LETTRE XX
^e {6 juillet.
Oh f quel feu circule dans mes veines , lorsque par hasard mon doigt vient à toucher le sien, lorsque nos pieds se rencontrent sous la table! Je les retire avec précipitation, ainsi que d'im brasier ardent, et une force secrète m'en rapproche malgré moi, tant est grand le délire qui s'empare de tous mes sens. Hélas I son innocence, la liberté de son âme, ne lui permettent pas de sentir combien ces petites privautés me mettent à la torture. Lorsque, dans la conversation, elle pose sa main siir la mienne, et que, dans l'intérêt qu'elle prend à l'entretien, elle s'approche assez de moi pour que le soufûe céleste de sa bouche effleure mes lèvres... Je suis anéanti, comme un homme frappé de la foudre. 0 Guillaume ! cette félicité céleste... cette confiance... si jamais je songeais !... Tu m'entends. Non, mon cœur n'est pas si corrompu. Il est faible ! bien faible ! Mais n'est-ce pas là de la corruption ?
Elle est sacrée pour mOi, Tout désir s'évanouit en sa présence. Je ne sais jamais dans quel état je me trouve, quand je suis auprès d'elle , c'est comme si l'âme .se renversait dans tous mes nerfs. Elle a un air qu'elle joue sur le clav(^cin avec toute l'énergie d'un ange; il est si simple, si plein d'expression î C'est sor air favori; lorsqu'elle enjoué seuleiaent la première note, soucis, trouble, peines, tout est oublié.
Je suis si affecté de ce chant si simple, que rien de ce qu'on nous dit de la may:ie de la musiqu» des anciens ne me paraît choquer la vraisemblance. Cuiuine elle sait l'amener dans des moments ou je serais houime a me casser volontiers la tête ! Alors les ténèbres de mon âme se dissipent, et je respire avec plus de liberté.