties flammes Douillantes de renter.Ecoute les pas du démon ; il menace ; entends ses effroyables grincements... Quel bruit il fait !

FAUST, plus haut.

Marguerite ! Marguerite!

MARGUERITE, attentive.

C'était la voix de mon ami. {ElU se Uve; k* théines tombent.) Où est-il? je lai entendu Sappeler. Je suLs libre ! Personne ne me retien^a. Je veux voler dans ses bras, m appuyer sur son cœur! Il a appelé Marguerife! fi était à cette porte! A frayers les hurlementa tumultueux des damnés, à travers les

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rires farouches des démons, j'ai reconnu l'ao cent de cette voix si douce et si teadre.

FAUST

C'est moi, c'est bien moi !

MARGCERITE.

C'est toi ! oh ! dis-le encore une fois. (Elle le serre dans ses bras.) C'est lui ! oui, c'est lui ! Plus de malheur, plus de prison, plus de chaînes! C'est toi! tu viens me sauver.... Je suis sauvée... Nous voici dans la rue où je te vis pour la première fois; voici le jardin où Marthe et moi nous t'attendions.

FAUST, «'efforçant de l'entraîner.

Vieias, viens avec moi!

MARGUERITE

Pourquoi te hâter ? reste! reste!... J'aime tant à être où tu es ! {Elle le caresse.)

Hâte-toi ; un seul moment de retard peut nous coûter cher.

MARGUERITE

Quoi! mon ami, tu ne sais plus m' embrasser, tu m'as quittée depuis si peu de t^mps, et déjà tu as oublié nos baisers? Mais pour-

âuoi suis -je ainsi inquiète dans tes bras ? Jais, un se .il mot de ta bouche, un seul regard de tes yeux m'ouvraient le ciel ; tu >in' embrassais alors comme si tu voulais m'é touflfer. Oh! embrasse-moi encore' rends moi .lonc mes caresses. [Elle tembrasse.) 0 Dieu! tes lèvres sont froides et muettes : qu'as-tu fait de ton amour ? qui me l'a enlevé ! {Elle se détoui ne de lui.)

Viens, suis-moi, du courage, ma bleu-ai* mée! An! je t'aime avec ardeur; mais suismoi, je t'en conjure, écoute ma seule prière

MARGUERITE, Ics ycux sur Faust.

Est-ce bien toi ? es-tu bien sûr d'être toi 1

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